Quel avenir pour l’Irak ? Le témoignage de Mgr Casmoussa


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Quel avenir pour l’Irak ? Le témoignage de Mgr Casmoussa
Par Manu Van Lier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

L’ancien archevêque syro-catholique de Mossoul, Mgr Casmoussa, témoigne de la situation des chrétiens d’Irak à l’occasion de la parution de son livre intitulé « Jusqu’au bout ».

Depuis 2005, date des premiers grands attentats contre la communauté chrétienne du pays, "il ne se passe pas une semaine sans qu’un chrétien ne soit menacé, enlevé ou assassiné, sans qu’une église soit attaquée, saccagée, incendiée", souligne Mgr Casmoussa.

Celui qui fut l’archevêque de Mossoul durant douze ans est en France pour une série de conférences à l’invitation de l’Œuvre d’Orient à Paris, une association française consacrée à l’aide aux chrétiens d’Orient. Cet évêque de 73 ans, écrivain, journaliste et directeur d’un journal, a traversé des coups d’Etats, des guerres, vécu une occupation et frôlé la mort lors de son enlèvement en janvier 2005 en Irak, rappelle l’Œuvre d’Orient.

"L’arrivée des Américains en Irak a généré un courant islamiste qui s’est intensifié depuis. Cependant, si ce courant se réclamait, ou se réclame encore de l’islam, je suis convaincu que l’islam n’est souvent qu’un alibi pour ces groupes avant tout opportunistes et maffieux", lance-t-il.

Pire que sous Saddam Hussein

S’il ne regrette aucunement le temps de la dictature de Saddam Hussein, Mgr Casmoussa dit seulement avoir la nostalgie de la sécurité relative qui régnait dans les années où il était au pouvoir. "L’Occident nous a débarrassés d’un dictateur pour le remplacer par des dizaines d’autres qui agissent comme lui, sinon de façon pire, qui ne défendent que leurs intérêts personnels ou tribaux. L’invasion occidentalo-américaine a mis notre pays en coupe réglée. Il y avait pourtant bien d’autres moyens pour faire tomber la dictature que de nous envoyer des chars et des avions de combat. Les conservateurs et les affairistes américains ainsi que les extrémistes israéliens ont en fait le projet de morceler le Proche et le Moyen-Orient, de démembrer les pays en de multiples petits royaumes, faibles et manipulables, afin de mieux dominer".

Quelle démocratie pour le monde arabe ?

Mgr Casmoussa estime que la démocratie est une valeur universelle. "Elle n’est ni occidentale, ni orientale. La démocratie ce n’est pas seulement une majorité électorale, 50+1, mais la possibilité pour chacun de faire entendre sa voix dans les décisions qui engagent son pays. Egaux en droits et en devoirs, tous les citoyens, même issus d’une communauté minoritaire mais possesseurs de la nationalité du pays où ils vivent, devraient avoir le droit de voter et de s’exprimer librement, de pouvoir aussi choisir leur religion ou d’en changer, selon leur désir, sans subir de persécution", insiste-t-il.

Il dit cependant croire à l’émergence d’un islam modéré acceptant de partager des responsabilités d’Etat avec des non musulmans, notamment avec des chrétiens. "Au fil de l’histoire, je constate que les dictatures n’ont jamais le dernier mot ! Sur les réseaux sociaux, on voit grossir un courant d’intellectuels musulmans, des citoyens lettrés qui défendent une citoyenneté commune, un vivre ensemble, un partage des pouvoirs, une égalité de chances entre les communautés et les sexes. Il faut encourager et mettre en avant ces visionnaires. L’Occident devrait s’attacher à défendre ces réformateurs musulmans, les aider à diffuser leurs idées".

Certes, très peu de chrétiens d’Orient croient à un partenariat avec les musulmans. L’archevêque le reconnaît, et cette méfiance a ses raisons: "Les chrétiens ont tellement été échaudés. Ils ont subi tant de massacres. C’est un pari risqué que de croire à ce partenariat. Mais un pari qui vaut la peine d’être tenté. Ou alors il faut tirer un trait définitif sur notre présence en Orient. Minoritaires, nous n’avons pas les moyens de résister autrement que par nos idées et idéaux".

Aujourd’hui, sur près d’un million de chrétiens vivant en Irak avant l’invasion américaine de 2003, moins de la moitié sont restés en Mésopotamie, la majorité, fuyant les violences sectaires, cherchant leur salut dans l’exil.

D’après Apic et Œuvre d’Orient

 


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