Danierick Joel Duarte Sobalvarro vient de Jinotega, une ville située au nord du Nicaragua. Cet écolier de 13 ans est un travailleur de la rue mais aussi un communicateur social et un journaliste…L'Agence Suisse Apic a pu rencontrer cet habitant de la "Cité des Brumes" grâce à l'ONG "E-Changer".
Dans ce pays d'Amérique Latine, la guerre a vidé les campagnes, forçant des communautés entières à migrer vers la ville. Jinotega est le département du Nicaragua où l’on produit le plus de café. La population locale, l’une des plus pauvres du pays, n’en retire malheureusement que peu de bénéfices.
De nombreux enfants, certains âgés tout au plus de 8 ans, ont envahi le marché et les rues, survivant comme vendeurs ambulants la plupart du temps. Victimes d’abus sexuels, de violences et d’exploitation, les enfants travailleurs du Nicaragua cherchent à oublier leur misère en sniffant de la colle utilisée pour réparer les chaussures ou encore en inhalant des solvants pour la peinture. Un coupe-faim qui provoque de graves atteintes à la santé… "Nous avons très vite compris que chercher à éradiquer le travail des enfants n’avait pas de sens, car il s’agissait pour eux d’une question de survie… Cependant, nous avons lutté pour qu’ils ne soient pas exploités, qu’ils puissent aller à l’école, apprendre à lire et à écrire, se reposer, s’amuser, apprendre un métier", explique Lydia Palacios, coordinatrice de l’association "Tuktan Sirpi"(petit enfant en langue des Indiens miskitos du Nicaragua), une organisation soutenue par "E-Changer".
Quand les enfants de la rue deviennent journalistes...
L'ONG "E-Changer" a été fondée au Nicaragua en 1994. Très innovante, elle soutient la participation des enfants et des adolescents à la réalisation de programmes de radio et de télévision, pour faire connaître leur situation précaire et sensibiliser la population à ce sujet. Ainsi, tous les dimanches, de 11h à midi, une équipe de journalistes âgés de 9 à 14 ans, fait entendre la voix des enfants de Jinotega sur les ondes de Radio Estereo Libre, traitant de thèmes sérieux comme les raisons qui poussent les enfants à prendre des drogues, à boire de l’alcool...
Danierick est l’un de ces enfants travailleurs, qui s’exercent aussi au métier de journaliste, l’après-midi. Car le matin, il doit se lever à 4 heures, pour aller chercher de l’eau au puits public, puis moudre le maïs. Sa mère prépare ensuite les tortillas, les traditionnelles galettes confectionnées à base de maïs, qu’il va vendre dès 6 heures du matin sur le marché et dans les quartiers, avant de revenir se changer pour partir à l’école, qu’il fréquente de 7 heures à midi. Après la pause de midi, Danierick se rend à l’atelier de communication, où se préparent les émissions réalisées par les enfants journalistes. Il finit sa journée à 20h. L'heure pour ce petit habitant de la "Cité des Brumes" d'aller dormir. Un repos bien mérité…
Apic/A.L
