Que nos yeux s’ouvrent !


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Que nos yeux s’ouvrent !
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

Editorial du P. Charles Delhez, paru dans le "Dimanche Express" n°2 du 15 janvier 2012

C'était il y a 500 ans, le 21 décembre 1511, sur l'île d’Hispaniola (aujourd’hui Saint-Domingue). Une petite communauté de frères dominicains venait de débarquer là où, moins de 20 ans plus tôt, Christophe Colomb était arrivé en conquérant. Quelle ne fut pas leur stupeur lorsqu'ils découvrirent à quel état étaient réduits les indigènes. Des 400.000 autochtones présents sur l’ile lors de sa découverte, il n’en restait déjà plus que 60.000.

Les dominicains décidèrent alors de dénoncer cet esclavage et le frère Antonio Montesinos fut chargé de prononcer l'homélie du 4e dimanche de l'Avent. "Vous les tuez pour obtenir chaque jour un peu plus d'or", clama-t-il. Et d'interroger: "Ne sont-ils pas des êtres humains?" Telle fut la première protestation face à l'aveuglement des colons. Bartholomé de las Casas était présent ce jour-là. Devenu lui-même dominicain, il poursuivra le combat et n'hésitera pas à dire que tout ce qui était emporté comme or était "du vol pur et simple".

Dans une récente conférence, Ignace Berten, dominicain lui aussi, fait un parallèle avec la situation actuelle. N'est-on pas témoin actuellement d'un système, le capitalisme néolibéral, qui fait des victimes par millions dans l'hémisphère sud et appauvrit des foules immenses dans notre vieux monde? Les colons étaient aveugles, nous le sommes aujourd'hui. Et ceux qui en dénoncent les ravages ne sont pas écoutés, sinon très poliment. Ainsi la voix d'un Jean Ziegler qui, dans son livre "Destruction massive – Géopolitique de la faim" (Seuil 2011), rappelle qu'il y a toutes les cinq secondes un enfant de moins de 10 ans qui meurt de faim, tandis que des dizaines de millions d'autres, ainsi que leurs parents, souffrent de la sous-alimentation et de ses séquelles physiques et psychologiques. Pourtant, notre Terre est en mesure de nourrir 12 milliards d’habitants.

Entre l'homélie du dominicain et l'abolition de l'esclavage aux USA (1865), il aura fallu trois siècles et demi. Combien nous en faudra-t-il à l’heure de l’information globalisée? En ce début de l'année internationale de l’énergie durable pour tous – l’alimentation n’est-elle pas la première? –, ne pourrait-on émettre un double vœu: que nous ouvrions les yeux et que nous pensions à réformer, à transformer, à remplacer – chacun choisira – un système qui nous présente le salut par l'économie au lieu de nous inviter au bonheur par le partage?

Charles DELHEZ

Catégorie : L'actu

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