Hildegard Burjan a été béatifiée ce dimanche 29 janvier à Vienne. Autrichienne d'origine juive, elle est considérée comme la pionnière de l'aide sociale en Autriche. Le cardinal Christoph Schönborn, a loué le charisme de la fondatrice des sœurs de la Charité sociale (Caritas socialis). «Il est possible de devenir des saints en politique», a déclaré l'archevêque de Vienne à l’occasion de sa béatification. Le même jour, le pape Benoît XVI a évoqué la bienheureuse en disant: « Louons le Seigneur pour ce beau témoignage d'Evangile!».
Le procès de béatification de la nouvelle bienheureuse avait été lancé en 1963 par le cardinal Franz König. Dimanche, Hildegarde Burjan a été béatifiée lors d'une célébration présidée par l’envoyé du pape, le cardinal Angelo Amato, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, en la cathédrale Saint-Etienne de Vienne.
« Pour l’archidiocèse de Vienne, mais aussi pour toute l’Autriche, la béatification d’Hildegarde Burjan est une grande joie, a commenté le cardinal Schönborn. « Première femme élue démocratiquement, elle a vécu la politique comme un service à l’Evangile » et elle a montré, tout en « vivant pleinement sa vie de famille », qu’il est possible de vivre « en cohérence » sa foi et sa vie et d’ « agir » de manière convaincante. Hildegarde était une « femme profondément religieuse, une femme exceptionnelle, une vraie chrétienne », a ajouté l’archevêque de Vienne au micro de Radio Vatican. En cette heure de nouvelle évangélisation, « je crois que sa béatification arrive au bon moment, pour souligner justement que le nœud de la question est l’action (…) Nous n’avons pas besoin de théories mais d’exemples, de personnes qui parlent dans les faits. »
Née le 30 janvier 1883 à Görlitz, en Prusse-Silésie, de deux parents juifs, Hildegarde se distingue très jeune par une grande ouverture aux problèmes sociaux et un esprit libre. Elle fut l’une des premières femmes à faire des études universitaires et la première à occuper un siège au parlement autrichien. Après de brillantes études, elle se marie en 1907 avec Alexander Burjan, et le couple part s’installer d’abord à Berlin puis, en 1909, dans la capitale autrichienne.
A Vienne elle se confronte aux grandes contradictions sociales. Mais au lieu de fermer les yeux devant la misère, en observatrice attentive et critique de l’intolérable situation, elle commence à s’engager sérieusement dans le social. Elle s’unit à un groupe de femmes engagé dans la mise en œuvre des idées formulées par le pape Léon XIII dans son encyclique sociale Rerum Novarum (1891). Son engagement est profondément marqué par la foi catholique, à laquelle elle se convertit en 1909 après une grave maladie.
Hildegarde Burjan juge indispensable la liberté intérieure et la formation de la personnalité. Elle est convaincue qu’une assistance sociale authentique consiste à aider les autres à s’aider eux-mêmes, pour elle, la dignité de l’homme est toujours au premier plan. En 1912, elle fonde l’Association des ouvrières chrétiennes à domicile et plus tard regroupe toutes les organisations de femmes ouvrières dans l’association Assistance sociale. Elle aide aussi les populations affamées en récoltant des denrées, et crée un réseau d’assistance aux familles.
Fidèle au principe selon lequel l’action sociale demande la combinaison d’un engagement privé et politique, Hildegarde se lance dans la politique en 1918, à la fin de la première guerre mondiale et après la chute de l’empire austro-hongrois. Son engagement politique est centré sur le social. Elle se bat pour l’égalité, pour le salaire minimum des ouvrières à domicile, pour une juste assistance à ceux qui exercent des activités à risque et lutte contre le travail des enfants. Son activité sera déterminante pour la politique et les institutions sociales d’aujourd’hui.
En 1919, elle fonde l'ordre de la Caritas Socialis dont elle devient et restera jusqu'à sa mort la première supérieure. La congrégation, où les sœurs sont formées aux professions sociales et pastorales, gère à Vienne plusieurs structures, dont une maison d’accueil pour mères et enfants, des crèches, des centres de soins et des cabinets de consultation spécialisés pour personnes âgées et malades chroniques, des centres de jour pour malades atteints d’ Alzheimer et de sclérose en plaque.
Hildegarde s'éteint le 11 juin 1933, à l'âge de cinquante ans, épuisée par la maladie et son dévouement extrême. Après sa mort, la Caritas Socialis s'exporte dans le monde: Tyrol du Sud, Bavière, Rome, le Brésil.
Zenit/bl

