Référence à Dieu, fin de l'indépendance de la justice et de la Banque centrale, poste verrouillés, actuels dirigeants socialistes décrétés "responsables des crimes communistes", modification de la règle du débat parlementaire… Entrée en vigueur ce 1er janvier, la nouvelle Constitution hongroise porte la marque des dérives autoritaires du Premier ministre conservateur, Viktor Orban. Et suscite l'inquiétude de la communauté internationale.
Le 2 janvier dernier, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Budapest contre le Premier ministre Viktor Orban. Une mobilisation sans précédent pour protester contre la nouvelle Constitution, adoptée en avril grâce à la majorité des deux tiers dont jouit au Parlement son parti, le Fidesz. Entrée en vigueur le 1er janvier, ce texte coule dans le marbre un certain nombre de mesures politiques, économiques, judiciaires et sociales majeures qui ne laissent planer aucun doute quant aux intentions de Viktor Orban et qui commence à inquiéter sérieusement les autres États membres de l'Union européenne.
Atteintes à l'indépendance de la Banque centrale
Un an après avoir fait voter une loi instaurant un strict contrôle des médias, le Premier ministre hongrois poursuit en effet sans faillir sa promesse d'un changement radical de la Hongrie, nation engluée à ses yeux dans les compromis du postcommunisme. Ainsi, après s'être assuré l'allégeance des secteurs-clés du pays en distribuant à ses proches les principaux postes à responsabilité dans la justice, l'économie, l'armée et la police, pour des mandats allant de 9 à 12 ans, il a fait inscrire dans la nouvelle Constitution la nomination par le Premier ministre des trois adjoints de la Banque centrale. Ce qui constitue une atteinte grave à l'indépendance de cette institution. Cette disposition a d'ailleurs déjà provoqué l'ire de Bruxelles et du FMI, qui ont gelé les négociations visant à débloquer une aide pour la Hongrie, plongée dans le marasme économique.
José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, lui a demandé d'oublier sa réforme de la Banque centrale, mais Viktor Orban n'en a cure. "Il n'y a personne au monde qui puisse intervenir dans le processus législatif hongrois, qui puisse dire aux députés élus par le peuple hongrois quelles lois ils peuvent ou ne peuvent pas voter", a-t-il déclaré. "Si quelqu'un nous aide avec de bons conseils, nous le remercions, s'il désire nous dévier de notre trajectoire, nous l'écartons poliment."
Mainmise sur l'appareil étatique
Mais ce n'est pas le seul sujet d'inquiétude. La nouvelle Constitution modifie également la règle du débat parlementaire. Le parti majorité au Parlement peut désormais modifier l'ordre du jour comme il l'entend et faire passer des lois sans que les textes n'aient véritablement fait l'objet de débats. Le texte instaure également un taux unique de 16% de l'impôt sur le revenu dans le cadre d'une loi constitutionnelle de stabilité financière.
Sur le plan éthique, la nouvelle Constitution considère les embryons comme des êtres humains dès le début de la grossesse et estime qu'un mariage ne peut avoir lieu qu'entre un homme et une femme. Elle réduit en outre les communautés religieuses reconnues de 300 à 14, renforçant l'Église chrétienne au détriment des minorités religieuses. Dans le même sens, elle fait désormais explicitement référence à Dieu. "Que Dieu bénisse la Hongrie", indique en effet désormais la Constitution.
La mainmise de Fidesz sur l'appareil étatique est évidemment dénoncée par l'opposition de gauche et écologique, ainsi que par de nombreux mouvements de la société civile. Mais la plupart des Hongrois continuent à porter dans leur cœur celui qui, en juin 1989, a eu le culot d'exiger des élections libres et le départ immédiat de l'armée soviétique.
L'Union européenne réagit mollement
L'Union européenne, l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe, l'ONU et les États-Unis s'inquiètent également de ce qui se passe actuellement en Hongrie, mais jusqu'à présent, seule la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a pris la peine d'envoyer une lettre à Viktor Orban dans laquelle elle s'interroge sur l'état de la démocratie dans ce pays. L'Union européenne a, quant à elle, réagi plutôt mollement jusqu'à présent. Pourtant, elle peut suspendre de ses droits tout pays membre portant atteinte aux valeurs fondamentales européennes. Une mesure dont Bruxelles n'a encore jamais usé jusqu'à présent.
PA/Apic
Modifié le 4 janvier 2012, à 11h
Photo : Le Premier ministre Viktor Orban

