Martin Scorsese n'avait pas habitué ses spectateurs à ce type d'univers, à la fois fantastique et bien ancré dans son temps (la fin des années 20), mais il a tenu son pari en leur offrant un formidable conte où aventure, émotion et émerveillement pourront réjouir un large public.
Paris, gare Montparnasse. Un monde de fumée, de verre et d'acier. Les trains, les voyageurs, le temps qui passe, les boutiques du hall et… Hugo (Asa Butterfield). Hugo vit tout en haut de la gare Montparnasse, là où les mécanismes de la grande horloge rythment ses jours et ses nuits. Seul – il est orphelin –, il mène sa vie de gamin – il a une dizaine d'années - entre entretien des rouages, petits larcins, explorations des tuyauteries et réparation d'un mystérieux automate légué par son père. C'est pour connaître ce que cet homme de fer a dans le ventre qu'Hugo Cabret va être amené à faire d'intéressantes rencontres. Une demoiselle, un peu plus âgée que lui, et surtout son Papa Georges (Ben Kingsley) vont changer la destinée d'Hugo.
Une histoire peut en cacher une autre
Suivre les tribulations de ce titi parisien à la recherche d'une clé en forme de cœur qui déclencherait le mécanisme de la main de l'automate et ferait découvrir ainsi ce que celui-ci est susceptible d'écrire ou de dessiner, serait déjà un bon synopsis de scénario qui satisferait les jeunes spectateurs. Mais là où le film de Scorsese est surprenant, c'est que cette histoire conduit à la découverte d'une autre, encore bien plus passionnante, celle de Georges Méliès. Ce nom ne vous dit rien? Le célèbre dessin animé, en noir et blanc, d'une lune éborgnée par un obus, vous en dit peut-être plus. Ce dessin est signé Georges Méliès, créateur du premier studio de cinéma en France. Ancien illusionniste, Georges Méliès est fasciné par le cinéma naissant de la fin du XIXe siècle, suite à la première projection publique des frères Lumière. Ingénieux et inventif, il devient l'homme orchestre du cinéma français: producteur, réalisateur, technicien, acteur, et même décorateur. Il est le maître incontesté des effets spéciaux; ses trompe-l'œil et autres trucages font revivre en lui ses premiers émois, à savoir la magie et l'illusion. C'est toute cette explosion de fantaisie et de surréalisme, issue de l'imaginaire de Georges Méliès, que l'on peut voir dans ce film à travers les beaux yeux bleus d'Hugo Cabret. Si la fin de la merveilleuse histoire cinématographique de Georges Méliès fut moins brillante que ses débuts - elle se déroula sur fond de problèmes financiers et de première guerre mondiale -, elle permit cependant (du moins dans le film) la rencontre d'un garçon, aussi intelligent que débrouillard, et d'un génial vieillard devenu, bien malgré lui, tenancier d'une boutique de jouets mécaniques à la gare Montparnasse. La boucle est bouclée…
"Hugo Cabret" est proposé en 3D ajoutant dès lors une touche très spéciale à un film très spécial. Si vous avez des enfants ou des petits-enfants, emmenez les voir "Hugo Cabret"! Si vous n'avez pas d'enfants ou de petits-enfants, allez voir "Hugo Cabret"! Tout le monde y trouvera son compte, car le dernier film de Martin Scorsese fait appel à ce petit grain de folie ou d'originalité, c'est selon, qui trotte dans la tête de chacun de nous et qui nous fait dire que la vie peut être une fabuleuse histoire pleine de rebondissements.
Sylviane BIGARÉ
