L'exposition sur les miniatures flamandes est un grand succès! Plus de 13.000 personnes l'ont déjà visitée. Devant cet engouement, les organisateurs ont décidé d'ouvrir exceptionnellement les trois premiers dimanches du mois de décembre.
Cette expo, organisée pour la première fois de manière conjointe par la Bibliothèque royale de Belgique et la Bibliothèque nationale de France permet d’admirer à Bruxelles plus de 140 manuscrits enluminés d’exception. Une page d’histoire tout autant qu’un moment artistique.
C’est "Ève au paradis terrestre", de Simon Marmion (1425-1489), le Prince des enlumineurs, qui a été choisie pour nous inviter à la redécouverte de cet art aujourd’hui oublié qu’est l’enluminure. Il a fleuri dans nos régions, particulièrement au XVe siècle bourguignon. En cet automne du Moyen Âge, où l’imprimerie n’avait pas encore vu le jour, toute personne un peu fortunée voulait posséder des manuscrits précieux illustrés par les meilleurs artistes. La Bibliothèque royale en possède 4.500, dont 3.000 du XVe siècle. Beaucoup sont revenus d’une rafle de la Révolution française ou rescapés d’un incendie du Coudenberg. Rappelons que pour le moment, à Paris, se tient une exposition sur Fra Angelico (voir "Dimanche Express" n°38). Lui-même a commencé sa carrière par l’enluminure de manuscrits que l’on peut voir dès la première salle. Le peintre angélique se situe lui aussi dans le quattrocento, que nous appelons le XVe siècle.
En entrant dans la première salle, une carte de géographie permet de réviser l’histoire des Pays-Bas méridionaux au XVe siècle. Région la plus prospère d’Europe, ils incluaient le nord de la France, la Belgique et le sud des Pays-Bas. Depuis l’avènement de Jean Sans Peur (1404) jusqu’au décès de Marie de Bourgogne (1482), des villes opulentes comme Bruges, Gand, Bruxelles, Valencienne, Lille ou Tournai étaient de véritables viviers d’artisans, copistes, relieurs et miniaturistes. Les noms des miniaturistes étaient d’ailleurs tout aussi célèbres que ceux de Roger de la Pasture ou de Hans Memling. Tous ces artistes de renom travaillaient inlassablement pour réaliser les illustrations de chroniques, traités de dévotion, romans de chevalerie ou encore traités de chasse.
L'âge d'or de l'enluminure
Philippe Le Bon, qui fit sa joyeuse entrée à Bruxelles en 1430 et fonda, à Bruges, l’Ordre de la Toison d’Or, est manifestement la figure centrale de ce XVe siècle, dit “bourguignon”. Il avait un amour personnel très fort pour ces livres enluminés. Sa bibliothèque en comptait neuf cents. Lui-même est d’ailleurs souvent représenté à la première page, recevant le manuscrit des mains de l’artiste. Ainsi, cette enluminure emblématique de Rogier Vanderweyden (vers 1399-1469) où un moine offre au duc de Bourgogne les "Chroniques de Hainaut" illustrées par lui. Le mécénat de Philippe le Bon a peu à peu imposé les canons du livre bourguignon de luxe: exécution sur parchemin, présentation de grand format, mise en page aérée, préférence pour la bâtarde bourguignonne, abondance d’illustrations et reliures de qualité.
Sur le plan littéraire, cet âge d’or de l’enluminure correspond à l’émergence d’écrits nouveaux jusque là destinés à des cercles restreints. Même si les ouvrages de mystique et de dévotion, comme les livres d’Heures ou les psautiers sont toujours nombreux, le monde laïc s’instruit dans des chroniques, des chansons de gestes, des épopées chevaleresques, des romans courtois ou des traités cynégétiques.
Des œuvres sensibles à la lumière
L’éclairage est faible dans les deux parties de l’exposition, l’une dans les locaux de la Bibliothèque et la seconde, dans la chapelle de Nassau. En effet, sensibles à la lumière, ces manuscrits sont rarement exposés. Si ce sont souvent les reliures qui ont souffert le plus, l’intérieur a aussi souffert de l’eau, du feu, des vers, mais également des censeurs qui parfois les ont abîmés pour cacher des textes qui ne convenaient pas à leur idéologie.
Quelques belles enluminures à ne pas manquer: les épreuves de Job, saint Augustin qui enseigne sa doctrine, l’annonce de Noël aux bergers, mais aussi les hérétiques au bûcher ou la Trinité et le châtiment des anges rebelles. On appréciera, dans un tout petit livre d’Heures, la circoncision de Jésus. Dans un autre genre, il y a la présentation des lettres d’Aristote à Alexandre le Grand. Ou encore la scène où Bertrand Don de la Broquière, de retour de sa mission en Iran, offre une version du Coran à Philippe Le Bon. Bien sûr, toutes les enluminures ne sont pas pieuses! Elles sont parfois scatologiques, licencieuses ou blasphématoires. Histoire de faire un peu sourire durant cette exposition passionnante.
Charles DELHEZ
"Miniatures flamandes", à la Bibliothèque royale de Belgique (boulevard de l'Empereur, 2, à 1000 Bruxelles), jusqu’au 30 décembre, du lundi au samedi de 9 à 17h (jusque 20h, le mercredi).
L’exposition sera exceptionnellement ouverte les dimanches 4, 11 et 18 décembre, de 9h à 17h. Elle sera ensuite montré à Paris, de mars à juin 2012.
PAF: 7 EUR. Infos: 02/519.53.11 – www.kbr.be.
illustration : Le Paradis terrestre (détail) © KBR
