La contribution des Eglises catholiques orientales d’Europe à la "Nouvelle évangélisation" a été au centre de la 14e Rencontre des évêques catholiques orientaux qui s’est tenue à Oradea, en Roumanie, du 3 au 6 novembre 2011. Vingt ans après la chute du communisme, le sécularisme est l'un des nouveaux défis auxquels elles doivent faire face.
La rencontre annuelle des évêques catholiques orientaux d’Europe a rassemblé cette année à Oradea, en Roumanie, près de 70 participants, évêques et experts, à l’invitation de Mgr Virgil Bercea, évêque d’Oradea-Mare. Ensemble, les participants ont réfléchi au défi de l’annonce du Christ dans le contexte socioculturel actuel. A cette rencontre ont pris part également les évêques de rite latin de la Conférence épiscopale de Roumanie.
A l’ouverture des travaux, le cardinal Péter Erdö, président du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), a souligné que la "Nouvelle évangélisation" était une opportunité par laquelle tous les fidèles sont tous appelés "à réveiller notre foi et à édifier des communautés chrétiennes bien enracinées dans le Seigneur et fortes dans leur élan missionnaire".
De son côté, Mgr Lucian Muresan, a souligné que vingt ans après la chute des régimes communistes totalitaires, "les Eglises catholiques orientales sont confrontées elles aussi à des sociétés en rapide évolution, dans lesquelles la sécularisation, l’émigration et le relativisme ont modifié les paradigmes et les modalités non seulement de l’appartenance ecclésiale et de la pratique religieuse, mais aussi de la transmission et de l’annonce de l’Evangile".
Le président de la Conférence épiscopale de Roumanie a encore relevé que les Eglises catholiques orientales d’Europe ont une histoire commune, "faite d’exclusion, de souffrance et de martyre, surtout sous les régimes totalitaires où elles furent interdites et supprimées juridiquement".
En ce qui concerne la "Nouvelle évangélisation", les Eglises catholiques orientales d’Europe ont une contribution spécifique à apporter à la réflexion en cours dans l’Eglise universelle. D’autre part, elles doivent être bien conscientes des défis que le monde actuel présente à la mission. "La crise que le monde vit aujourd’hui est essentiellement de nature anthropologique; elle est en partie le fruit de la sécularisation qui a entraîné une marginalisation injustifiée de Dieu, tant dans la sphère publique que dans la sphère personnelle", a-t-on relevé durant la rencontre. Les Eglises catholiques orientales sont confrontées elles aussi à ce problème et, après la vitalité dont elles ont fait preuve il y a une vingtaine d’années après avoir retrouvé la liberté, elles se sentent interpellées par ces phénomènes mondiaux qui touchent un grand nombre de leurs fidèles émigrés, en posant aux Eglises respectives des questions pastorales inédites qui demandent des solutions appropriées et originales.
Dans son intervention, Mgr Salvatore Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la Nouvelle évangélisation, a mis en évidence quelques-unes des tâches qui attendent la "Nouvelle évangélisation": renforcer le sentiment d’appartenance qui donne une identité forte; soigner le langage et veiller tout particulièrement à la beauté de la liturgie, à la catéchèse et à la formation permanente. Enfin, face aux différentes formes d’égoïsme ambiant, la "Nouvelle évangélisation" doit promouvoir des témoignages de solidarité et de générosité, exprimant l’amour de Dieu pour tous les hommes.
Un bel exemple de cette médiation du message chrétien a été présenté par le Père Borys Gudziak, recteur de l’Université catholique d’Ukraine, qui a exposé aux participants le projet très original de construction de la nouvelle Université catholique. L’idée de base était de réaliser un campus où la technologie se traduit dans l’architecture, où la spiritualité est vécue en communauté, et où l’évangélisation prend la forme d’un pèlerinage.
De son côté, le Père jésuite slovène Marko Rupnik, a parlé de la contribution que l’art byzantin peut apporter à la nouvelle évangélisation. Aujourd’hui "l’art a émigré du sanctuaire au palais, puis du palais au musée; il ne suscite plus la dévotion, mais seulement l’admiration pour l’artiste. En même temps, il a perdu sa fonction de symbole pour devenir un concept totalement coupé de la réalité du vécu quotidien". Pour le père jésuite, "l’art doit être capable de transmettre la foi, la vie et l’amour".
Face aux progrès de la sécularisation et du consumérisme dans les sociétés d’Europe de l’Est, la tâche de l’Eglise est, pour Mgr Cyril Vasil, d’offrir à la société civile l’expérience de la doctrine sociale de l’Eglise pour lutter contre les effets désastreux du capitalisme sauvage, "comme antidote aux effets collatéraux empoisonnés de l’économie de marché". Et comme nombre de fidèles des Eglises catholiques orientales ont émigré pour des motifs économiques, il faut revoir l’action pastorale dans une perspective missionnaire et à la lumière du contexte social actuel. En outre, le contact pastoral avec les fidèles immigrés ne "doit pas se limiter au seul service du culte divin", mais doit s’intéresser à leurs conditions de vie.
Un autre défi est celui de "l’athéisme pratique" qui est en train de se répandre un peu partout. L’homme auquel l’Eglise est appelée à porter la Bonne Nouvelle est un homme fondamentalement ignorant du point de vue religieux, privé d’un point de référence culturel sûr. Il faut donc se demander comment susciter son intérêt pour les choses qui dépassent son horizon matériel et utilitariste. Comme d’autres intervenants, le secrétaire de la Congrégation pour les Eglises orientales a mis l’accent sur la recherche de joie, de beauté, de décorum et de solennité de la part des hommes. C’est pourquoi "la beauté profonde et mystique de nos célébrations liturgiques peut encourager une recherche plus approfondie de la vérité".
Les résultats de ces travaux aboutiront dans un rapport qui sera remis au secrétariat du Synode des évêques en vue de la 13e Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, qui se tiendra à Rome du 7 au 28 octobre 2012. La prochaine rencontre des évêques des Eglises catholiques orientales se tiendra à Zagreb du 8 au 11 novembre 2012, à l’occasion du 400e anniversaire de l’union de l’Eglise catholique croate de rite byzantin à l’Eglise de Rome.
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