Télévision: l’hommage à l’abbé Joseph Wresinski


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Télévision: l’hommage à l’abbé Joseph Wresinski
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Au lendemain de la journée mondiale du refus de la misère, France 3 diffuse ce soir le film "Joseph l'insoumis" . Ce long-métrage de Caroline Glorion est un hommage à l'action du père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD Quart Monde, à ne pas manquer !

Il était bourru, colérique et maladroit dans son expression, et c'est peut-être à cause de cela que le père Joseph Wresinski eut un parcours moins connu du grand public que l'abbé Pierre. Il faut dire aussi que, contrairement à ce dernier qui incarnait la charité chrétienne dans sa conception la plus classique, l'abbé Wresinski, lui, avait pris le parti de combattre cette charité; il n'en voulait pas. Lui-même enfant de la misère, délaissé – avec sa mère – par son père alors qu'il n'avait que 4 ans, il avait tellement souffert de "ces regards de pitié, de ce sentiment insupportable d'aliénation" que c'est un combat pour la dignité qu'il mena, avec une pensée extrêmement claire et radicale.
C'est ce que nous donne à voir ce film très réussi de Caroline Glorion qui n'aura connu qu'à la marge les salles obscures mais pourra réunir un grand public grâce à sa diffusion à la télévision (sur France 3). Après avoir déjà réalisé un documentaire de référence sur ce prêtre révolutionnaire, la réalisatrice en a fait une fiction romanesque dont l'action se situe aux débuts des années 1960 dans le bidonville de Noisy, aux portes de Paris. C'est là que vivent, ou plutôt survivent, dans une misère effroyable et une violence quotidienne, des familles entières, logées dans des abris de fortunes en tôles ondulées.
Parmi ces familles, celle de Jacques, un grand adolescent dont la vie va être transformée par sa rencontre avec le Père Joseph Wresinski. Ce dernier a en effet décidé de s’installer au milieu de ceux qu’il appelle "son peuple". Sa vie mais aussi celles de sa mère, Alicia, du Géant, de Mme Trichet et de tous ceux qui vont rejoindre le combat de l'abbé. Tous ces miséreux ne sont pourtant pas d'emblée acquis à la cause du prêtre. Surtout quand il rudoie les bénévoles qui viennent servir la soupe populaire.
Mais dans ce camp où les enfants courent se cacher dès que l'assistante sociale arrive, afin qu'ils ne soient pas emmenés à l'Assistance publique, le combat qu'il veut mener contre la charité qui, dit-il "enfonce les pauvres dans l’indignité", finira par être compris. L'abbé trouvera aussi un relais précieux dans la personne de Geneviève De Gaulle (la nièce du général) qui soutiendra son action et plaidera sa cause au plus haut niveau de l'État.
Au fil des jours, la ténacité, la solidarité et l’imagination ont raison des projets de destruction du bidonville du maire. Et si à l’énergie et au courage des uns répondent aussi le désespoir et la fragilité des autres, le Père Joseph et ses amis gagnent néanmoins des batailles: une bibliothèque, un jardin d’enfants, la scolarisation des enfants.

Figures de pauvreté

Outre la qualité d'interprétation de ses acteurs principaux (Jacques Weber campe avec beaucoup de naturel Joseph Wresinski, et Anouk Grinberg est bouleversante de détresse et de vérité, en illettrée vivant la peur au ventre), la réussite de ce téléfilm tient aussi dans son réalisme, en raison du choix d'avoir fait jouer de vraies victimes de la pauvreté; et pas seulement comme figurants. En particulier dans une scène, très forte, où les femmes parlent de leur vie et des épreuves traumatisantes qu'elles ont dû traverser. Cette scène restitue une vraie justesse de documentaire qui se fond parfaitement dans le récit.
Sensible (mais sans aucune sensiblerie), et émouvant, le film permet aussi de mettre en valeur les idées et les paroles fortes de l'abbé. Quand celui-ci explique que "Si la société accepte la misère, alors la misère existe!", tout est dit.
Dans cette histoire, des HLM seront finalement construits à la place du bidonville. Mais pour le Père Joseph, c’est un échec, il rêvait de bien plus… "un vrai projet politique, ambitieux" comme il le dit à Jacques à la fin du film. Mais, ajoute-t-il, "Nous avons tout de même gagné une chose: la dignité, la fierté d’avoir lutté ensemble… et on va continuer."
Trente ans plus tard, le 17 octobre 1987, ils étaient 100.000 à défiler dans Paris pour la première journée mondiale du refus de la misère. Des familles venues des bidonvilles du monde entier qui prendront la parole et que le monde écoutera.

Pierre GRANIER

Ce mardi 18 Octobre, à 20h35 sur France 3.

Catégorie : L'actu

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