Présence chrétienne au Festival d’Avignon


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Présence chrétienne au Festival d’Avignon
"Un homme debout" avec Jean-Marc Mahy
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

"Un homme debout" avec Jean-Marc Mahy

La 65e édition du festival d'Avignon s'est terminée le 26 juillet dernier. Dans ce méga-événement, la voix chrétienne parvient à se faire entendre.

Il y a le festival IN avec ses grandioses créations contemporaines et il y a le festival OFF où artistes de toutes disciplines offrent aux férus de la scène des spectacles d’une extraordinaire diversité. Pendant un mois, la ville vit au rythme des scènes. Comment faire entendre une voix chrétienne dans ce méga-événement ? Elle se déploie sur différents plans. Quelques membres de communautés nouvelles se consacrent à l’évangélisation de rue des touristes mais c’est la présence chrétienne en lien avec les professionnels de la scène qui est le plus frappant.

Aux prémices de ce qui deviendra le plus grand festival de théâtre francophone, il y eut une rencontre entre Jean Vilar et un jeune prêtre avignonnais, Robert Chave. Aujourd’hui ce dernier est octogénaire mais tout à l’écoute de ce qui se vit lors de ces semaines de festival. Robert Chave reste une figure emblématique d’une présence chrétienne, attentif à la création et en dialogue avec le monde artistique dans ce haut lieu culturel.
Un coup d’œil sur le livre programme de 400 pages avec ses 1100 spectacles suffit pour être frappé par le nombre de pièces proposées qui ont un contenu spirituel, voire chrétien : un monologue présentant Edith Stein, une actualisation stimulante de l’histoire de Noé, une évocation de Thérèse de Lisieux, trois versions du Prophète de Khalil Ghibran, des concerts gospel, deux créations avec des textes d’Etty Hillesum, un abrégé des Confessions de Saint Augustin, un propos sur le dialogue interreligieux et bien d’autres. La création Pierre & Mohammed a particulièrement attiré l’attention. A l’occasion du quinzième anniversaire de l’assassinat de l’évêque d’Oran Pierre Claverie et de son chauffeur Mohammed, Adrien Candidart a écrit une évocation de ces deux personnalités. Interprété par Nâzim Boudjenah, qu’accompagne Francesco Agnello aux percussions, le texte célèbre l’amitié entre les deux hommes, en mettant en avant la figure de Mohammed, qui raconte celui qu’il accompagne dans tous ces déplacements. Les citations des écrits de Pierre Claverie illustrent parfaitement l’engagement pacifique de ce dominicain aux côtés du peuple algérien et de son respect pour la foi musulmane. L’émotion de l’acteur, lui-même d’origine algérienne, rend cette pièce particulièrement poignante et évocatrice du drame que ce pays a connu pendant les sombres années de guerre civile.

L'humain au centre des spectacles

Parmi les spectacles abordant les sujets de société, notons celui de Vincent Ecrepont, Les interrompus, qui met scène cinq enfants que la mort est venue cueillir dans la fleur de l’âge. Le deuil des parents est au centre du contenu. « Si tu veux vivre, laisse-moi mourir », lance un enfant à ses parents restés sur la terre des vivants.
Autre spectacle de cette catégorie remarqué dans le festival OFF est celui du belge Jean-Marc Mahy, Un homme debout, qui a déjà tourné en Belgique. Son récit de prisonnier, écrit alors qu’il purgeait sa peine, monté par le Théâtre de l’Ancre de Charleroi à sa sortie de prison, émeut du début à la fin. Sa première phrase sur scène « Je ne suis pas un acteur ! » indique bien l’audace de cette pièce voulue pour dénoncer le traitement inhumain du régime d’isolement dans le système carcéral. Jean-Marc Mahy livre ici un extraordinaire témoignage d’espérance élevé à l’art de la scène.
Dominique Rongvaux, reçu sur la scène du Théâtre des Doms de la Communauté Française, a cartonné avec son adaptation de L’Eloge de l’oisiveté de Bertrand Russell. L’acteur d’origine gaumaise, déjà récompensé en Belgique comme ‘Meilleur seul en scène 2010’, décrit avec un humour très british les vertus de l’oisiveté et quelques unes des absurdités de notre société contemporaine.

L’humain qui est au centre de ces spectacles intéresse bien sur le chrétien. Les rencontres après spectacles révèlent d’ailleurs qu’il n’est pas rare que ces projets soient l’initiative de chrétiens engagés soucieux de susciter rencontre et réflexion. Elles sont certainement un des points forts de ce festival. Dans une société qui est tentée par le repli sur soi et l’individualisme, cet événement fait figure de catalyseur pour mettre en honneur la rencontre de l’autre en ce qui dépasse le superficiel.

Alain Arnould o.p.

Robert Chave, Avignon. Terre de Rencontre, Avignon 2007, Association Foi et Culture, 49ter, rue du Portail-Magnanen, F-84000 Avignon. ISBN 978-2-84231-410-1

Catégorie : Culture

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