L’annonce de la mort d’Oussama Ben Laden, tué le 1er mai par des forces spéciales américaines dans la localité pakistanaise d’Abbottadad, à une soixantaine de kilomètres d’Islamabad, suscite la crainte dans les milieux chrétiens pakistanais.
Très rapidement après l'annonce par le président américain de la mort d'Oussama Ben Laden, l'archevêque émérite du diocèse de Lahore, Mgr Lawrence Saldanha, n'a pas caché sa crainte de voir les chrétiens du Pakistan pris pour cible par d'éventuelles actions de représailles de musulmans extrémistes. "Nous sommes des cibles d'autant plus faciles qu'ils [les partisans de Ben Laden] ne sont pas en mesure de s'attaquer à l'Amérique", a-t-il déclaré. "Nous demandons la mise en place de mesures de sécurité. Le gouvernement doit faire en sorte de maîtriser toute manifestation de représailles."
Un message qui semble avoir été entendu par les autorités pakistanaises, puisque les écoles chrétiennes ont été fermées et que des forces de police ont été positionnées devant les principaux lieux de culte du pays. Elles aussi craignent une réaction violente et dirigée contre les chrétiens de la part des éléments les plus extrémistes de la société, notamment de la jeunesse formée dans les madrassa, les écoles coraniques. Paul Bhatti, conseiller spécial du gouvernement pour les minorités religieuses, a confirmé à l'agence Fides que "la situation est tendue". "Il existe en effet de fortes craintes de réactions, totalement insensées, contre les minorités chrétiennes", a-t-il déclaré.
Lutter contre l'extrémisme
Plus rassurant, le père Mario Rodrigues directeur des Œuvres pontificales missionnaires au Pakistan, affirme que "les persécutions à l'encontre des chrétiens pourraient diminuer au cours des prochains mois et la lutte idéologique des talibans s'affaiblir". La disparition du terroriste le plus recherché de la planète pourrait en effet réduire l'audience et l'impact des militants radicaux de la cause islamiste. Il ajoute cependant que "l'intolérance et les groupes islamiques sont florissants dans le pays et que d'autres leaders extrémistes pourraient s'imposer et poursuivre les actions terroristes. Au cours de ces derniers jours derniers, ont été enregistrées des attaques massives contre les quartiers chrétiens de la ville de Gujranwala. Il est donc urgent que soit mise en place une politique sérieuse de lutte contre l'extrémisme islamique de la part de l'État et ce à tous les niveaux."
Au Pakistan, les chrétiens représentent une minorité de 1,6 % de la population. Peu ou mal considérés, les chrétiens font régulièrement les frais de la montée de l'islamisme dans la société pakistanaise, notamment du fait d'une application inconsidérée de la loi sur le blasphème. Appartenant en grande majorité aux classes sociales les plus basses de la société, ils sont souvent assimilés par les éléments extrémistes du Pakistan à l'Occident, un Occident honni et perçu comme chrétien.
Déclaration du Saint-Siège
De son côté, le Vatican n'a pas tardé à réagir. "Oussama Ben Laden – comme nous le savons tous – a eu la très grave responsabilité de répandre la division et la haine entre les peuples, provoquant la mort d'un nombre incalculable de personnes, et d'instrumentaliser les religions à cette fin", a déclaré le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le 2 mai dernier. "Face à la mort d'un homme, un chrétien ne se réjouit jamais mais réfléchit sur les graves responsabilités de chacun devant Dieu et devant les hommes, espère, et s'engage afin que chaque événement soit, non pas une occasion pour une nouvelle montée de haine, mais une occasion pour favoriser la paix."
Des propos similaires ont été tenus par l’Archevêque d’Islamabad, Mgr Anthony Rufin. "Dans l’esprit d’un chrétien, la mort d’un homme ne produit jamais la joie, même s’il s’agit d’un ennemi", a-t-il déclaré à l'agence Fides. "À l’occasion de la mort de Ben Laden, je voudrais rappeler le commandement suprême du message chrétien: aimez vos ennemis." Le prélat a également tenu à exprimer son "respect absolu pour l’islam et pour tous les musulmans du Pakistan" avec lesquels il croit toujours "possible de partager des parcours de dialogue et de collaboration en vue de la construction d’une nation pacifique". (CtB/Apic/Zenit/Fides/PA)

