2010, une année exceptionnelle pour les droits de l’Homme


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2010, une année exceptionnelle pour les droits de l’Homme
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
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"Cinquante ans après que la flamme de la bougie d'Amnesty International ait commencé de briller, la situation des droits humains connaît aujourd'hui un moment décisif et nous sommes à l'aube de changements majeurs", a déclaré Salil Shetty, secrétaire générale de l'ONG, à l'occasion de la publication du rapport 2011.

En même temps qu'elle célébrait ses cinquante ans d'existence, Amnesty International a présenté, le 12 mai dernier, son rapport sur l'état des droits humains. Contrairement aux autres années, l'ONG s'est réjouie des progrès enregistrés dans ce domaine durant l'année écoulée, principalement au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Souvent emmenés par les jeunes générations, des hommes et des femmes y ont effectivement défié les balles, les coups de matraque, les gaz lacrymogènes et les tanks afin de réclamer davantage de liberté et de justice, ainsi que le départ de leurs dictateurs. Un mouvement citoyen qui n'aurait sans doute pas connu cette ampleur sans Facebook et Twitter, qui ont permis aux manifestants de contourner les restrictions à la liberté d'expression et d'exposer à la vue de tous les images de la répression.

Une arme à double tranchant

Si Salil Shetty, la secrétaire générale d'Amnesty, se réjouit de ces avancées, elle reste néanmoins prudente: ces changements ne tiennent qu'à un fil, a-t-elle déclaré. "La technologie, en soi, ne respecte pas les droits humains, pas plus qu’elle ne leur porte atteinte. Ce n’est qu’un outil, dont se servent aussi bien ceux qui veulent s’attaquer aux injustices dont souffrent tant d’habitants de notre planète que ceux qui entendent contrôler l’accès à l’information et faire taire les voix dissidentes", a-t-elle ajouté. Ainsi, malgré l'élargissement du champ d'action en faveur des droits humains offert par les nouvelles technologies numériques, la liberté d'expression continue à être largement battue en brèche. Le rapport 2011 recense effectivement des restrictions spécifiques à cette liberté dans 89 pays, des prisonniers d'opinion dans 48 pays, des cas de torture et d'autres mauvais traitements dans 98 pays et des procès inéquitables dans 54 pays.

Et il ne faut pas toujours aller très loin pour constater des atteintes aux droits humains. Face aux défis que constituent les flux migratoires, par exemple, les États européens – dont la Belgique – ont souvent adopté une attitude répressive à l'égard des étrangers, même lorsque ceux-ci avaient droit à une protection internationale. Ainsi, les pouvoirs publics ont-ils multiplié le recours au placement en détention des demandeurs d’asile et des migrants en situation irrégulière à des fins de dissuasion et de contrôle, au lieu de n’utiliser ces mesures qu’en dernier recours et de manière légitime. Ce qui fut notamment le cas en France. "Notre pays a de grandes prétentions en matière de droits humains, mais sa politique reste marquée par des contradictions entre les discours et les faits", a déclaré François Perrin, vice-président d'Amnesty France, qui regrette "le repli sur soi" du gouvernement Sarkozy.

Le Vatican épinglé

Mais ce qui surprend le plus dans ce rapport 2011, c'est la notice qui y est consacrée au Saint-Siège. L'organisation internationale de défense des droits humains lui reproche en effet de ne pas avoir respecté ses obligations internationales relatives à la protection des enfants. D'un point de vue formel, Amnesty International relève tout d'abord que le Saint-Siège n'avait toujours pas remis, fin 2010, son deuxième rapport périodique au titre de la Convention relative aux droits de l'enfant, ni son rapport initial au titre de la Convention contre la torture. Deux documents attendus respectivement depuis 1997 et 2003. Mais c'est surtout la révélation des affaires de pédophilie cléricale qui suscite l'attention de l'ONG. "Les autorités ecclésiastiques n'ont pas écarté de leurs fonctions les auteurs présumés de ces actes dans l'attente que des enquêtes soient menées en bonne et due forme", déplore-t-elle. "Elles n'ont pas coopéré avec les autorités judiciaires pour faire traduire ces personnes en justice et elles n'ont pas fait en sorte que les victimes obtiennent une véritable réparation."

Certes, Amnesty International salue les modifications apportées à la loi interne de l'Église en ces matières, mais elle regrette qu'"aux termes du droit canon, les autorités ecclésiastiques ne soient pas tenues de signaler ces cas aux autorités civiles en vue de l'ouverture d'une enquête pénale". "L'ensemble de la procédure se déroule obligatoirement sous le sceau du secret", fait-elle remarquer. (CtB/AI/PA)


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