Editorial du P. Charles Delhez paru dans le "Dimanche Express" du 20 mars 2011 :
Quand on ne trouve plus les mots pour décrire une catastrophe, celui d’apocalypse revient sur toutes les lèvres et dans tous les médias. Cette fois, ce n’est pas un pays pauvre qui est touché. Haïti, pour les motifs que l’on sait, n’était pas prêt à affronter le tremblement de terre qui l’a plongée dans une misère redoublée. Le Japon, lui, situé sur un lieu à hauts risques, était paré pour affronter les forces imprévisibles de la nature. Mais les dégâts sont tout autant immenses. Décidément, la nature sera toujours plus forte que l’homme, même si les progrès de la science nous font parfois espérer le contraire…
On pourrait même avoir le sentiment inverse: au fur et à mesure des progrès, notre civilisation devient plus fragile. Un colosse au pied d’argile, pour reprendre une autre image biblique. Est-ce à dire qu’il faille renoncer à la science, à la technique et à toutes les conquêtes qui nous mobilisent chaque jour et qui font la grandeur notre humanité? Non. Mais il faut pouvoir les relativiser. La réussite de notre aventure humaine ne se mesure pas à nos prouesses techniques et au confort matériel qui s’en suit. Il y a d’autres questions essentielles et même prioritaires. Et qui concernent les peuples riches comme les peuples pauvres.
La fragilité de notre condition humaine, face à la nature déchaînée, mais aussi en raison de notre condition vulnérable et mortelle, nous renvoie à l’interrogation essentielle: quel sens donnons-nous à notre existence, brève ou longue? Quelles sont nos motivations profondes quand nous nous investissons dans la recherche scientifique, dans les réalisations techniques ou dans l’engagement politique, médical, artistique…?
La foi nous invite à croire que nous n’aurons pas mené nos activités en vain, mais à condition que nous les ayons vécues dans l’amour. Oui, il faut s’engager à fond, tout en connaissant notre précarité, et en respectant le principe de précaution. Mais il ne faut pas oublier l’essentiel. “La seule chose que nous enseigne la mort, dit Jésus dans l’Évangile selon Pilate d’Éric-Emmanuel Schmitt, c’est qu’il est urgent d’aimer.” Et c’est ce que nous avons pu voir sur les écrans de télévision: l’élan de solidarité nationale et internationale face à ce séisme. L’amour dégage une énergie plus puissante que les centrales nucléaires, car il y a en lui quelque chose d’éternel. Seul l’amour demeure.
Vos réactions sur [email protected]


