Maîtres vénitiens et flamands: quatre siècles d’émulation


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Maîtres vénitiens et flamands: quatre siècles d’émulation
"Vierge à l'enfant" de Giovanni Bellini
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

 

"Vierge à l'enfant" de Giovanni Bellini

Une cinquantaine d'œuvres de premier ordre de l'Académie Carrara de Bergame sont exposés en ce moment au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Elles y "dialoguent" avec une quinzaine d'autres chefs d'œuvre venus du Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers. Cette confrontation de tableaux vient illustrer les échanges et les influences réciproques entre peintres flamands et vénitiens du XVe au XVIIIe siècle.

 

La fermeture des salles de la collection permanente du Musée d'Anvers, pour cause de travaux, continue à faire les beaux jours culturels de Bruxelles. Après les tableaux d'Ensor, ce sont une quinzaine de chefs d'œuvres signés Van Eyck, Jordaens, Bouts, Rubens, van der Weyden… que l'on peut admirer au Bozar, dans une configuration originale, à savoir aux côtés de tableaux de grands maîtres de la peinture vénitienne tels que Bellini, Canaletto, Titien, Véronèse… prêtés par la pinacothèque de Bergame.
Le fil rouge de cette belle exposition est en effet de montrer que les écoles flamandes et vénitiennes n'existent pas l'une sans l'autre. Entre le XVe et le XVIIIe, les échanges maritimes, commerciaux et politiques étaient particulièrement riches et féconds entre Anvers et Venise. Il en était de même pour l'art puisqu'avec les marchandises, voyageaient aussi des œuvres, notamment ces peintures, à destination des collections des riches commerçants et banquiers italiens et flamands.
Ce sont d'abord les primitifs flamands qui ont influencé la peinture italienne. Ils possédaient en effet une avance "technique", celle de l'utilisation de la peinture à l'huile, qui permettait d’obtenir une pureté et une luminosité bien plus grandes que la détrempe qu'utilisaient à l'époque les maîtres vénitiens. De même, c'est en voyant les portraits de trois quart réalisés par van der Weyden que Giovanni Bellini renonça au portrait de profil à la Pisanello. Les œuvres de Bellini, considéré comme le plus grand peintre italien de la fin du XVe et du début du XVIe siècle, sont d'ailleurs particulièrement bien représentées dans cette expo. Avec notamment son fameux "Portrait d'un jeune homme" mais aussi une "Vierge à l'enfant" bien plus mélancolique que celle réalisée par son père 60 ans plus tôt.

Rubens vénitien

C'est au XVIe que les Vénitiens s'émanciperont des techniques des primitifs flamands et que l'Italie sera le passage obligé pour tous les artistes. C'est l'objet de la deuxième section de l'exposition (qui en compte quatre, une par siècle). Lorenzo Lotto réalise ce que l'on peut appeler les premiers portraits psychologiques tandis que dans un autre registre, Titien, Tintoret et Véronèse font exploser les couleurs. Au contraire, les peintres flamands, comme Pourbus, restent dans la perfection et l'austérité, leur travail étant souvent imprégné des avancées de la réforme de Luther… Sauf Patenier, le véritable inventeur du paysage, et surtout Rubens. Ce dernier s'installe à Venise en 1600 et sera le premier héritier de l'art pictural vénitien, tant pour les thèmes et les constructions allégoriques que pour la variété d'invention et le code de la couleur. Et à son tour, il influencera ensuite la peinture de cette ville.
Comme Rubens, bon nombre de peintres étrangers séjourneront à Venise qui devient alors, durant le "seicento", un creuset d'artistes européens où tous les styles prolifèrent. Puis la Sérénissime s'éloigne de la culture du Nord (où un genre nouveau rencontre un extraordinaire succès: les nature mortes) et se pique pour le "védutisme" pendant le XVIIIe siècle, une école de peinture représentée notamment par Canaletto qui utilisait une caméra obscura (c'est-à-dire une chambre noire, l'ancêtre de la photographie) pour réaliser des clichés représentant la ville dans la spécificité de la vie citadine.

Pierre GRANIER

Jusqu'au 8 mai - Palais des Beaux-Arts
(rue Ravenstein, 23 - Bruxelles - Tél.: 02/507.82.00)
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h et le jeudi jusqu'à 21h

Catégorie : Culture

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