Depuis toujours, il ne pense qu’à être utile, à servir ses frères, quels qu’ils soient. Il est né avec un gène dominant qui développe le sens de l’autre, la proximité de celui qui peine, de celui qui est mal aimé et souffre de ses enfermements. Au cours de ses études universitaires, ses compagnons l’appelaient pompeusement, mais avec un respect admiratif, le "pape". C’est qu’il était capable de mener de front la responsabilité nationale des groupes de prière, l’animation liturgique ainsi que le service de la sacristie à l’internat; tout cela en accomplissant une magnifique performance dans ses études.
Télesphore Munyantwali porte le prénom du 8e évêque de Rome. D’origine grecque, celui-ci entretint un lien fort entre les Églises d’Orient et Rome. Créer du lien, jeter des ponts, c’est aussi le désir profond qui habite celui que tout le monde appelle maintenant Téles. Sa ligne de vie peut se résumer à cette parole empruntée à Andrea Riccardi : "Recherchez avec passion ce qui unit et non ce qui divise".
Un parcours chaotique
Téles est né au Rwanda en 1965 au sein d’une famille modeste, entouré de quatre frères et sœurs. Il entreprend et réussit brillamment des études en sciences naturelles et en sciences de l’éducation à l’université de Butare. Enseignant dans le secondaire, il s’engage ensuite dans l’humanitaire, puis devient visiteur bénévole de prison. En 1992, il épouse Marie qui lui donne de ravissantes jumelles, Marie-Annick et Marie-Bienvenue.
En 1994, le Rwanda est traversé par la folie meurtrière. Téles et Marie, son épouse, sont les seuls rescapés de leurs familles réciproques. Ils trouvent refuge au Congo, pays voisin. Là, quelques années plus tard, le camp est bombardé et mis à sac par les envahisseurs. La famille, qui s’était agrandie par la naissance de Marie-Immaculée, est alors dispersée.
Il faudra un bon bout de temps, d’interminables démarches via la Croix Rouge et une chance un peu miraculeuse avant que Marie, accueillie en Belgique, puisse retrouver les siens, réfugiés au Bénin. Le regroupement familial peut alors se faire. Marie travaille comme infirmière et Téles reprend des études en éducation. Aujourd’hui, il est aumônier dans les prisons de Lantin et de Verviers.
Derrière les barreaux
Gilbert Muytjens, célébrant à la prison de Verviers, apprécie la disponibilité de son confrère: " Téles a un contact fort, ouvert, accueillant, tant avec les prisonniers qu’avec les gardiens et les autres responsables de la grande maison. De premier abord peut-être un peu naïf, il a le don de l’écoute, de la compassion, mais aussi il ose dire ce qu’il pense et placer ses interlocuteurs devant leurs responsabilités tout en cultivant avec soin la petite vertu Espérance. Que de fois il leur a dit: 'mieux est en toi. L’acte que tu as posé ne dit pas le tout de ta personne.' Pour moi, il est devenu une parabole vivante de l’amour gratuit. Quand je le vois grimper les interminables marches de la prison de Verviers, franchir des dizaines et des dizaines de portes de fer, quand je l’entends souhaiter le bon soir ou le bon week-end aux gardiens, je me rends compte qu'il est unique et indispensable pour tant de détenus. Je me dis alors: 'Avant d’être prêtre, évêque ou pape, il est indispensable d’être et de rester diacre, serviteur, proche des petits, des souffrants, disponible à ceux qui sont seuls et parfois au bord du désespoir.'"
Créé pour servir
Des amis de Loncin, la paroisse de Téles, reconnaissant en lui un homme de prière et de gratuité, lui parlent un jour du diaconat, alors qu’il méditait le refrain d’un psaume: "Ne vous lassez pas de rechercher le visage du Seigneur." Ce n'était que confirmer ce que le "pape" ressentait déjà au plus profond de lui-même, lui qui se savait depuis toujours créé pour servir. Et Gilbert Muytjens de conclure par cette phrase magnifique: "Mon cher Téles, toi, 'le pape', quand je te rencontre, l’Évangile me parle et l’Église me propose une face bien transfigurée."
Télesphore Munyantwali ainsi que Francis Dawant et Émile Bronne, seront ordonnés diacres en la cathédrale Saint Paul à Liège le 11 septembre à 15h.
Gilbert Muytjens/SB
