Soudan du Sud: deux années de guerre civile


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Soudan du Sud: deux années de guerre civile
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le
6 min

Sud Soudan camp de réfugiés de Jamam (c) John Ferguson_OxfamTriste anniversaire. Le 15 décembre 2013, le Soudan du Sud, plus jeune nation du monde, entrait en guerre civile, un peu plus de deux ans après son accession à l'indépendance. Un conflit particulièrement violent et meurtrier, marqué par des famines et de nombreuses atrocités.

Le 9 juillet 2011, après plusieurs décennies de lutte avec le régime islamiste de Khartoum, le Soudan du Sud (nom adopté pour le distinguer du Soudan dont il se détachait) accédait à l'indépendance. Moment de soulagement et d'espoir pour la "plus jeune nation du monde". Pour la première fois dans l'histoire des indépendances africaines, un territoire important, dont les frontières (ou, en l'occurrence, l'absence de frontières avec son voisin du Nord) étaient héritées de l'intérêt politique et économique du colonisateur - au détriment de la réalité ethnique, culturelle et aussi économique du terrain -, un pays obtenait la réparation de cette forme particulière d'injustice.

L'espoir fut malheureusement de courte durée. Un peu plus de deux ans plus tard, le nouvel Etat plongeait dans une guerre civile, en raison de profondes rivalités politiques et ethniques, longtemps ignorées dans le combat contre l'ennemi commun. Mais aussi, sans doute, en raison de la richesse du sous-sol de ce pays, dont la manne pétrolière, notamment, a suscité les convoitises du régime de Khartoum, puis des nouveaux responsables politiques. De ce point de vue, l'histoire récente de l'Afrique est malheureusement un stéréotype inlassablement recommencé.

Les combats ont éclaté à Juba, la capitale; le 15 décembre 2013, entre unités rivales de l'armée sud-soudanaise, minée par des antagonismes ethniques et politiques, alimentés par les dissensions à la tête du régime entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, respectivement Dinka et Nuer, les deux principales ethnies du pays.

A partir de là, le conflit s'est rapidement propagé dans le pays, provoquant d'innombrables atrocités. Des groupes armés et autres milices ethniques, dont une partie échappe à tout contrôle, sont venus épauler chacun des deux camps. Depuis lors, les combats n'ont jamais cessé, malgré plusieurs cessez-le-feu et un accord de paix conclus sous la pression internationales. A plusieurs reprises, différentes échéances sont passées sans que les engagements conclus soient mis en oeuvre.

A ce jour, aucun bilan officiel du conflit n'existe. En novembre 2014, le centre de recherches "International Crisis Group" estimait qu'environ 50.000 personnes avaient péri dans les combats et les atrocités qui les ont accompagnés. Conséquences des combats, la faim et les maladies ont fortement contribué à alourdir le bilan.

Famines, maladies, crimes de guerre

La famine a été évitée de peu courant 2014, grâce à des distributions de nourriture, notamment par les airs. Les organisations humanitaires ont encore tiré la sonnette d'alarme cette année. Les seuils techniques marquant l'état de famine ne sont pas encore franchis, même si le nord et l'est du pays, principaux champs de bataille, en sont très proches.

La faim - entièrement due au conflit et non à des phénomènes climatiques - est néanmoins bien là: plus de 2,2 millions de personnes ont été chassées de chez elles. Certaines sont réfugiées dans des marais où les racines sont la seule nourriture, les semailles ont été perturbées, des marchés détruits et des greniers à grains pillés. Les deux-tiers des quelque 12 millions d'habitants ont besoin d'aide alimentaire, mais aussi médicale, pour survivre.

Car la maladie fait également des ravages. Le choléra, endigué l'an dernier grâce à une campagne de vaccination et des mesures de prévention, menace à nouveau les camps de déplacés surpeuplés aux équipements sommaires. Plus de 1.500 cas ont été recensés, dont une quarantaine de décès, à Juba et à Bor (est).

Les services de santé, déjà extrêmement rudimentaires avant l'actuel conflit, sont désormais en ruines. Les installations de plusieurs organisations humanitaires, dont Médecins Sans Frontières (MSF), ont été attaquées et pillées dans certaines zones, où elles sont pourtant vitales pour la population.

Le conflit est également caractérisé par de nombreuses atrocités commises par les deux camps: massacres interethniques d'hommes, de femmes, d'enfants; femmes et filles enlevées, réduites en esclavage et systématiquement violées, enfants égorgés ou jetés vivants dans des cases en feu. Plus de 13.000 enfants ont aussi été enrôlés dans les rangs des différentes forces.

Un conflit international

Ouvertes en janvier 2013 à Addis Abeba, siège de l'Union africaine, les négociations de paix se sont éternisées des mois durant dans de luxueux hôtels, sans avancée, coûtant des millions de dollars. L'ONU a sanctionné huit chefs militaires - quatre de chaque camp -, et continue d'agiter la menace de nouvelles sanctions, mais sans succès.

Par ailleurs, une vingtaine de forces locales ou étrangères prennent part au conflit. Des troupes ougandaises et leurs hélicoptères de combat sont venues prêter main-forte à l'armée sud-soudanaise, ainsi que des rebelles de la région du Darfour (ouest du Soudan), qui combattent traditionnellement Khartoum.

Le gouvernement soudanais est, quant à lui, accusé de fournir des armes à M. Machar, le vice-président, soutenu également par des chefs de guerre locaux. Au milieu des deux parties en conflit, 12.000 Casques Bleus tentent de maintenir la paix dans un territoire grand comme la péninsule ibérique, dépourvu de routes et où les pistes sont impraticables en saison humide.

Une lueur d'espoir

Au milieu de tant de noirceur, de réelles raisons d'espérer fleurissent néanmoins. Un exemple particulièrement fort: le "village de la paix" fondé par Mgr Patid Taban, évêque catholique, dans la région du Kuron. Un village multiethnique, ou quelque 300 enfants sont scolarisés en un lieu retiré. Ce projet, "The Holy Trinity Peace Village South Soudan" est soutenu par les Amis de Soeur Emmanuelle, et d'autres organisations, telles que Caritas Suisse, Pax Christi, une fondation norvégienne et le diocèse de Munich.

L'un des fondateurs des Amis de Sœur Emmanuelle a rencontré personnellement Mgr Taban. De leurs échanges est née la volonté de valoriser ce projet sud-soudanais. Et voilà les Amis de Sœur Emmanuelle devenus actifs dans le soutien financier de cette école installée au bout du monde. Les murs y semblent déjà vétustes, le matériel scolaire y est compté, et, pourtant, quelle belle énergie déployée par ces enseignants qui croient dans un avenir où la lecture et les calculs occupent la première place. Loin devant les armes et les conflits… Pour donner leurs cours, les professeurs acceptent de vivre durant des mois dans un lieu isolé, le plus souvent sans leur famille.

Vivant dans le village de la Paix, Mgr Taban a décidé de mettre à profit sa notoriété pour développer davantage les infrastructures et les projets locaux. Honoré par un prix des Nations Unies "pour son engagement en faveur de la réconciliation et de la paix au Soudan du Sud", le prélat a renoncé au confort des villes préférant le calme relatif et l'isolement certain de son village. L'éloignement y est complet, puisque la plupart des déplacements s'effectuent par voie aérienne, faute de routes ou de pistes praticables. Pourtant, la joie règne dans cet îlot de paix, où la ferveur religieuse est également bien présente.

Bishop Emeritus Paride Taban

Photo: Mgr Patid Taban

Avec AFP et Angélique Tasiaux

Catégorie : International

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