Alimentation : Sortir du désordre mondial est possible


Partager
Alimentation : Sortir du désordre mondial est possible
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
5 min

alimentationNourriture de base hors de prix, gaspillage, spéculation sur les matières premières agricoles, paysans qui souffrent de la faim… le monde de l’alimentation ne tourne plus rond! Pour l’organisation SOS Faim Belgique, des solutions existent mais elles demandent du courage politique.

Le 7 octobre 2015 marque le coup d’envoi de la 14e édition de la Semaine du commerce équitable. En 2014, le Belge a dépensé en moyenne 10€ en produits équitables, ce qui le situe dans la moyenne européenne. Dix jours durant, des activités sont organisées dans toute la Belgique pour redécouvrir ce secteur et ses produits, c’est-à-dire des produits qui garantissent un revenu décent aux petits producteurs. "Acheter ‘équitable’, c’est une démarche citoyenne importante mais qui reste insuffisante si on veut répondre efficacement aux défis de l’alimentation et de la faim à travers le monde", estime Virginie Pissoort, responsable campagne et plaidoyer pour la souveraineté alimentaire - SOS FAIM Belgique.

Comment le consommateur, qui veut tendre vers un monde plus juste d’un point de vue alimentaire, peut-il apporter sa contribution?

Le consommateur peut faire bouger les lignes en veillant notamment à favoriser des produits locaux. Les étals de supermarchés comportent une large gamme de produits qui viennent de loin mais qui auraient pu être cultivés chez nous. On trouve ainsi de la viande qui vient d’Argentine alors que les éleveurs belges peinent à vivre de leur travail. Il y a des filières locales qu’on peut privilégier, sans que les prix soient plus élevés que la grande distribution avec des produits étrangers. Ça demande simplement une certaine vigilance. Mais on a certainement trop tendance à culpabiliser le consommateur. A côté de ces actions citoyennes, il y a tout le volet politique. La réalité du système agroalimentaire actuel est dictée par la politique et par une absence de politique. Depuis une vingtaine d’années, le marché a pris les rênes du pouvoir avec la libre circulation des biens et des services qui pousse à produire au moindre coût, à échanger les matières premières pour obtenir un prix toujours plus bas et à privilégier une agriculture extrêmement intensive. Les politiques ont décidé que le marché allait réguler le système agroalimentaire. Là où nous avions des politiques agricoles volontaristes, qui permettaient de soutenir des prix rémunérateurs et d’avoir une réelle attention à la qualité des produits, on remarque que les autorités publiques ont peu à peu laissé le marché imposer ses mécanismes de recherche du coût le plus bas. On a oublié de prendre en compte les dérives que ces mécanismes provoquent sur le plan environnemental, social (avec des milliers d’entreprises agricoles qui mettent la clé sous le paillasson, faute de pouvoir produire aux conditions imposées par l’industrie), sanitaire et de la santé humaine. Beaucoup de scientifiques attribuent une part des cancers à une alimentation qui ne préserve plus tous ses bienfaits. Si on laisse le secteur privé et les acteurs économiques "jouer", on sera toujours dans une configuration où les plus riches gagnent et les plus
faibles perdent.

La priorité pour les politiques n’est-elle pas aussi de réguler le système de spéculation sur les matières premières agricoles, qui ont permis aux entreprises d’engranger des marges bénéficiaires gigantesques depuis la crise de 2008?

Oui, cette spéculation est apparue suite à une dérégulation sur les marchés financiers. Tous les investisseurs financiers (fonds de pension et autres) ont eu la possibilité d’acheter et de vendre des titres financiers sur les matières premières agricoles pour assurer leur gain sur le moyen et long terme. Les pouvoirs publics doivent se réapproprier les marchés et fixer des limites. C’est une question sur laquelle SOS Faim, Oxfam ou le CNCD ont beaucoup travaillé, avec une petite victoire à la clé, à l’échelle belge. Il y a deux semaines, la BNP-Paribas nous a envoyé sa nouvelle politique sectorielle d’agriculture où elle s’engage à ne plus spéculer sur les matières premières agricoles. Les ONG jouent un rôle de contre-pouvoir face aux lobbys immenses du monde financier et agroalimentaire. Et tout est lié. Quand on envisage toute la chaîne (la déforestation pour augmenter les surfaces agricoles, l’utilisation des intrants chimiques, des semences modifiées, le gaspillage...), le système agroalimentaire, tel qu’il se présente, est responsable de quasi la moitié des émissions de gaz à effet de serre. De même, une part de la migration s’explique par le fait que les paysans quittent les campagnes car ils ne parviennent plus à vivre de leur travail. Il manque une vision globale des enjeux.

Y-a-t-il une direction à suivre pour s’orienter vers un système alimentaire plus juste, tant au Nord qu’au Sud?

Retrouver la souveraineté alimentaire qu’on a abandonnée, cette autonomie pour laquelle on s’est battus. L’Europe est aujourd’hui le premier importateur de matières premières agricoles et quasi le premier exportateur de produits transformés. Il faut que partout dans le monde, on produise d’abord pour se nourrir soi-même et pour nourrir la population locale. Ensuite, on peut commercialiser telle ou telle denrée pour l’exportation. Le problème est que le modèle économique privilégie les exportations, au détriment des cultures locales concurrencées par l’importation de nourriture à bas prix.

Il n’y a pas de raison que dans les pays d’Afrique de l’ouest, où on produit du mil, du manioc ou d’autres céréales, la population mange d’abord du blé cultivé aux Etats-Unis ou en Europe. Il faut se concentrer en priorité sur ce qu’on sait faire dans sa région. De plus, ça va permettre de respecter les traditions culinaires, la culture. Au-delà de l’enjeu socio-économique et environnemental, il y a cet enjeu de société. Le monde politique doit voir le système sous un autre prisme. Si on n’accepte pas de lier toutes les questions et tous les défis de la planète, on ne trouvera pas les bonnes solutions.

Propos recueillis par
Manu VAN LIER

Pour plus de renseignements sur l’actualité et les actions de SOS Faim: www.sosfaim.org

Photo: © Fotolia

Catégorie : L'actu

Dans la même catégorie