« C’est la Libye qu’on bombarde, mais c’est le Niger qu’on tue »


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« C’est la Libye qu’on bombarde, mais c’est le Niger qu’on tue »
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

Fuyant le conflit qui se déroule actuellement en Libye, des milliers de migrants sont retournés au Niger. Mais comme ils ne veulent pas imposer un fardeau supplémentaire à leurs familles déjà pauvres, ils se voient contraints de mendier, de voler ou de vendre ce qui leur reste de terres ou d’animaux pour survivre. C'est ce que rapportait, le 23 mai dernier, un service du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies, le 23 mai 2011.

Depuis la fin février, quelque 66.200 Nigériens ont quitté la Libye pour retourner au Niger. Selon l’Organisation Internationale pour les migrations (OIM), la plupart sont arrivés à Dirkou, ville du nord-est. De là, ils se sont rendus dans les villes et villages du pays. La majorité travaillaient dans le domaine agricole en Libye. Ils gagnaient jusqu’à 216 dollars (100.000 francs CFA) par mois.

D’après une évaluation réalisée dans deux départements de la province de Zinder par le gouvernement, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies (OCHA) et l'ONG Care International, la plupart d’entre eux sont au chômage. Plusieurs se sont endettés pour payer les frais administratifs afin d’entrer au Niger et les coûts de transport, un voyage d’environ trois semaines à travers le désert.

Une situation d’insécurité alimentaire

"Nous sommes des milliers de jeunes à avoir quitté la Libye pour retomber dans le chômage au Niger. Nous n’avons d’autre issue que de faire le mendiant ou le voyou", a déclaré Abdelkadre Moussa. Et de poursuivre: "C’est la Libye qu’on bombarde, mais c’est le Niger qu’on tue."

"Le retour de ces migrants risque d’accroître la vulnérabilité" des villages du département de Tanout, dans la province de Zinder, où 15.000 "retournés" se sont installés, selon Mamoudou Daouda, représentant de l’OIM à Dirkou. "Dans certains cas, l’économie du village entier reposait sur ces transferts de fonds... La situation risque de devenir intenable", a-t-il encore précisé. De plus, les stocks de céréales sont trop bas pour combler les besoins de l’ensemble des "retournés", et ce d’autant plus que les régions de Gouré et de Tanout ont connu six saisons consécutives de déficits agricoles.

Diminution des transferts de fonds

Grâce aux travailleurs migrants, le département de Gouré au Niger recevait jusqu’à 217.000 dollars (soit 100 millions de francs CFA) par semaine. Mais ces fonds se tarissent à présent. "L’heure est grave, très grave!" selon Adamou Habi, membre du comité de gestion des réfugiés de la Libye et représentant du gouverneur d’Agadez. "Nous sommes débordés par le flux de ces gens! On a vraiment besoin d’aide", a-t-il ajouté. (CtB/Apic/PA)

Catégorie : L'actu

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