Activité chargée et propos forts ont été au menu de l’actualité vaticane de ce week-end. Entre une visite pastorale dans le Molise, où le pape François a ouvert l’année jubilaire célestinienne et le "non" à l’économie qui exploite l’homme, affirmé par lors de l’angélus, on retiendra aussi la messe célébrée par le cardinal Vegliò à Lampedusa, à l’occasion du premier anniversaire de la visite du Pape François sur l’île sicilienne.
Pas de repos en été pour le pape François, du moins en ce début de période estivale. Samedi 5 juillet, le souverain pontife a effectué une visite pastorale dans le Molise, une région durement frappée par la crise et où le taux de chômage est élevé, surtout parmi les jeunes. Des jeunes qui avaient répondu "présents", puisque, selon les organisateurs de cette journée, on a dénombré quelque 20.000 jeunes au sanctuaire marial Castelpetroso, où l’on vénère Notre Dame des Douleurs, patronne de la région.
Une défaite pour l’humanité; un défi pour les jeunes
Comme il le fait à chaque fois, le pape saisit l’occasion de dire combien il faut combattre l’économie "triomphante", qui laisse des personnes au bord de la route. Face au chômage des jeunes, il a déclaré, sans ambiguïté, qu’une "génération sans travail est une défaite pour l'humanité". Poursuivant sur sa lancée, François a fustigé aussi la culture du provisoire, saluant l’enthousiasme des jeunes et leur ouverture, malgré les difficultés de la vie. Il les a encouragés à écouter leurs aspirations, et à aller à contre-courant des modèles proposés. Et comme à son habitude, il a déclaré "ne vous laissez pas voler votre désir de construire des choses belles et grandes dans votre vie! Ne vous contentez pas de petits objectifs! Visez le bonheur, ayez le courage, le courage de sortir de vous-mêmes, et de jouer votre avenir avec Jésus".
"La vie n’est pas faite pour qu’on y erre, mais pour cheminer, c’est là votre défi! La société contemporaine et sa 'culture du provisoire', n’offre pas un climat favorable pour faire les choix d’une vie stable, bâtie sur le roc de l’amour et de la responsabilité, plutôt que sur le sable de l’émotion du moment. La culture du provisoire n’exalte pas notre liberté mais elle nous prive de notre vrai destin", a-t-il lancé, sous un tonnerre d’applaudissements.
Le pape a demandé aux jeunes d’être solidaires.
Plus de générosité dans l'aide aux réfugiés
De solidarité, il en a aussi été question à Lampedusa, où on a aussi parlé de générosité. Samedi soir, la petite île sicilienne, où tentent de débarquer de nombreux migrants venus d’Afrique, commémorait le premier anniversaire de la visite du pape François. Dans un message lu par l’archevêque d’Agrigente, Mgr Francesco Montenegro, le successeur de Pierre a exhorté l’Europe à être "plus courageuse et généreuse dans le secours aux réfugiés". Un an après, a déploré le Pape, "le problème de l'immigration est en train de s'aggraver et d'autres tragédies se sont malheureusement succédé à un rythme rapide". "Notre cœur a du mal à supporter la mort de nos frères et sœurs qui affrontent des voyages exténuants pour fuir les drames, la pauvreté, les guerres, les conflits, souvent liés aux politiques internationales".
Pour François, la question de l’immigration doit être affrontée "non pas avec la logique de l'indifférence mais avec la logique de l'hospitalité et du partage afin de protéger et de promouvoir la dignité de chaque être humain".
Le Saint-Père encourage donc les communautés chrétiennes et toutes les personnes de bonne volonté à "continuer à être attentives à ceux qui sont dans le besoin pour leur tendre la main, sans calcul, sans peur, avec tendresse et compréhension". Et dans le même temps, il dit espérer que "les institutions compétentes, en particulier au niveau européen, soient plus courageuses et généreuses dans le secours aux réfugiés". Dimanche, le cardinal Vegliò était présent à Lampedusa à l’occasion du premier anniversaire de la visite du pape et des manifestations commémoratives, dont une messe, ont été organisées en mémoire des milliers de naufragés et pour réfléchir sur le rôle de Lampedusa au cœur de la Méditerranée.
Non à l’économie qui exploite l’homme
Lors de l’angélus, le pape est revenu une nouvelle fois sur la situation économique actuelle, en martelant ce qu’il ne cesse de dire depuis son accession au trône pétrinien: il faut refuser l’économie qui exploite l’être humain pour privilégier la solidarité. Pour le pape, l’homme doit revenir au centre de l’économie. Il a fustigé l’indifférence, rappelant que celle-ci était encore plus à déplorer lorsqu’elle était le fait de chrétiens. "Les chrétiens sont appelés à prendre sur eux le fardeau de leur prochain, avec une attitude douce et humble à l’image du Maître. La douceur et l’humilité nous aident non seulement à soulager les autres, mais aussi à ne pas peser sur eux par nos points de vue personnels, nos jugements, nos critiques ou notre indifférence".
Depuis son élection, le pape poursuit donc sur sa lancée, avec des propos forts, qui fustigent tous les excès de notre société. Et s’il donne l’impression de parfois répéter les choses, notamment avec cette désormais célèbre phrase "ne vous laissez pas voler…", c’est parce qu’il s’aperçoit qu’il faut insister, que les choses ne changent pas si vite, qu’avec l’époque actuelle, où tout va vite, les choses ont tendance à tomber rapidement dans l’oubli. Raison pour laquelle il exprime ses sentiments fréquemment, non sans mettre les responsables politiques et économiques, devant leurs responsabilités.
François est avant tout un homme de terrain. Comme prêtre en Argentine, puis comme archevêque, il a côtoyé la misère, le dénuement, l’abandon. Son crédo consiste à redonner de l’espérance. Ce n’est pas parce qu’on est au fond, qu’on ne peut pas rebondir. Mais pour cela, il faut aussi pouvoir compter sur d’autres et sur leur aide. D’où l’importance, pour le pape, de rappeler que tout chrétien se doit d’être solidaire.
Jean-Jacques Durré
(C) Photo: La Croix
