Ayant eu vent d'une volonté de désacraliser l'église Saint-Charles, une vingtaine de paroissiens de Boussu-Bois se sont rendus au Conseil communal pour manifester silencieusement leur opposition.
Inscrite à l’ordre du jour du dernier Conseil communal de Boussu, la demande de désacralisation de l'église Saint-Charles n'a finalement pas été abordée et reportée sine die. Mais l'affaire n'est pas close pour autant. Et du côté des paroissiens de Boussu, l'heure est à la mobilisation. Celle-ci a donc commencé lundi dernier, par une présence en nombre lors de ce Conseil communal. Ils étaient ainsi une vingtaine venus assister à un débat qui n'a finalement pas eu lieu. Parmi ces fidèles paroissiens, Mario Lenain, est aussi un élu de la commune. Mais il a beau partager la couleur politique de son bourgmestre (PS), pour son église, il est en opposition totale. "Cette idée m'a retourné les sangs", dit-il.
Mis au courant au mois de mars, il s'était tenu jusque là à son devoir de réserve, tant que le sujet n'avait pas été inscrit à l'ordre du jour. Mais dans l'intervalle, ce pensionné a potassé le droit canon. "Pour désacraliser une église, il faut que celle-ci soit un danger pour le public et qu'elle soit abandonné du public. Or ce n'est pas le cas! D'une part, ce bâtiment est construit sur du roc et ne comporte aucun danger et, d'autre part, on ne peut pas parler de désaffection de la part des fidèles. Dimanche dernier, il y avait une cinquantaine de personnes lors de la messe", indique M. Lenain. C’est peut-être même l’une des paroisses les plus actives de l’entité.
Dans ce coin du Borinage qui a vu énormément d'Italiens et de Polonais - des gens attachés à l'Eglise catholique - s'installer fin des années 40, Mario Lenain ajoute que pour ces communautés, baptêmes, communions, mariages, funérailles se font encore à Saint-Charles. Par ailleurs, derrière l'église se trouve une école catholique qui amène régulièrement des enfants.
Illusion
"Je crois que c'est une illusion du bourgmestre de pouvoir espérer la désacralisation", affirme-t-il. "Nous avons été silencieux lors du conseil et finalement le point a été reporté. Mais je ne sais pas pourquoi. En tout cas pas en raison de notre 'majorité silencieuse' … Il manque sans doute une partie du dossier. L'évêché n'a pas été consulté sur cette désacralisation…"
Quant aux arguments invoqués par les élus pour justifier cette désacralisation, SudPresse rapporte qu'ils figuraient dans la note de séance qui évoque le coût de l’entretien de bâtiments peu fréquentés et voués à la seule pratique religieuse, et la nécessité de réunir 4 millions d’euros pour la restauration d'une autre église de Boussu (Saint-Géry). Pour la majorité, la désacralisation permettra de reconvertir l’infrastructure en un lieu culturel et de rencontres.
"Transformer l'église en salle de concert et d'exposition? Cette idée ne tient pas la route!", estime Mario Lenain qui, de nouveau, renvoie au droit canon pour expliquer qu'il est prêt à se battre jusqu'au bout. "Le fidèle a droit et parfois le devoir d'aviser le pasteur sacré. Cela commence d'abord par le simple vicaire mais peut donc aller jusqu'au pape", explique-t-il. Affaire à suivre…
Pierre GRANIER
