"Les 120.000 déplacés entassés autour de Goma ne peuvent plus attendre". A proximité des zones de combat entre le M23 et l’armée congolaise, le responsable du centre salésien situé au nord de Goma demande d’accélérer le processus de paix.
Le rapport d’Human Rights Watch, publié en juillet, pointe les crimes commis principalement par le M23: exécutions sommaires, viols, recrutements forcés, tortures…. "Au Nord-Kivu il y aurait 30 à 40 groupes armés, agissant presque tous de la même manière", explique le Père Piero Gavioli.
"Le calvaire de la population, surtout dans les zones rurales de l'intérieur, est horrible. Nous nous en rendons compte par le nombre des déplacés en ville, de jeunes filles violées, de petits orphelins -dont on a tué la mère ou les deux parents-, ou encore d’enfants qui nous sont confiés, ayant perdu contact avec leur famille dans la fuite de leurs villages attaqués… Beaucoup présentent des signes évidents de pauvreté, de faim, de maladie. Il faudra des années avant que les blessures physiques et morales soient cicatrisées".
Escalade récente
"Depuis le 20 août", poursuit le prêtre, "la guerre a repris de plus belle: nous entendons les tirs et les coups de canon qu’échangent les rebelles du M23 avec l'armée congolaise. Des bombes sont tombées en pleine ville, semant la mort, la panique et la colère. Ainsi, le 24 août, après la chute d’un obus, la population excédée -contre ceux qui disaient la ville sûre- a improvisé une marche avec le cadavre d’une maman tuée vers la frontière avec le Rwanda d’où le projectile aurait été tiré. La manifestation, arrêtée par la police, a provoqué la mort de deux autres personnes."
"Les forces de l'Onu disent maintenant avoir sécurisé Goma. Mais les témoignages directs que nous recevons du nord de la région parlent de violence, de destructions, d’assassinats, d’exactions.... L'Onu soutient une solution pacifique, à Kampala comme à Kinshasa, avec une concertation de toutes les forces vives du Congo". Et de poursuivre: "Ces formes de dialogue demandent du temps. Les habitants des territoires occupés ou infestés par différentes bandes armées ne peuvent attendre. Ni les 120.000 déplacés, cantonnés dans des conditions inhumaines autour de la ville".
A voir les renforts arriver de Kigali, le Rwanda -qui a toujours nié son implication-, semble se préparer à entrer ouvertement en guerre. "La nôtre est une guerre oubliée, devenue "invisible" au niveau de la communauté internationale. Commencée il y a environ 20 ans, elle est vraisemblablement la plus meurtrière -5 ou 6 millions de morts-, tenant compte de ses conséquences en terme de maladies, famine,- après la seconde guerre mondiale. Avec les enfants, nous prions tous les jours pour la paix: y aura-t-il quelqu'un qui prenne au sérieux le cri qui s’élève du peuple des humbles de cette région ?", se demande le salésien.
Béatrice PETIT
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Photo: Le Père Piero Gavioli avec des déplacés à Goma © Béatrice Petit

