Les services d’aide aux victimes étaient au centre de cette nouvelle journée de la commission sur les abus sexuels. Plusieurs services nationaux ou communautaires (Child Focus, SOS-Enfants, Enfance Maltraitée ou encore le Forum National pour une politique en faveur des victimes) ont expliqué leur fonctionnement mais ont également apporté un éclairage sur les relations qu’ils entretiennent avec la justice et donné quelques recommandations ou suggestions aux commissaires.
En préambule à ces exposés, Anne Lemmonne, chercheuse auprès de l’INCC (Institut National de Criminalistique et de Criminologie), a présenté les grandes lignes d’une étude sur l’assistance aux victimes d’actes criminels, basée sur l’expérience et le témoignage de plus de quarante victimes de faits graves. Trois constats majeurs ont ainsi pu être établis : le manque de données de victimologie dans notre pays et d’évaluation du cadre d’accueil, une évolution positive des dispositifs légaux en faveur des victimes (accès au dossier, demande d’avis au cours de la procédure de libération des auteurs de faits, …) et enfin une amélioration à apporter aux relations entre police, justice et service sociaux lors de l’orientation des victimes entre ces services (les victimes se sentent rapidement perdues dans la complexité d’un système qui renvoie régulièrement d’un organe à l’autre). L’étude met également en évidence la demande de reconnaissance des victimes, indispensable dans un processus de reconstruction personnelle. Cela se traduit par la volonté d’être entendu, informé et soutenu. D’où l’importance de guider de manière adéquate ces personnes vers des interlocuteurs formés à cet accueil.
Une tendance très nette se dégage lorsqu’on compare les observations rapportées par les différents services d’aide aux victimes : une très large majorité des abus sexuels intervient dans le cadre familial. Dans quatre cas sur cinq, l’abuseur est le père ou un membre de la famille proche. Une donnée qui complique considérablement le traitement des plaintes. En effet, dès lors que les faits se déroulent dans le cadre familial, le relais vers le judiciaire ne sera pas systématique. Il sera laissé à la victime la décision de porter plainte contre l’abuseur ou de participer à une médiation accompagnée de l’aide sociale appropriée. Une procédure qui a clairement interpelé des parlementaires qui se demandent comment ces services peuvent s’assurer d’avoir orienté de manière adéquate ces victimes, en tenant compte qu’ils ne disposent pas de bases d’informations sur le cadre familial ou les antécédents de l’abuseur. En ce sens, un commissaire rappelle que c’est un des reproches qui avait été fait à la commission Adriaenssens en son temps : comment décider de manière pertinente s’il faut renvoyer vers la justice ?
Il apparaît qu’un équilibre reste à trouver entre d’un côté la volonté de porter assistance aux victimes en privilégiant une relation de confiance et d’un autre, la nécessité de répression et de suivi des auteurs d’abus sexuels. Les représentants du secteur de l’aide aux victimes se sont également accordés pour insister sur la priorité à donner à la prévention. Celle-ci passe par une détection et un signalement précoce des abuseurs mais surtout en sensibilisant le grand public de l’importance de l’enfant et de sa fragilité.
MVL

