S’avancer à visage découvert…


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S’avancer à visage découvert…
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

Editorial du père Charles Delhez dans le "Dimanche Express" n°6 du 13 février 2011 :

Un jugement du tribunal de police de Bruxelles a donc estimé que le motif de sécurité publique pour justifier l’interdiction du port du niqab en rue n’était pas un argument proportionné. Effectivement. Il n’empêche que des questions demeurent. Quand on sait que dans certains pays musulmans, le niqab est interdit, notamment parce qu’il est le symbole de la réislamisation des sociétés qui avaient tenté d’évoluer dans le sens d’une laïcité plus grande, on ne peut que faire le lien avec nos sociétés qui vivent depuis longtemps le régime de la séparation entre la hiérarchie religieuse et la hiérarchie civile. Le voile intégral est le symbole d’un type de société théocratique dont la nôtre a voulu s’affranchir démocratiquement. Ainsi, en Belgique, lors de la Constituante.

Pour qu’une société soit harmonieuse, il faut un socle commun de valeurs. Celui-ci n’est plus, chez nous, religieux. On peut désormais, sans être catholique, être un bon Belge (même si c’est au nom de son identité catholique que la Belgique s’est affranchie du joug hollandais protestant). Ce socle est de type humaniste. Une certaine conception de l’homme et de la femme. Il faut reconnaître ici que, au moins symboliquement, le niqab donne un signal qui ne va pas dans le sens d’une égalité croissance entre les sexes.

Dans notre civilisation occidentale, le visage est aussi un élément essentiel. S’avancer voilée, pour la femme, c’est ne pas entrer dans le jeu de la rencontre des visages, c’est-à-dire des personnes. Car c’est dans les traits de notre face que s’exprime notre personnalité. Il suffit parfois d’un regard, d’un sourire, d’un rictus pour en dire bien plus que de longs discours. Une moitié de l’humanité est soustraite à cet échange, certes toujours risqué, la rencontre pouvant être positive, négative ou même anonyme. Même dans la rue, la joie ou la tristesse se lisent à visage découvert et peuvent être communicatives.

De là à interdire le niqab ou à le permettre, c’est une autre question, politique celle-là. D’autres arguments entrent en jeu. Mais il ne faudrait quand même pas oublier ceux-ci. En attendant, cette question n’est pas seulement légale, mais tout simplement humaine, adressée à tous: avançons-nous à visage découvert, ou bien sommes-nous voilés par nos habits, nos certitudes, nos rôles sociaux ou notre sentiment de supériorité?

Charles DELHEZ

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Catégorie : Société

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