Roger Vangheluwe, évêque de Bruges de 1984 à 2010 puis renvoyé de l'état clérical en 2024, est mort le mercredi 1er juillet 2026, à l'âge de 89 ans. Ses funérailles se sont déroulées dans la plus stricte intimité.
Repères
7 novembre 1936 – Naissance à Roulers.
1er février 1963 – Ordination sacerdotale.
19 décembre 1984 – Nommé évêque de Bruges (consacré en février 1985).
23 avril 2010 – Démission après l'aveu d'abus sur son neveu.
11 mars 2024 – Renvoi de l'état clérical par le pape François.
1er juillet 2026 – Décès, à l'âge de 89 ans.
Accueil des victimes
Dignity Belgium – +32 2 507 05 93 – [email protected]
Le nonce apostolique, Mgr Franco Coppola, en a informé la Conférence des évêques de Belgique. Dans un communiqué diffusé ce 3 juillet, les évêques belges reconnaissent que cette annonce peut raviver la souffrance des victimes d'abus sexuels dans l'Eglise, et réitèrent leur engagement à les accompagner.
Un fils de Roulers, entre mathématiques et théologie
Né le 7 novembre 1936 à Roulers, dans une famille de quatre enfants d'un milieu modeste, Roger Vangheluwe ne passe pas par le petit séminaire, jugé trop prestigieux pour sa condition, mais par une école catholique moins réputée. Ses sœurs aînées interrompent leurs études pour que le garçon puisse poursuivre les siennes.
A l'université catholique de Louvain, il entame deux années de mathématiques avant de bifurquer vers la théologie et les langues bibliques, dont il obtient la licence. Ordonné prêtre à Roulers le 1er février 1963, il enseigne au grand séminaire de Bruges de 1968 à 1984, tout en assurant le secrétariat du vicariat pour la pastorale paroissiale.
Un évêque surprise, vite populaire
Sa nomination comme évêque de Bruges, le 19 décembre 1984, surprend : il n'est pas le candidat pressenti pour succéder à Mgr Emiel-Jozef De Smedt. Il confiera plus tard à la presse flamande que cette nomination, pour "un garçon d'origine simple", l'avait profondément touché. Consacré le 3 février 1985 par le cardinal Godfried Danneels, il devient le vingt-cinquième évêque du diocèse et le restera plus d'un quart de siècle.
Peu après son entrée en fonction, il contribue à faire venir le pape Jean-Paul II en Belgique, dont une étape à Ypres en 1985. Il cultive une image de proximité, se présentant volontiers comme l'évêque des gens simples. Pendant vingt-cinq ans, il jouit d'une large popularité, bien au-delà de son diocèse.
Durant ces années, il s'engage dans les réseaux caritatifs et missionnaires de l'Eglise flamande : Caritas, Broederlijk Delen, Pax Christi, dont il siège un temps au conseil d'administration. Il envoie volontiers prêtres et religieux de son diocèse servir en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Néanmoins, il se refuse à intégrer des prêtres africains ou polonais dans son diocèse pour pallier au manque de prêtres.
Ses voyages pastoraux le mènent régulièrement auprès des missionnaires et prêtres belges en poste, expériences qu'il relate dans un livre consacré à ses rencontres avec les jeunes Eglises et les missionnaires d'Asie. Il publie aussi, en 1990, un ouvrage adressé à ses confrères prêtres.
Sur le terrain doctrinal, ses positions sont contrastées : en 2003, il plaide pour l'ouverture du diaconat aux femmes, s'attirant un rappel à l'ordre de Rome, tandis qu'il tient des propos plus conservateurs sur l'homosexualité, tout en affirmant qu'il y a, selon lui, une place dans l'Eglise pour les personnes homosexuelles et pour les divorcés.
L'aveu d'avril 2010
Le 23 avril 2010, Roger Vangheluwe reconnaît avoir abusé sexuellement d'un neveu. Sa démission est acceptée le jour même par le pape Benoît XVI. Les faits, prescrits, échappent à la justice pénale : ils se sont étalés de 1973 à 1986, alors que l'enfant avait cinq ans au début.
L'onde de choc dépasse aussitôt le cas personnel. Une commission chargée des plaintes, jusque-là peu sollicitée, est submergée : une centaine de personnes brisent le silence dans les jours qui suivent. L'affaire Vangheluwe devient le point de départ de la prise de conscience belge sur les abus sexuels dans l'Eglise, avec ses enquêtes judiciaires, ses commissions et, des années plus tard, sa commission parlementaire spéciale.
Un entretien télévisé, en 2011, aggrave le malaise : l'ancien évêque y minimise ses actes, parlant d'une "petite relation". Le Saint-Siège et les évêques belges se disent choqués. Rome lui impose alors un traitement et l'éloigne du pays. Il vivra reclus dans plusieurs communautés françaises, sans plus aucune fonction, tout en conservant, pendant plus de dix ans, ses titres de prêtre et d'évêque émérite.
Un long silence avant la laïcisation
Le dossier reste pourtant sans sanction canonique lourde pendant plus de dix ans. La diffusion, en 2023, de la série documentaire flamande Godvergeten ranime l'indignation. En janvier 2024, le Premier ministre Alexander De Croo demande au Vatican de retirer à Roger Vangheluwe son titre d'évêque. Le 11 mars 2024, le pape François le renvoie de l'état clérical : il n'est plus ni prêtre ni évêque. La décision, réclamée de longue date par les évêques belges, est présentée comme un geste pour les victimes. L'intéressé, alors âgé de quatre-vingt-sept ans, demande à vivre retiré, dans la prière et la pénitence.
Les révélations, elles, ne se sont pas arrêtées. En janvier 2026, des médias belges font état d'une lettre de 2008 signalant des faits allégués sur de très jeunes enfants dans un ancien orphelinat de Courtrai – des accusations qui n'ont pas donné lieu à des poursuites.
Une mort dans l'intimité, un dossier qui reste ouvert
Roger Vangheluwe est mort le 1er juillet 2026, à 89 ans. Le nonce apostolique Mgr Franco Coppola en a informé la Conférence des évêques de Belgique, qui a rendu l'information publique ce 3 juillet. Les funérailles se sont tenues dans la plus stricte intimité.
Dans leur communiqué, les évêques belges reconnaissent que cette annonce "peut provoquer une nouvelle vague d'émotion auprès des victimes". Ils réaffirment "la souffrance durable causée par les abus sexuels commis au sein de l'Eglise" et leur engagement à "reconnaître et prendre soin des victimes". Pour toute personne concernée, un numéro et une adresse sont mis à disposition par Dignity Belgium, la structure d'accueil des victimes d'abus dans l'Eglise.
