Le Vatican décrète l’excommunication des six évêques de la Fraternité Saint-Pie X


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Le Vatican décrète l’excommunication des six évêques de la Fraternité Saint-Pie X
Les quatre nouveaux évêques de la Fraternité Saint-Pie X, consacrés sans mandat pontifical le 1er juillet 2026 à Ecône (Valais). © FSSPX / fsspx.news
Par Jean Lannoy
Journaliste Multimédia CathoBel
Publié le
7 min

Il aura fallu une journée. Au lendemain des sacres d'Ecône, Rome a frappé d'excommunication six évêques de la Fraternité Saint-Pie X. Mais le décret signé par le cardinal Víctor Manuel Fernández va plus loin que la sanction attendue : il déclare invalides les confessions et les mariages assurés par les prêtres lefebvristes.

À retenir

  • Le 2 juillet 2026, le dicastère pour la doctrine de la foi a décrété l'excommunication de six évêques de la Fraternité Saint-Pie X, au lendemain des sacres d'Ecône.
  • Sont frappés les deux consécrateurs, Alfonso de Galarreta et Bernard Fellay, et les quatre nouveaux évêques.
  • Nouveauté majeure : les confessions et les mariages assurés par les prêtres de la Fraternité sont désormais tenus pour invalides.
  • Rome se dit prête à accueillir ceux qui voudront revenir à la pleine communion.

Mercredi 1er juillet, sur la prairie d'Ecône, en Valais, plusieurs milliers de fidèles ont assisté au sacre de quatre nouveaux évêques par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Faste des ornements, mitres blanches, crosses d'argent, chant grégorien sous la tente : la cérémonie affichait l'assurance d'un mouvement qui, depuis Mgr Marcel Lefebvre, refuse de plier devant Rome. La réponse du Saint-Siège est tombée le lendemain, sèche et sans surprise. Dans un décret et une note explicative publiés le 2 juillet, le dicastère pour la doctrine de la foi a constaté l'excommunication de la Fraternité Saint-Pie X pour ceux qui ont porté ces sacres. Et il a rappelé, en trois lignes, ce que la rupture change pour les fidèles qui la fréquentent.

Que dit le décret d'excommunication ?

Le texte n'a pas traîné. Signé par le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère, il constate que les évêques ont encouru l'excommunication latae sententiae, cette peine automatique qui tombe par le seul fait de l'acte, sans jugement préalable. Les sacres d'Ecône y sont qualifiés d'acte "de nature schismatique". Le schisme, au sens du canon 751, n'est pas d'abord une querelle de doctrine : c'est le refus de se soumettre au pape. Le décret s'appuie sur les canons 1387 et 1364 §1 du Code de droit canonique.

Rien là n'a surpris. Quelques jours plus tôt, Léon XIV avait écrit à la Fraternité pour la supplier de renoncer "revenez sur vos pas", implorait le pape dans une lettre rendue publique. Ecône a répondu par le silence des faits. Trente-huit ans après un premier passage à l'acte, la mécanique canonique s'est remise en marche presque à l'identique.

Qui est visé par la sanction ?

Deux hommes ont conduit la cérémonie : l'Espagnol Alfonso de Galarreta, consécrateur principal, et le Suisse Bernard Fellay, à ses côtés comme co-consécrateur. Sous leurs mains sont devenus évêques quatre prêtres de la Fraternité : Pascal Schreiber (Suisse), Michael Goldade (Américain), Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier (Français). Les six sont excommuniés.

Le décret nuance pourtant les rôles. De Galarreta et les quatre nouveaux évêques tombent sous le coup des canons 1387 et 1364 §1 ; Fellay, pour avoir "participé directement" à la célébration, sous celui du seul canon 1364 §1. Un absent, en revanche, n'est pas nommé : le supérieur général de la Fraternité, l'Italien Davide Pagliarani, qui a voulu et autorisé ces sacres, mais ne les a pas célébrés lui-même. Il en avait été averti. Quant aux fidèles, la sanction ne les emporte pas en bloc : elle vise ceux qui adhèrent formellement à la Fraternité, non le passant qui pousse un dimanche la porte d'une de ses chapelles.

Les confessions et les mariages de la Fraternité Saint-Pie X sont-ils encore valides ?

Non. C'est le durcissement majeur du texte romain. Dans une note explicative jointe au décret, le dicastère déclare invalides le sacrement de pénitence et les mariages célébrés par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. La mesure annule de fait les concessions du pape François, qui avait reconnu la validité de ces confessions en 2015, puis de ces mariages en 2017.

La nuance est lourde de conséquences. Jusqu'ici, un lefebvriste marié à la Fraternité ou confessé par l'un de ses prêtres bénéficiait d'un sacrement reconnu par Rome. Ce n'est plus le cas : la note distingue les sacrements illicites, célébrés hors du droit, mais réels, de ceux qu'elle tient désormais pour invalides, comme s'ils n'avaient pas eu lieu. Une seule exception demeure, prévue par le droit lui-même : in articulo mortis, à l'article de la mort, tout prêtre, même excommunié, peut absoudre validement un mourant. Le salut de l'âme prime sur la peine.

Saint-Pie X et Rome, un demi-siècle de rendez-vous manqués

L'histoire s'est écrite deux fois sur la même prairie. En 1988, déjà, Mgr Lefebvre y avait sacré quatre évêques sans l'accord de Jean-Paul II ; l'excommunication qui suivit fut scellée par la lettre apostolique Ecclesia Dei. Benoît XVI l'a levée en 2009, ouvrant des années de discussions. François a multiplié les gestes d'ouverture. Léon XIV lui-même a tenté sa chance : en février 2026, le cardinal Fernández proposait à la Fraternité un "dialogue théologique", à la seule condition de suspendre les ordinations. Pagliarani a refusé, estimant qu'une menace de sanction s'accordait mal avec un vrai échange. Les sacres ont tranché à sa place.

Le décret ne claque pourtant pas la porte. Il redit que l'Eglise accueillera "avec une affection sincère" ceux qui voudront revenir, et confie aux nonces le soin d'organiser d'éventuels retours. Reste un détail qui en dit long : le texte porte le numéro de protocole 99/2009 – celui du dossier ouvert dix-sept ans plus tôt, quand Rome espérait encore refermer la blessure. Le même dossier acte aujourd'hui la rupture.

Le décret et la note du dicastère pour la doctrine de la foi

Traduction française. Textes originaux en italien, Prot. N. 99/2009, 2 juillet 2026.

Décret

Malgré les admonestations adressées au supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, l'évêque Alfonso de Galarreta, ayant accompli un acte de nature schismatique par la consécration épiscopale de quatre prêtres, sans mandat pontifical et contre la volonté du Souverain Pontife, a encouru ipso facto les peines prévues par le can. 1387 et le can. 1364 §1 du CIC 2021.

Je déclare donc, à tous les effets juridiques, que tant l'évêque Alfonso de Galarreta susmentionné que Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier ont encouru ipso facto l'excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique.

Je déclare en outre que l'évêque Bernard Fellay, ayant participé directement à la célébration liturgique comme co-consécrateur, adhérant ainsi publiquement à l'acte schismatique, a encouru l'excommunication latae sententiae prévue par le can. 1364 §1 du CIC 2021.

Les clercs et les fidèles laïcs sont avertis de ne pas adhérer au schisme de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, sous peine d'encourir eux aussi ipso facto la peine de l'excommunication latae sententiae.

Du Palais du Dicastère, le 2 juillet 2026.
Víctor M. card. Fernández, préfet · Mgr Armando Matteo, secrétaire pour la section doctrinale · John J. Kennedy, archevêque tit. d'Ossero, secrétaire pour la section disciplinaire.


Note explicative

Depuis l'époque de saint Paul VI jusqu'aux derniers entretiens tenus récemment au sein de ce dicastère, les multiples tentatives de ramener les adhérents au mouvement fondé par Mgr Marcel Lefebvre à la pleine communion avec l'Eglise catholique se sont révélées vaines. Cette situation s'est encore aggravée en raison des récentes consécrations épiscopales célébrées sans mandat pontifical, contre la volonté du Saint-Père, en violation ouverte du droit canonique. C'est pourquoi ce dicastère, dans l'exercice fidèle des fonctions qui lui sont confiées, estime nécessaire de relever que cet acte a constitué le délit de schisme, avec les conséquences canoniques qui en découlent pour les ministres sacrés et les fidèles laïcs impliqués. En effet, comme cela a déjà été déclaré en 1988, "une telle désobéissance – qui comporte un refus pratique de la primauté romaine – constitue un acte schismatique" (cf. Jean-Paul II, lettre ap. Ecclesia Dei, 3).

À cet égard, désormais :

1. Les ministres sacrés appartenant à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X sont dans le schisme et doivent donc être considérés comme schismatiques (cf. Ecclesia Dei, 5 c ; Conseil pontifical pour les textes législatifs, Note explicative sur l'excommunication pour schisme encourue par les adhérents au mouvement de Mgr Marcel Lefebvre, 24 août 1996, 5-6), et sont soumis à l'excommunication prévue par le droit (can. 1364 §1 CIC).

2. En ce qui concerne les fidèles laïcs, doivent être tenus pour schismatiques et excommuniés ceux qui adhèrent formellement à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X selon les conditions établies par la Note explicative du Conseil pontifical pour les textes législatifs de 1996 (cf. ibidem, 7), toujours en vigueur, que ce dicastère fait sienne.

3. Enfin, le saint Peuple de Dieu est averti que les ministres sacrés de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X administrent illicitement les sacrements, et que le sacrement de pénitence qu'ils administrent ainsi que le mariage qu'ils assistent sont invalides.

L'Eglise, telle une mère attentionnée, accueillera avec une affection sincère et une vive sollicitude tous ceux qui désirent revenir à la pleine communion. Les nonces apostoliques mettront en place les procédures que les Ordinaires pourront utiliser selon les cas.

Enfin, tous les fidèles sont exhortés à demeurer fermes dans la communion avec le Pontife romain, avec les évêques en communion avec lui et avec toute l'Eglise (cf. Lumen Gentium, 22 ; can. 751 CIC), et à s'abstenir de participer aux célébrations et aux activités organisées par ladite Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.

Du Palais du Dicastère, le 2 juillet 2026.
Víctor M. card. Fernández, préfet · Mgr Armando Matteo, secrétaire pour la section doctrinale · John J. Kennedy, archevêque tit. d'Ossero, secrétaire pour la section disciplinaire.


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