Funérailles de l’abbé Philippe Mawet : sa paroisse Sainte-Alix et ses proches lui ont dit à-Dieu


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Funérailles de l’abbé Philippe Mawet : sa paroisse Sainte-Alix et ses proches lui ont dit à-Dieu
Cercueil/étole : Le cercueil de l'abbé Philippe Mawet, étole et calice déposés, lors des funérailles à Sainte-Alix - image tirée de la captation des funérailles
Par Jean Lannoy
Journaliste Multimédia CathoBel
Publié le
10 min

Mort le 20 juin, le jour même de ses cinquante ans de sacerdoce, l'abbé Philippe Mawet a été salué le 27 juin dans une église Sainte-Alix comble. Prêtre de paroisse et figure des médias catholiques belges, il laisse une communauté en deuil. Récit de funérailles entre recueillement et reconnaissance.

Bio express

  • 20 juin 1976 – Ordination sacerdotale à l'église Saint-Paul, à Woluwe-Saint-Pierre.
  • 1996 – Cofondation de RCF Bruxelles ; direction de la RTCB et des émissions religieuses de la RTBF (Le Cœur et l'Esprit, Le Jour du Seigneur).
  • 1998 – Curé de la paroisse Sainte-Alix.
  • Années 1980 – Cofondation des Fraternités du Bon Pasteur.
  • 2023 – Retraite, à 75 ans ; lancement du podcast filmé Signes des Temps.
  • 20 juin 2026 – Décès, à 78 ans, cinquante ans jour pour jour après son ordination.

L'église Sainte-Alix de Woluwe-Saint-Pierre n'a pas suffi. Le 27 juin, des centaines de personnes sont venues aux funérailles de l'abbé Philippe Mawet, au point de déborder jusque sur le parvis. Sous la canicule, des bouteilles d'eau circulaient et la Croix-Rouge avait installé un poste de secours dans la chapelle.

Bien avant 10h, les bancs étaient pleins. A l'accueil, Christine Scheerens, responsable de l'Unité pastorale, a salué ceux qui suivaient la célébration "sur le parvis, ou par la voie des ondes", la célébration étant notamment retransmise en direct sur la chaine YouTube de l'Unité Pastorale. Dans l'assemblée avaient pris place le nonce apostolique, le bourgmestre Benoît Cerexhe, des échevins et des présidents de fabriques d'église. Une affluence à la mesure d'un prêtre qui, pendant des décennies, a fait entrer l'Eglise dans des centaines de milliers de foyers.

Les signes d'un adieu à un prêtre

Dès l'entrée du cercueil, un détail a parlé à ceux qui étaient observateurs : la tête du défunt était tournée vers l'assemblée, et non vers l'autel. C'est la coutume pour un prêtre. "D'une certaine façon, c'est sa dernière Eucharistie en regardant l'assemblée", a expliqué le père Tommy Scholtes, jésuite, qui présidait la célébration.

La lumière a ouvert le rituel. Au cierge pascal, signe de la résurrection, des proches, sa famille de sang et sa famille de cœur, ont allumé les lumignons disposés autour du cercueil. Puis on y a déposé l'étole, "signe du serviteur", et le calice avec la patène, signes de l'eucharistie que Philippe Mawet a présidée toute sa vie.

Dans son mot d'accueil, le père Scholtes a relevé le paradoxe de la date. "La semaine dernière, Philippe devait fêter ses cinquante ans de prêtrise avec sa famille. Aujourd'hui, il devait célébrer avec ses amis. Et voilà qu'il célèbre dans la communion des saints", a-t-il dit. Avant de lancer cette question restée suspendue dans la nef : "Qui eût pu croire que le jour de sa mort serait le jour de son jubilé ?"

Il a aussi évoqué la force de parole du disparu, ses homélies fouillées, "il n'y avait pas de phrase de moins de trois ou quatre lignes", et son art de la préparation. Tout passait par des carnets : réunions, homélies, intentions, préparations de baptêmes et de mariages. "On a parlé en Belgique des carnets du roi Baudouin. Peut-être qu'un jour on parlera des carnets de l'abbé Philippe Mawet", a-t-il glissé.

L'homélie : « ce n'est pas d'être connu, c'est d'être cru »

Au cœur de la célébration, l'homélie du père Tommy Scholtes a tenu lieu de relecture d'une vie. Compagnon de route de Philippe Mawet depuis près de quarante ans, le jésuite a noué leur amitié à une conviction commune : la paroisse et les médias sont les deux lieux où proposer la parole de Dieu et le témoignage des chrétiens. "Nous avons cru à cela ensemble", a-t-il dit, citant ceux qui ont partagé cette histoire : le frère Fabien Deleclos, Charles Delhez, Éric de Beuckelaer "et quelques autres".

Partant de la première lecture, tirée du deuxième livre des Rois et tout entière tournée vers la fécondité et l'annonce, le célébrant a aussitôt désamorcé le malentendu : "Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas envie de dire. Nous ne sommes pas en train de canoniser l'abbé Philippe Mawet." Mais, a-t-il ajouté, par sa foi, ses amitiés et les moyens qu'il a choisis, le prêtre a "donné à la parole de Dieu une fécondité". Les messes diffusées en direct sur la RTBF, en Eurovision pour Le Jour du Seigneur, ont touché des cœurs bien au-delà de Woluwe.

De cette notoriété, le père Scholtes a tiré une mise en garde, qui sonnait comme la clé de toute l'existence de Philippe Mawet : "Le plus important, ce n'est pas d'être connu, c'est d'être cru." L'étole déposée sur le cercueil, a-t-il rappelé, n'est pas le signe de celui qui est connu, mais de celui qui sert.

Commentant l'évangile du jour (Lc 4:14-21), où Jésus se déclare "oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres", le jésuite a renvoyé l'assemblée à son propre baptême. Les laïcs aussi, a-t-il insisté, sont "revêtus de la puissance de l'Esprit" et associés à la mission : "Ne laissez pas à d'autres ce que vous êtes chargés d'être."

Deux détails ont serré les cœurs. Cet évangile annonce "aux aveugles le recouvrement de la vue", et Philippe Mawet, ces derniers mois, devenait de plus en plus malvoyant. Surtout, c'est lui-même qui avait choisi ces lectures : elles étaient prévues pour la messe de son jubilé, ce soir-là. Le célébrant en est convaincu : si Philippe avait prêché, il n'aurait pas dit "faites ceci en mémoire de moi", mais "faites ceci en mémoire du Christ, dont je suis le serviteur".

Le père Scholtes a confié que son ami était "parti dans son sommeil le plus naturel et le plus imprévisible", une grâce. Il a rapporté un mot entendu à l'entrée de l'église : quelqu'un avait dit à Philippe qu'il aurait dû être évêque. Réponse de l'intéressé : "Que cela me soit épargné."

L'homélie s'est close sur la parole laissée par le prêtre devant la caméra de CathoBel, quelques jours avant sa mort, "La vie est un cadeau", et sur une boutade tendre. Philippe terminait ses innombrables coups de fil par une formule : "On se téléphone et on se dit quoi." Pour le père Scholtes, "Philippe a encore de quoi nous dire".

Les témoignages, un portrait à plusieurs voix

Après la communion, les témoignages se sont succédé, dessinant un portrait à plusieurs voix : le bâtisseur, le communicateur, le pasteur, le frère et l'ami.

Marie-Ange Rosseels : trois points pour une vie

"Je n'aurai pas sept points comme dans les homélies de Philippe, mais j'en aurai trois", a souri Marie-Ange Rosseels, fidèle à la manière du disparu. Le premier : un bâtisseur. Cofondateur de la paroisse universitaire Saint-François-d'Assise à Louvain-la-Neuve et des Fraternités du Bon Pasteur à Woluwe-Saint-Pierre, il défendait ses projets avec ce que son ami, le journaliste Christian Laporte, appelait "une audace sereine".

Le deuxième : un communicateur. L'émission Le Cœur et l'Esprit sur La Une, RCF, les "Vidé(h)omélies" lancées pendant le confinement pour rester en lien avec ses paroissiens, puis le podcast filmé Signes des Temps, qu'il a porté jusqu'à ses derniers mois malgré la maladie.

Le troisième : un bon pasteur. A Sainte-Alix, il a fédéré près de trois cents bénévoles, deux chorales, une catéchèse suivie par des centaines de jeunes. Ses pèlerinages en France, en Grande-Bretagne, en Suisse et en Italie faisaient le plein : le bus de cinquante places se remplissait quatre jours après l'ouverture des inscriptions.

Marie-Ange Rosseels a aussi dit l'épreuve : elle l'a accompagné dans son cancer, avec Fabienne et Anne. Malgré sa phobie des médecins et des médicaments, il a fait preuve d'un "immense courage". Sur sa table, il gardait un article de son ami le père Charles Delhez, paru dans La Libre, sur la joie. "La vie est un cadeau reçu de Dieu, mais qui peut aussi devenir un fardeau ; elle reste un chemin de confiance, d'espoir et d'amour", avait confié Philippe Mawet. Un testament.

Jean-Marie Mawet : « monté dans son dernier tram »

Son frère, Jean-Marie, a repris une image partagée par le bourgmestre Benoît Cerexhe sur les réseaux sociaux : "Philippe est monté dans son dernier tram sans crier gare." Passionné de rails, l'abbé en avait fait une seconde nature. "Nous vivions parfois sur des planètes différentes", a reconnu son frère, "mais cela n'a jamais altéré l'estime et l'affection sincères que nous nous portions". Et de saluer les paroissiens de Sainte-Alix, croisés au chevet de Philippe à l'hôpital : "Sur cette terre, tu as été un soleil."

Benoît Cerexhe : l'enfant de Woluwe

Le bourgmestre a rappelé l'attachement de Philippe Mawet à sa commune, où il est né, a grandi et reçu sa vocation. Curé nommé en 1998, il "n'a jamais séparé la foi de la solidarité". Cofondateur de RCF Bruxelles en 1996, directeur des émissions religieuses du service public, il a interviewé Jean-Paul II et Mère Teresa, et fait connaître Woluwe-Saint-Pierre bien au-delà des frontières grâce aux messes télévisées.

Restait la passion des trams, dont il était "une encyclopédie vivante". "Le tram ne recule pas, il avance, il relie, il connecte les gens", a observé le bourgmestre. "Philippe aussi." Il a raconté le jour de l'ordination, en 1976, où l'on offrit au jeune prêtre une Renault 4 alors qu'il ne savait pas conduire. "C'était tout Philippe." Cinquante ans jour pour jour plus tard, "le moteur de la R4 a définitivement lâché", et Philippe est monté dans ce tram vers une autre destination.

Les Fraternités du Bon Pasteur : « cadeau et fardeau »

Michelle Charlot et Sylvie Leemans ont évoqué une facette plus discrète. Aux Fraternités du Bon Pasteur, où il a vécu une dizaine d'années, Philippe Mawet fut "un frère parmi ses frères et sœurs". Son intuition : un "lieu prophétique" où vivre l'Évangile dans la "pâte humaine". "Utopie aux yeux de certains, secte aux yeux d'autres", la communauté a tenu, au prix d'heures et parfois de pleurs. Avec une honnêteté rare, les deux femmes ont reconnu "des pardons à échanger". Car "la vie, notamment la vie communautaire, est cadeau et fardeau tour à tour". Quarante et un ans plus tard, ce qui demeure, ont-elles dit, "ce sont les liens tissés au jour le jour".

Valérie Borin-Mawet : le chant hommage

Sa nièce et filleule, Valérie Borin-Mawet, a pris la parole avec une émotion contenue. Quelques mois plus tôt, son parrain lui avait envoyé un mail pour l'inviter à célébrer ses cinquante ans d'ordination. "Cette invitation m'avait profondément touchée. Et très vite, je me suis demandé quelles surprises je pourrais te préparer pour marquer un événement aussi exceptionnel."

Elle avait donc conçu une vidéo : des photos, des souvenirs, une mélodie et des paroles composées entièrement pour lui. "J'ai essayé de raconter un peu de l'homme que tu étais et de l'empreinte que tu as laissée dans nos vies." Mais, a-t-elle dit, "le destin en a décidé autrement. Nous ne sommes pas réunis aujourd'hui pour célébrer tes cinquante ans d'ordination, mais pour te dire au revoir, ou plutôt à Dieu, et te confier au Seigneur que tu as servi avec tant de fidélité."

Elle a conclu : "Puisque je ne peux pas te la montrer ici, parmi nous, je te laisse la découvrir de là-haut. Et j'aime imaginer que tu la regardes avec ce sourire discret qui est le tien." La chanson qu'elle a composée a alors résonné dans Sainte-Alix, devenant chant d'adieu là où elle devait être chant de fête.

Après la chanson, sa voix s'est à nouveau élevée : "Merci. Je ne peux vous dire que merci. Parrain, nous garderons de toi le souvenir d'un homme bon, ouvert d'esprit, aimant, engagé, généreux et courageux. Tu savais accueillir chacun sans jugement, tendre la main, trouver les mots justes, et offrir une présence réconfortante. Ton sourire, ta bienveillance et ta présence resteront gravés à jamais dans nos cœurs. Et même si ton départ nous remplit de tristesse, nous sommes reconnaissants pour tout ce que tu as donné, et pour l'exemple que tu nous laisses. Merci, Parrain."

Une prière pour les journalistes et les médias chrétiens

La célébration aura porté, jusque dans la prière universelle, la marque de l'homme. L'assemblée a confié à Dieu les journalistes, "celles et ceux qui, au risque de leur vie, font connaître la réalité du terrain", et les médias chrétiens. Elle a rendu grâce pour "cette passion de communiquer, de susciter la conversation, de mettre en dialogue les différences" suscitée "en Philippe, en Charles et en tant d'autres".

Ce "Charles", c'est le père Charles Delhez, jésuite, ancien rédacteur en chef de Dimanche et chroniqueur de La Libre, décédé le 8 avril 2026. Sa dernière chronique portait, elle aussi, sur la joie. Deux hommes de médias catholiques disparus la même année, à quelques semaines d'intervalle.

« La vie est un cadeau »

Le dernier adieu a été présidé par le nonce apostolique, Mgr Franco Coppola, qui a béni le corps avant l'aspersion et l'encensement. Dans un message lu à l'assemblée, l'archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr Luc Terlinden, a salué "un prêtre selon le cœur de Dieu", dont le ministère reposait sur "deux jambes" : la paroisse et les médias. Reprenant la parole laissée par Philippe Mawet, il a conclu : "La vie est cadeau."

C'est sur cette phrase que le prêtre aura voulu refermer son existence, face à la caméra, quelques jours avant de partir : "La vie est un cadeau."

L'inhumation s'est déroulée dans la plus stricte intimité familiale, à l'ancien cimetière de Woluwe.

Revoir la célébration de funérailles de l'abbé Philippe Mawet


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