« Je condamne l’insulte faite à Votre Excellence »: les outrances de Donald Trump suscitent une vague d’indignation dans le monde


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« Je condamne l’insulte faite à Votre Excellence »: les outrances de Donald Trump suscitent une vague d’indignation dans le monde
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le
5 min

Le message virulent de Trump à l'égard du pape Léon XIV, et sa représentation en Christ sauveur, ont soulevé une indignation quasi générale dans le monde. Y compris au sein du parti républicain américain.

Avec Donald Trump, une outrance chasse l'autre. Après le message posté au soir du 12 avril, dans lequel il qualifiait le pape de "faible" face à la criminalité, l'accusait de soutenir le programme d’armement nucléaire iranien et déclarait qu'il ne voulait pas "d’un pape qui critique le président des Etats-Unis", ce même président publiait le lendemain une image générée par intelligence artificielle (IA) le représentant tel Jésus, ou le Christ sauveur, soignant un malade…

Blasphème !

Une image "blasphématoire" pour nombre d'élus de la droite religieuse américaine, qui a provoqué un tollé d'indignation et ont contraint Donald Trump à la retirer rapidement. "C’est plus qu’un blasphème. C’est un esprit antéchrist", s’est indignée sur X l’ex-élue trumpiste Marjorie Taylor Greene, en rupture avec le président.

Et si elle n'est pas blasphématoire, le cardinal Timothy Radcliffe a jugé cette image pour le moins "bizarre" et "absurde". Interviewé par la BBC le 13 avril, le dominicain y voit "une attaque contre le christianisme, ce qui n'était sans doute pas l'intention du président Trump. Mais cela révèle une incompréhension totale de sa part de ce qu'est le christianisme."

Un président "sans filtre"

Le vice-président JD Vance (un catholique converti) a tenté d'éteindre l'incendie en déclarant sur la chaine TV Fox News, le 13 avril, "que le président publiait une plaisanterie, et bien sûr il l’a retirée parce qu’il a reconnu que beaucoup de gens ne comprenaient pas son humour dans ce cas". En la matière, Donald Trump n'en est pas à son coup d'essai. Friand de ces images générées par l'IA, il avait publié l'an passé, au moment du conclave, une image le montrant vêtu de la tenue papale...

JD Vance s'est félicité ensuite que le président Trump ne soit ainsi pas "filtré" par un professionnel de la communication. Mais une partie de la base électorale du président américain commence à se lasser de cette absence de filtre dans l'exercice du pouvoir, et de ces atteintes au religieux. Et à six mois d'élections (les "midterms") décisives, Trump s'est peut-être définitivement mis à dos son électorat catholique.

Réactions dysfonctionnelles

Les frictions entre Trump et le Vatican ne datent certes pas d’aujourd’hui – le pape François avait critiqué en son temps la politique migratoire du président américain –, mais le fait que les reproches viennent cette fois d'un pape américain n'est peut-être pas étranger aux réactions dysfonctionnelles de Donald Trump. Ce dernier avait en effet expliqué il y a quelque temps que l'Eglise avait choisi le cardinal Prevost comme pape uniquement "parce qu'il était américain", ajoutant: "Si je n'étais pas à la Maison Blanche, il ne serait pas au Vatican". Et par conséquent que "Léon devrait être reconnaissant..." Une déclaration "extraordinaire" pour le cardinal Radcliffe qui rappelle que les cardinaux ont voté pour le pape Léon "car ils ont vu en lui un homme bon et doux, qui cherchera toujours la paix et la justice. Le fait qu'il était américain n'était pas important."

Qui sème le vent...

Ces dernières outrances "trumpesques" ont en tout cas suscité les réactions des chefs de gouvernement italien et espagnol. Dans un communiqué officiel, Giorgia Meloni a qualifié d'"inacceptables" les propos tenus par le président Trump à l'égard du Saint-Père. "Le pape est le chef de l'Église catholique, et il est juste et normal qu'il invoque la paix et qu'il condamne toute forme de guerre". En visite ce mardi 14 avril à Vérone, la Première ministre italienne a de nouveau exprimé sa solidarité avec Léon XIV. Expliquant notamment qu'elle ne se sentirait "pas à l’aise dans une société où les dirigeants religieux feraient ce que leur disent les dirigeants politiques – du moins pas dans cette partie du monde."

De son côté, son homologue espagnol, Pedro Sanchez, écrit sur X :"Qui sème le vent récolte la tempête. Tandis que certains sèment la guerre à travers le monde, Léon XIV sème la paix, avec courage et bravoure. Ce sera un honneur de le recevoir en Espagne dans quelques semaines."

Même le président de la République islamique d'Iran Masoud Pezeshkian profite du retentissement international de l'affaire pour soutenir le pape ! "Je condamne l’insulte faite à Votre Excellence au nom de la grande nation iranienne, et j’affirme que la profanation de Jésus, le prophète de la paix et de la fraternité, n’est acceptable pour aucun homme libre. Je vous souhaite la gloire par Allah."

"Ce type est fou !"

Sur les réseaux sociaux, les "influenceurs cathos" ont naturellement trouvé du grain à moudre. Ainsi, Fr. Paul-Adrien dégainait rapidement une vidéo dans laquelle il met en cause la bonne santé mentale du Président Donald Trump: "Ce type est juste hallucinant. Il est fou. Moi je suis catastrophé…"

Plus mesuré, Mgr Robert Barron, évêque américain et personnalité ecclésiale la plus suivie sur le web après le pape, écrit que "Les déclarations faites par le président Trump sur Truth Social au sujet du pape étaient tout à fait inappropriées et irrespectueuses. Elles ne contribuent en rien à un dialogue constructif. C'est au pape qu'il appartient d'exposer la doctrine catholique et les principes qui régissent la vie morale." Et s'il dit sa reconnaissance envers les nombreuses initiatives par lesquelles l’administration Trump a tendu la main aux catholiques et aux autres croyants, il estime que le président doit des excuses à Léon XIV. Il est à craindre que cela reste un voeu pieux.

Pierre GRANIER et Clément LALOYAUX

Catégorie : L'actu

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