Dans son rapport final, le groupe d'étude du Synode consacré à la mission dans l'environnement numérique recommande, entre autres choses, la création d’une "Commission pontificale pour la culture numérique et les nouvelles technologies", le développement par les conférences épiscopales de réseaux de missionnaires et, à échelle plus locale encore, le lancement de programmes pastoraux pilotes dans les paroisses. Tout en rappelant que le numérique représente à la fois une nouvelle terre de mission et un espace semé de pièges.
Rappelez-vous : En mars 2024, sur mandat du pape François, le Secrétariat Général du Synode des évêques et les préfets des dicastères avaient confié à dix groupes d'étude des questions qui n'avaient pas été tranchées au Synode : formation des prêtres, relations avec les Eglises orientales, accès des femmes au diaconat, engagement numérique...
Dans un souci de transparence, son successeur, le pape Léon XIV, avait décidé que les rapports finaux de ces groupes d'étude seraient rendus publics "au fur et à mesure qu'ils seront présentés au Secrétariat Général du Synode". Ce mardi 3 mars, le groupe III, chargé de travailler sur "La mission dans l'environnement numérique", a publié son rapport final.
Le numérique : une terre de mission essentielle
Dans son rapport de 27 pages, le groupe d'étude rappelle, à ceux qui en douteraient encore, que la présence de l’Église dans l'environnement numérique est aujourd'hui essentielle. Il insiste sur le fait que "l’environnement numérique n’est pas simplement un ensemble d’outils à maîtriser", mais constitue "une culture" à part entière. Dès lors, pour espérer s'y déployer au mieux, la culture numérique exige "la même intentionnalité, la même formation et le même esprit missionnaire" que ceux apportés à "tout ministère interculturel". Autrement dit : il convient de développer des formations et assurer un meilleur suivi des missionnaires qui évangélisent sur internet.
Afin de dégager des recommandations concrètes et dans l'air du temps, le groupe d'étude -composé notamment de soeur Nathalie Becquart et de Paolo Ruffini, préfet du dicastère pour la Communication- a mené une vaste consultation auprès de jeunes, experts et missionnaires du numérique. Voici ce qu'il en ressort aujourd'hui.
Le projet d'une Commission pontificale pour la culture numérique
Le rapport comprend une série de propositions opérationnelles déclinées à trois niveaux : Saint-Siège, Conférences épiscopales et diocèses.
Saint-Siège :
Parmi les mesures fortes, le groupe d'étude propose la création au Vatican d'un bureau, organe ou commission chargé d'accompagner la mission dans l'espace numérique. Il évoque l'instauration d'une Commission pontificale pour la culture numérique et les nouvelles technologies qui pourrait superviser les questions théologiques, pastorales et canoniques en ligne ; définir des stratégies de formation pour évêques, prêtres, religieux et laïcs ; et soutenir les conférences épiscopales dans l’intégration de la mission numérique dans leurs plans pastoraux. Le rapport appelle à des lignes directrices pour encadrer la mission en ligne, afin de répondre aux risques de manipulation et d'abus et, à l'inverse, promouvoir la responsabilité et l’intégrité théologique.
Conférences épiscopales :
Il est aujourd'hui temps de susciter des réseaux de missionnaires et des rencontres nationales. Les conférences épiscopales sont encouragées à mettre en place des "réseaux nationaux de missionnaires du numérique" afin de favoriser la coordination, l’échange de "bonnes pratiques" et la collaboration entre évangélisateurs en ligne.
Diocèses :
Les diocèses sont encouragés à expérimenter des programmes pastoraux numériques pilotes au niveau paroissial, mêlant catéchèse, accompagnement et vie communautaire en ligne, tout en maintenant un lien clair avec la vie communautaire sur le terrain. Le rapport appelle aussi à promouvoir une mission samaritaine sur internet, c’est-à-dire une présence pastorale attentive aux personnes "blessées, isolées ou marginalisées" dans les espaces numériques.
Quel que soit le niveau, le rapport recommande également la mise en place de "pratiques de financement basées sur la solidarité" pour financer ces nouvelles missions d’évangélisation. Bien entendu, le rapport souligne qu'il s'agit là de propositions qui doivent encore faire l'objet d'études et d'analyses approfondies, et non de décisions déjà prises.
Polarisation, manipulation... De nombreux pièges à éviter !
Le rapport insiste également sur les nombreux défis et risques posés par l’environnement numérique, façonné "par des algorithmes qui peuvent nous isoler dans des chambres d'écho et nous manipuler", "par des modèles économiques qui monétisent notre attention et surveillent nos actions" et par "des dynamiques qui favorisent la polarisation".
Le groupe d'étude pointe également le fait que beaucoup de jeunes découvrent aujourd'hui la foi pour la première fois en ligne, et qu’une foi "découverte exclusivement dans les espaces numériques risque de rester "désincarnée", sans s'enraciner dans des relations réelles ou dans la vie de l'Église".
Quelles suites maintenant ?
Sur base de ce rapport final, le dicastère pour la Communication et le Secrétariat général du synode vont être amenés à élaborer à leur tour des propositions opérationnelles. Une fois terminée la présentation de son rapport, le groupe d'étude verra lui son mandat achevé "et sera de ce fait considéré comme dissous", détaille le Saint-Siège.
C.L.
