Commentaire de l’Evangile de ce dimanche par l’abbé Pierre Hannosset : Histoires d’eau


Partager
Commentaire de l’Evangile de ce dimanche par l’abbé Pierre Hannosset : Histoires d’eau
Par Pierre Hannosset
Publié le
3 min

Le peuple marche au désert, la bouche brûlante, les lèvres fendillées. La terre est pierre, le ciel est silence, et le cœur se dessèche. Au bord d’un puits, une femme vient puiser; elle aussi a soif. Et voici qu’un homme l’attend, fatigué du chemin: lui aussi a soif.

Depuis de longs jours déjà, nos pas résonnent dans un carême intérieur. Nous avons laissé derrière nous quelques nourritures faciles, quelques gorgées d’illusions. Et soudain le vide apparaît. Un creux au ventre. Un espace dans l’âme. Ce manque qui fait mal… mais qui ouvre.

Car toute faim prépare un pain véritable, toute soif annonce une source cachée.

Il y eut d’abord les noces de Cana: des jarres débordantes d’un vin nouveau, promesse d’une joie inouïe. Aujourd’hui, au puits de Samarie, la promesse se précise. Chez les anciens d’Israël, c’est près d’un puits que l’on demandait la main de l’aimée. On demandait un peu d’eau… et c’était le cœur qu’on offrait.

Alors la scène s’éclaire: si Jésus a soif, ce n’est pas seulement d’eau. Il a soif d’humanité. Soif de cette femme blessée, aux amours dispersées. Soif de chacun de nous.

Car Dieu ne se tient pas à distance de nos déserts. En son Fils, il vient y planter la tente des noces. Il ne craint ni nos fatigues ni nos fautes. Il ne redoute pas nos cœurs infidèles. Il vient pour épouser notre poussière.

Mais nous, comme la Samaritaine, nous reculons: "Comment pourrais-tu m’aimer, moi? Comment l’Alliance pourrait-elle traverser mes fissures?" Alors nous cherchons de petites flammes pour oublier la nuit, de petits amours pour apaiser l’infini du désir. Et chaque fois, l’eau file entre nos doigts.

Pourtant, au cœur de ce carême, une parole se lève: "Si tu savais le don de Dieu…" Si tu savais que ta soif n’est pas une faiblesse, mais l’empreinte même de Dieu en toi. Si tu savais que ce vide est un berceau.

"C’est moi", dit le Seigneur. Moi, l’Eau vive. Moi, la Source qui ne s’épuise pas. Moi, l’Epoux qui demeure.

Ne me cherche pas au loin, ni dans demain ni dans des mirages. Je suis là. Dans la Parole que tu ouvres. Dans le frère blessé que tu relèves. Dans le silence où tu m’appelles.

Au désert, une question montait: "Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous?" La réponse jaillit d’une croix dressée dans l’histoire: le Christ a donné sa vie pour nous alors que nous étions encore pécheurs. Voilà la preuve. Voilà la source. Nous n’avons rien à mériter. Seulement à accueillir. Rien à conquérir. Seulement à recevoir.

Alors poursuivons la marche vers Pâques, le cœur dilaté comme une terre après la pluie. La soif ne nous effraie plus: elle nous conduit à la Source. Et déjà, dans le désert, une eau vive murmure notre nom.

Catégorie : Sens et foi

Dans la même catégorie