« La technique ne donne ni le sens ni l’amour »: quand l’Eglise catholique belge se questionne sur l’usage de l’IA


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« La technique ne donne ni le sens ni l’amour »: quand l’Eglise catholique belge se questionne sur l’usage de l’IA
Parmi les interventions, Stipe Odak est revenu sur l'histoire de l'IA, à commencer par la machine Enigma. © CathoBel / EC
Par Estelle Cruypeninck
Publié le - Modifié le
3 min

Ce jeudi 29 janvier 2026 avait lieu la 31ème journée pastorale dans les auditoires de l’UCLouvain. Elle avait pour thème « Apprivoiser l'Intelligence Artificielle pour mieux servir ». Un sujet d’actualité facteur de mille curiosités et mille questions. 

À Louvain-la-Neuve, plus de 300 personnes se sont retrouvées dans les auditoires de l’Université Catholique de Louvain ce jeudi pour la 31ème journée pastorale. Parmi les personnes présentes figurait l’archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr Luc Terlinden, accompagné de trois évêques, mais aussi de nombreux prêtres et laïcs. Pour discuter technologie ? Pas seulement ! Car il fut largement question de mission, de discernement et de responsabilité chrétienne. La journée s’ouvrit d'ailleurs par un temps de prière, histoire de rappeler que la première attitude chrétienne est l’écoute et le discernement - bien avant la peur ou l’enthousiasme que peut susciter l’IA.

Un sondage dans la salle

Le professeur Join-Lambert a introduit cette journée en montrant l’ambiguïté et les contradictions entourant l’IA: fascinante, efficace, étonnante mais aussi déstabilisante et dangereuse si on l’utilise à mauvais escient. Un sondage est alors réalisé, différentes questions sont posées à l’assemblée. L'on apprend que la majorité des participants utilisent régulièrement l’IA, dont 27% quotidiennement. Les émotions évoquées sont la curiosité, l’angoisse et la culpabilité, ce qui montre que cette nouvelle technologie touche avant tout notre conscience morale.

Place ensuite à un professeur d’éthique appliquée de la Faculté de théologie et d’étude des religions de l’UCLouvain: Stipe Odak. Stipe Odak rappelle que l’intelligence artificielle reste un outil conçu par des humains. Elle produit des textes, imite le langage, propose des idées mais elle ne ressent pas, ne comprend pas et ne croit pas. Comme le précisera Isabelle Morel, spécialiste de la théologie catéchétique, "Intelligence" ne fait pas référence à la capacité de raisonner mais à la capacité de puissance de calcul. Une frontière importante demeure : l’humain est doté de la parole, de l’intelligence (capacité de raisonner) et du vivant, et non l’IA. Pour la foi catholique, c’est une distinction importante. Evitons de tomber dans une forme d’idolâtrie et de confondre machine et humain.

Un changement d'époque

Pour le philosophe Pierre Giorgini (UCLille), l’IA n’est qu’un signe parmi d’autre d’un changement d’époque. Nos repères et nos certitudes scientifiques changent et sont marqués par l'incertitude. La tentation peut nous guetter de chercher des réponses spirituelles rapides.

Plusieurs intervenants mettent en garde contre cette foi "à la carte" qui mélange discours chrétiens, développement personnel et spiritualités diffuses, même si l’IA générative peut générer des discours religieux plus que convaincants.

Le temps des ateliers

Durant l’après-midi, les participants se sont répartis dans différents ateliers : "Découverte de l’IA", "Converser avec l’IA", "Prêcher avec l’IA", "Faire de la catéchèse avec l’IA", "Savoir qui est Dieu avec l’IA", "Quelles questions éthiques l’IA pose-t-elle ?", "L’IA va-t-elle transformer l’humain ?".

Dans plusieurs ateliers, la discussion se transforme vite en débat. Selon Stanislas Deprez, docteur en philosophie et maitre en sociologie, il existe une frontière évidente entre l’animal et l’humain. Mais elle ne l’est peut-être plus aussi clairement visible entre l’IA et l’humain. Les machines imitent de mieux en mieux certaines capacités humaines, ce qui brouille assez vite notre regard.

Pas perdre de vue l'essentiel

En fin de journée, la professeure en linguistique Marie-Catherine de Marneffe propose une relecture simple sur ce qui a été vécu dans la journée. La manière dont nous parlons à une IA, les questions que nous lui posons, disent beaucoup de nous - de notre désir de contrôle, de rapidité… Il ne faut pas perdre de vue l’essentiel : la technique peut beaucoup mais elle ne donne ni le sens, ni l’amour.

Estelle CRUYPENINCK


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