« Je suis stupéfait »: deux spécialistes des médias donnent leur avis sur le film Sacré Coeur


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 « Je suis stupéfait »: deux spécialistes des médias donnent leur avis sur le film Sacré Coeur
Sacré-Cœur : regards croisés de deux figures des médias, Emmanuel Tourpe et Jean-Pierre Denis, sur un succès inattendu. © DR
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
4 min

Déjà 300 000 entrées cumulées : le docu-fiction de Sabrina et Steven J. Gunnell, connaît un succès étonnant. Toujours diffusé dans de nombreuses salles en Belgique (liste ici), Sacré Coeur suscite débats, adhésions et interrogations. Deux voix fortes du paysage médiatique, Emmanuel Tourpe et Jean-Pierre Denis, partagent leur lecture du film.

Sorti en octobre 2025, le film Sacré Cœur continue de faire parler de lui. Avec déjà plus de 300 000 entrées en France, le documentaire de Sabrina et Steven J. Gunnell a trouvé un écho inattendu bien au-delà des cercles pratiquants. Si certains y voient une œuvre "politique" voire "identitaire", d’autres, au contraire, soulignent sa portée spirituelle et sa réception très large. Deux observateurs engagés du monde catholique offrent leurs analyses.

Emmanuel Tourpe : "Je m’attendais à un pieux navet..."

Philosophe et théologien, ancien responsable de programmes à la RTBF et à LN24, Emmanuel Tourpe connaît les codes audiovisuels. Sur son compte Facebook, il confie être entré en salle avec scepticisme : "Je m’attendais en professionnel, en allant voir Sacré Cœur, à un pieux navet spirituel tendancieux politiquement. (…) Je sors d’être allé le voir. Je suis stupéfait."

Pour lui, l’étiquette "film identitaire et d’extrême droite" ne tient pas. Il souligne que la figure de l’abbé Matthieu Raffray, souvent citée pour justifier ce soupçon, est en réalité marginale dans le montage, "tout à fait secondaire", au milieu de nombreux autres témoins : éducateur de rue, jeune aidant familial, myopathe, intervenante en prison, footballeuse…

Emmanuel Tourpe insiste également sur l’absence de dimension nationaliste : "Le film commence par évoquer les saintes belge et allemande à l’origine du culte, et va jusqu’au Salvador puiser son inspiration". Pour lui, Il n’y a aucune trace politique dans ce film. "Aucune : c’est un film de part en part théologique et spirituel." À ceux qui dénoncent un documentaire "dévôt et expérientiel sans portée théologique", il répond : "L’argument principal du film est au contraire de relier la dévotion à l’Écriture et à l’Eucharistie. (…) C’est un film très théologique et même mystagogique."

Et sur la forme, l’ancien programmateur salue une réelle qualité cinématographique : "J’ai été soufflé : la photo de qualité cinéma est belle, les reconstitutions honnêtes, les témoignages touchants, le jeu d'acteur réussi... C’est un vrai film de bon niveau - et là c’est le professionnel expérimenté qui juge."

Ses seules réserves concernent un chapitrage parfois peu clair et "le ton parfois dérangeant de la campagne marketing menée par les réalisateurs".

Il conclut : "J’en suis sorti heureux, édifié et très étonné de tout ce que j’ai pu lire avant. Avons-nous vu le même film ?"

Jean-Pierre Denis : "Un film antipolitique"

Journaliste et écrivain français, ancien directeur de la rédaction de La Vie, Jean-Pierre Denis analyse le phénomène Sacré Coeur sur sa plateforme Théopolitique.

Il relève d’abord l’ampleur des polémiques : tribunes appelant au boycott, débats autour de "l’influence Bolloré", accusations d’"extrême droite"...L'homme des médias mentionne notamment une tribune publiée sur le site de La Croix, appelant à boycotter une œuvre qui, "par ses soutiens", participerait "à la banalisation des idéologies de rejet, de haine et de discriminations". Il poursuit la liste : l’association Ciné32, qui fédère et subventionne sur fonds publics les cinémas du Gers, demande elle de ne pas programmer "un film ouvertement d’extrême droite" ; le Nouvel Obs attribue le succès du film à la "promotion gargantuesque" de "l’empire de Vincent Bolloré".

Et Jean-Pierre Denis de tempérer : "Ceux qui ont vu le documentaire auront du mal à saisir le rapport entre ce procès en sorcellerie et les témoins qui se succèdent à l’écran. Mais voilà : Bolloré ! Le grand méchant nom est lâché…" L'appui du groupe Canal+ et de médias du groupe Bolloré, comme CNews, est certes réelle, mais le journaliste relève que Canal+ "finance à peu près tout le cinéma français". Il pose donc la question : cela suffit-il à qualifier l’œuvre politiquement ?

Sur la présence de l'abbé Matthieu Raffray : Bien qu'il reproche aux réalisateurs de ne pas préciser "qu’il est aussi l’un des cadres de la communauté traditionaliste du Bon Pasteur", Jean-Pierre Denis estime que "dans le documentaire, les interventions de l'abbé n’ont rien de choquant. "Dieu vient nous réapprendre à aimer", dit-il [dans le film]. Pas de quoi fouetter une rombière."

Pour l'ex-directeur de La Vie, le film Sacré Coeur ne propose pas un message politique, mais un récit de conversion intime : "Sacré Cœur se résume au message de l’Évangile : amour et conversion des cœurs, miséricorde et pardon. Le miracle eucharistique qu’il exalte pourrait même apparaître comme antidote à la désillusion politique ambiante. Si militantisme il y a, il est antipolitique et pas identitaire."

Il observe enfin un phénomène spirituel inattendu, depuis la projection du film : "Un filet régulier de parfaits inconnus bouleversés par le documentaire prend la route de Paray-le-Monial, en quête de rédemption ou de réconciliation. (…) Un catholicisme un peu trop cérébralisant redescend ainsi peu à peu au niveau du corps, des émotions… du cœur."

👉 Retrouvez ici l'analyse complète de Jean-Pierre Denis

Catégorie : Culture

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