L'esprit d'Assise a soufflé sur Bruxelles ce 1er février. Des représentants des trois principales religions monothéistes présentes en Belgique se sont retrouvés dans les locaux de Sant'Edigio, dans le cadre de la semaine mondiale de l'harmonie interreligieuse.
Ce vendredi matin, un petit-déjeuner informel a réuni des représentants du monde juif, musulman et chrétien en Belgique, dans les locaux de Sant'Egidio à Bruxelles. Une dizaine de personnes ont participé à ce moment de partage convivial dont l'objectif était avant tout de donner à chacun l'occasion de mieux se connaître pour mieux se comprendre et dialoguer ainsi en toute amitié pour la promotion d'une harmonie religieuse.
De ce point de vue, la Belgique est plutôt un exemple comme n'a pas manqué de le souligner l'ambassadeur de Jordanie qui participait à cette matinée. Il représentait le roi Abdallah qui avait lancé cettte idée de rencontre à l'occasion de sa venue en Belgique il y a deux ans.
La Belgique, un exemple
Pour cette troisième rencontre, c'est Mme Turtelboom, la Ministre de la Justice, en charge des cultes, qui a ouvert les débats, en encourageant ce dialogue, et en vantant la Belgique, terre de liberté en matière religieuse, qui fait ainsi la démonstration qu'un pays peut se développer dans la tolérance. Comme en écho, le métropolite grec-orthodoxe Athanase Chatzopoulos, soulignera effectivement l'importance du bien-vivre ensemble pour la prospérité d'un pays, en faisant référence à la situation de son pays en crise (et pas seulement économique).
Prenant tour à tour la parole, tous les participants ont eu l'occasion de dire combien ils se réjouissaient d'une telle initiative, à commencer par Mgr Lemmens et le nonce apostolique, qui a rappelé pour cette occasion la phrase de Jean-Paul II: "le dialogue est une reconnaissance de la dignité inaliénable des hommes". Et cette rencontre doit aussi permettre "de résister ensemble contre une trop forte sécularisation de la société", a indiqué de son côté le révérend Innes.
Eduquer au dialogue
Pour autant, ce dialogue ne doit pas constituer "une fausse diplomatie", a prévenu de son côté le théologien musulman, Jacob Mahi. "Il faut aussi discuter de nos divergences, pour dépasser nos crispations et tout ce qui gêne ce dialogue", a-t-il expliqué. "Le dialogue, c'est la construction de soi avec l'autre", a-t-il également ajouté. Et de faire référence à l'Andalousie du XIIe siècle, période glorieuse pendant laquelle musulmans, juifs et chrétiens vivaient en harmonie.
Autre représentant des musulmans, Mohamed Achaibi, a reconnu pour sa part cette chance d'évoluer dans une société multi-culturelle, regrettant que les médias donnent souvent une mauvaise image de l'Islam. "Les Marocains ont été éduqués dans cet esprit de dialogue" a-t-il assuré. L'éducation est en effet cruciale sur cette question. Mgr Berloco a d'ailleurs cité Benoît XVI: "Sans cette éducation, il n'y a pas d'harmonie".
Dialogue, harmonie, accueil: peu importe le mot…
Le nonce a aussi dit qu'il préférait le mot "harmonie" à celui de "dialogue". Tandis que le représentant de l'Eglise arménienne choisit celui d' "accueil", qu'il privilégie à "tolérance". Dans la tolérance, on ne fait que 50% du chemin, a-t-il expliqué en substance.
Dialogue, harmonie, accueil… peu importe, le sens est le même. Tous font en tous cas rêver le représentant de l'Eglise orthodoxe orientale qui a témoigné à cette occasion du drame que vivaient "tous les enfants d'Abraham" en Syrie. "Ce n'est pas à cause des religions qu'il y a la guerre là-bas mais à cause de l'égoïsme de certains hommes…".
Montrer l'exemple
Raison pour laquelle les religions dans les pays en paix doivent être les premières à montrer l'exemple, comme l'a mentionné le Président de l'Eglise protestante unie de Belgique. Ceci est d'autant plus important pour la nouvelle génération, qui est caractérisée par sa multiculturalité, mais aussi "touchée par une crise des repères, en particulier familiaux et spirituels", a indiqué Hilde Kieboom, présidente de Sant'Egidio en Belgique. Ils doivent donc pouvoir s'appuyer sur des religions capables de vivre en harmonie, à l'écoute les unes des autres.
Et puis, "C'est aussi dans la rencontre que les idées naissent", a conclu Jan De Volder, qui organisait cette matinée. Des initiatives, plus concrètes encore, devraient donc suivre…
Pierre GRANIER
