Qu’est-ce qu’une bonne homélie? Quelles sont les clés pour avoir l’attention de ses paroissiens? L’IA peut-elle aider le prédicateur? Philippe Cochinaux o.p., vicaire épiscopal à la Santé au diocèse de Liège, nous partage le fruit de son expérience.
J’estime qu’une bonne homélie doit être centrée sur une idée, et qu’elle doit durer sept minutes maximum. Si on va au-delà, les gens n’écoutent plus!
Laisser le texte descendre
Avant la prédication, il me semble important que le prêtre prenne le temps de méditer l’Evangile – personnellement, j’ai pour habitude de prêcher seulement sur l’Evangile mais c’est quelque chose de personnel. Le prêtre doit laisser le texte descendre en lui, et identifier ce qu’il peut susciter comme réflexion pour un mieux vivre aujourd’hui. Quelle est la richesse, la nouveauté, du message évangélique pour aujourd’hui? Comment l’Evangile nous surprend, nous déstabilise, nous invite à revenir à l’essentiel? C’est ça qui est important ! En revanche, il ne faut pas paraphraser l’Evangile; les pires homélies sont celles qui paraphrasent le texte.
L’IA peut aider
Quand je lis l’Evangile, j’ai pour habitude de lire aussi les commentaires exégétiques et les différentes traductions. Par ailleurs, il peut être bon de se laisser inspirer par d’autres auteurs. Je peux ainsi puiser ailleurs une idée intéressante, avant de la personnaliser. Et l’intelligence artificielle? Tout le monde n’est pas doué pour être prédicateur. Si l’IA permet d’avoir une meilleure homélie, pourquoi pas? Elle peut aider. En revanche, se contenter de lire un texte qu’une IA aurait produit, ce serait dommage. On doit s’impliquer dans l’écriture. Dans une homélie, on s’expose car on annonce l’Evangile. Sinon, ça reste très formel, intellectuel…
Se prêcher d’abord à soi-même
Je n’ai pas pour habitude de m’adapter à la communauté à laquelle je m’adresse. Il m’arrive de prêcher en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles; je ne change pas pour autant mon style. Une bonne homélie, c’est une homélie dans laquelle on se prêche d’abord à soi-même. Ce qui ne veut pas dire parler de soi ! On peut éventuellement apporter un court témoignage personnel, mais l’homélie doit toujours ramener au texte et, surtout, au mystère de la foi.
Propos recueillis par Vincent DELCORPS
