À Liège, elles veillent pour que personne ne soit inhumé dans la solitude


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À Liège, elles veillent pour que personne ne soit inhumé dans la solitude
Depuis 2022, Béatrice Caliouw assure une présence lors des enterrements d'"indigents". © DR
Par François DELOOZ
Publié le
3 min

La période de la Toussaint rappelle les défunts que l’on a connus au cours de sa vie. Mais qui se souvient des "indigents" qui sont parfois inhumés seuls au cimetière?

Chaque année, ce sont entre 130 et 150 personnes qui sont inhumées comme "indigentes" au cimetière de Robermont, à Liège. Ce sont des sans-abri, mais aussi des personnes seules qui n’ont plus de famille ou des personnes dont la famille n’a pas les moyens de prendre en charge le coût des funérailles. Ils sont enterrés dans un cercueil simple, en pleine terre, dans différents endroits du cimetière, où ils resteront pour 5 ans. Ensuite, le service des Sépultures de la ville pourra récupérer l’emplacement, s’il manque de place.

Béatrice Caliouw travaille au Vicariat Annoncer l’Evangile du diocèse de Liège. Elle est responsable de la Cellule Funérailles et fait partie de l’Equipe qui assure des temps de prière au funérarium de Robermont. Depuis le mois de mai 2022, elle assure également une présence lors des enterrements comme "indigents". Elle est présente tous les jeudis et une bénévole, Lucette Boniver, se rend disponible tous les mardis. Elles sont appelées les "dames de cœur" par les services du cimetière.

Une présence bienveillante

L’idée à la base de la démarche de Béatrice est que la personne décédée ne s’en aille pas dans l’anonymat le plus complet. Dans un tiers des cas, elle se retrouve néanmoins seule, aux côtés des fossoyeurs. 

Quand de la famille ou des proches sont là, Il s’agit aussi d’assurer une présence pour ces personnes  souvent démunies face au décès, afin de les soutenir. A l’arrivée au cimetière, elle signale sa présence et il est très rare qu’elle reçoive un refus d’assister à l’enterrement. 

Il s’agit d’une présence au nom de la foi, mais, avant tout, d’une présence humaine. Béatrice précise que sa démarche est "d’aller aux périphéries, aux marges, pas tant pour y porter le Christ que pour le contempler déjà présent". Le psaume 87 l’habite dans sa mission: "Ma place est parmi les morts, avec ceux que l’on a tués, enterrés, ceux dont tu n’as plus souvenir, qui sont exclus, et loin de ta main."

Face aux blessures familiales, aux souffrances de ne pas pouvoir prendre en charge les funérailles ou à la solitude de longues séparations, Béatrice voit quand même des petites lumières qui s’allument: "Des enfants placés ont pardonné à leur mère mourante... un fils vient de loin pour enterrer son père qui s’est volatilisé il y a quinze ans… deux infirmières apportent des fleurs pour un vieil homme sans famille... des voisins ont préparé pour un autre un texte ou une musique… le personnel du cimetière accueille avec tact les proches d’un jeune homme... des travailleurs sociaux se recueillent auprès d’une femme qui a connu la rue… un homme demande une prière pour une amie dont la vie n’a été que misère."

A certains endroits, des croix en bois ont été placées sur les monticules de terre qui recouvrent les cercueils. A travers les hauts arbres du cimetière, quelques rayons de soleil de la lumière d’automne les éclairent car, souligne Béatrice, "la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée" (Jean 1,5).

François DELOOZ


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