Les commémorations du D-Day sont l’occasion, pour François, de se souvenir des victimes, tombées hier et aujourd’hui. Dans une lettre adressée à l'évêché de Bayeux et Lisieux - l’un des diocèses les plus meurtris par le conflit en France, le pape invite à prier pour les artisans de paix : "Vouloir la paix n’est pas une lâcheté, elle demande au contraire le plus grand courage".
Aux côtés des responsables politiques, le souverain pontife fait lui aussi mémoire du D-Day, quand quelque 156 000 hommes essentiellement américains, britanniques et canadiens participèrent à l’opération Neptune de débarquement sur les plages de Normandie, ouvrant un nouveau front à l’ouest contre les troupes allemandes et permettant in fine la libération de la France et de l’Europe.
Hier au soir, à la veille de la journée commémorative, une lettre du pape François a été lue par le nonce apostolique en France, Mgr Celestino Migliore, en la cathédrale de Bayeux, en amont d’une célébration œcuménique à laquelle participaient des membres de la famille royale britannique et plusieurs autorités religieuses, civiles et militaires.

Exprimant sa proximité avec toutes les personnes présentes à la cérémonie, le pape y est revenu sur l'effort collectif et militaire qui a conduit à la libération de l'Europe et sur les terribles sacrifices consentis. Il s’attriste notamment de "ces cimetières immenses où s’alignent par milliers les tombes de soldats très jeunes pour la plupart […] qui ont héroïquement donné leur vie" afin de mettre fin à la Seconde Guerre mondiale. Sa peine est encore plus forte lorsqu'il constate que, aujourd'hui, "l’hypothèse d’un conflit généralisé est parfois de nouveau sérieusement prise en considération".
"Les peuples veulent la paix!" réitère-t-il dans sa lettre. "Ruiner ce noble ordre des choses pour des ambitions idéologiques, nationalistes, économiques est une faute grave devant les hommes et devant l’histoire, un péché devant Dieu".
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Message de François à l'occasion du 80ème anniversaire du Débarquement :
À Son Excellence Monseigneur Jacques HABERT
Évêque de Bayeux et Lisieux
Je suis heureux de m’unir, par la pensée et la prière, à tous ceux qui sont réunis en cette cathédrale de Bayeux pour commémorer le 80ème anniversaire du débarquement des forces alliées en Normandie. Je salue toutes les Autorités civiles, religieuses et militaires présentes.
Nous avons en mémoire le souvenir de ce colossal et impressionnant effort collectif et militaire accompli pour obtenir le retour à la liberté. Et nous pensons aussi à ce que cet effort a coûté : ces cimetières immenses où s’alignent par milliers les tombes de soldats – très jeunes pour la plupart, et, pour beaucoup, venus de loin – qui ont héroïquement donné leur vie, permettant ainsi la fin de la Seconde Guerre Mondiale et le rétablissement de la paix, une paix qui – du moins en Europe – aura duré près de 80 ans. Le débarquement présente également à l’esprit, suscitant l’effroi, l’image de ces villes de Normandie complètement dévastées : Caen, Le Havre, Saint-Lô, Cherbourg, Flers, Rouen, Lisieux, Falaise, Argentan… et tant d’autres ; et nous voulons faire mémoire des innombrables victimes civiles innocentes et de tous ceux qui ont souffert de ces terribles bombardements.
Plus jamais la guerre !
Mais le débarquement évoque, plus généralement, le désastre qu’a représenté cet épouvantable conflit mondial où tant d’hommes et de femmes, d’enfants, ont souffert, tant de familles ont été déchirées, tant de ruines ont été provoquées. Il serait inutile et hypocrite d’en faire mémoire sans le condamner et le rejeter définitivement ; sans renouveler le cri de Saint Paul VI à la tribune de l’ONU, le 4 octobre 1965 : Plus jamais la guerre ! Si, durant plusieurs décennies, le souvenir des erreurs du passé a soutenu la ferme volonté de tout mettre en œuvre pour éviter qu’un nouveau conflit mondial ouvert se produise, je constate avec tristesse qu’il n’en est plus de même aujourd’hui et que les hommes ont la mémoire courte. Puisse cette commémoration nous aider à nous la faire retrouver ! Il est inquiétant, en effet, que l’hypothèse d’un conflit généralisé soit parfois de nouveau sérieusement prise en considération, que les peuples soient peu à peu familiarisés à cette éventualité inacceptable. Les peuples veulent la paix ! Ils veulent des conditions de stabilité, de sécurité et de prospérité où chacun puisse accomplir sereinement son devoir et sa destinée. Ruiner ce noble ordre des choses pour des ambitions idéologiques, nationalistes, économiques est une faute grave devant les hommes et devant l’histoire, un péché devant Dieu.
Prions pour les artisans de paix.
Ainsi, Excellence, je souhaite m’unir à votre prière et à celle de tous ceux qui sont réunis dans votre Cathédrale : Prions pour les hommes qui veulent les guerres, ceux qui les déclenchent, les attisent de manière insensée, les entretiennent et les prolongent inutilement, ou en tirent cyniquement profit. Que Dieu éclaire leurs cœurs, qu’Il mette devant leurs yeux le cortège de malheurs qu’ils provoquent ! Prions pour les artisans de paix. Vouloir la paix n’est pas une lâcheté, elle demande au contraire le plus grand courage, le courage de savoir renoncer à quelque chose. Même si le jugement des hommes est parfois sévère et injuste envers eux, « les artisans de paix seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9). Que, s’opposant aux logiques implacables et obstinées de l’affrontement, ils sachent ouvrir des chemins pacifiques de rencontres et de dialogue. Qu’ils persévèrent inlassablement dans leurs démarches et que leurs efforts soient couronnés de succès.
Prions enfin pour les victimes des guerres
Prions enfin pour les victimes des guerres ; les guerres du passé comme les guerres présentes. Que Dieu accueille auprès de Lui tous ceux qui sont morts dans ces terribles conflits, qu’Il vienne au secours de tous ceux qui en souffrent aujourd’hui ; les pauvres et les faibles, les personnes âgées, les femmes et les enfants sont toujours les premières victimes de ces tragédies. Que Dieu ait pitié de nous ! Invoquant la protection de Saint Michel, Patron de la Normandie, et l’intercession de la Sainte Vierge Marie, Reine de la Paix, j’accorde de grand cœur, à chacun, ma Bénédiction.
C.L. avec Vatican News
