Le Jeudi saint, les catholiques célèbrent la dernière Cène. Brigitte Cantineau, responsable d'Unité pastorale à Louvain-la-Neuve et liturgiste, voit dans ce dernier repas la mémoire du Seigneur: "tout y est offert et résumé. Ce repas comporte à la fois le service à travers le lavement des pieds et la cène qui donne au repas un sens nouveau."
Le Jeudi saint ouvre chaque année le Triduum pascal, ces trois jours où les chrétiens revivent le cœur de leur foi : l'Eucharistie, la Passion et la Résurrection du Christ. Cette journée inaugure un mouvement intérieur et liturgique qui conduit de la table du dernier repas jusqu’à la lumière pascale. Avec Brigitte Cantineau, liturgiste et responsable d’unité pastorale, plongeons dans la signification profonde de ce jour fondateur.
Le Jeudi saint célèbre d’abord le dernier repas du Christ, un repas de mémoire et de don, où le Christ se livre, non seulement dans le pain et le vin, mais par une attitude radicale de service. Le geste du lavement des pieds, accompli par Jésus devant ses apôtres, est au cœur de cette liturgie. Ce geste surprenant et bouleversant manifeste une vérité fondamentale : dans le Royaume, la grandeur passe par l’humilité. Aujourd’hui encore, les prêtres s’agenouillent devant douze personnes pour laver leurs pieds. Ce rite n’est pas un spectacle, mais un acte incarné qui permet de « mettre en geste la Parole » et de rappeler que l’Eglise est avant tout au service. "Parfois ce sont des personnes qui ont reçu le sacrement des malades, parfois on diversifie avec des visages de la paroisses, des jeunes et des moins jeunes ou des personnes au service. Se laisser laver les pieds par son curé, c'est un signe d'humilité." "Dans certaines paroisses, poursuit Brigitte Cantineau, on transforme toute l'église et on assemble une grande table pour la cène afin de signifier que tout le monde est à la même table. Le Jeudi saint, tous les fidèles sont impliqués."

Le Jeudi saint, un jour de fête
Dans les paroisses, ce jour est festif, au contraire du Vendredi saint marqué par le silence et le dépouillement. Le Gloria est chanté, il ne l'a plus été pendant tout le temps de Carême. Les églises sont fleuries. Ce contraste liturgique souligne le basculement vers la Passion : après la fête, le dépouillement. Les autels sont dénudés, les croix voilées. Ce dépouillement symbolise le Christ qui, entrant dans sa Passion, se dépouille de tout, jusqu’à sa vie humaine.
L'eucharistie
Ce jour, Jésus institue l'eucharistie. "Célébrer, c'est faire mémoire mais aussi vivre la mémoire. C'est aujourd'hui que le Christ se donne. C'est la célébration du passage et de la libération du mal, du péché et donc de la mort puisque nous célébrerons Pâques très bientôt." Durant l'année, l'eucharistie n'est pas un présent personnel mais un don à partager: "après la communion, nous sommes envoyés. On reçoit l'eucharistie pour aller porter la bonne nouvelle et nous mettre au service dans la société. Mais le Jeudi saint, ce n'est pas le cas, c'est la seule célébration qui ne se termine pas car on prolonge ce qu'on a reçu par la méditation. C'est le seul moment où l'adoration est prévue liturgiquement à la suite d'une célébration."
Don, dépouillement et espérance
A la fin de la célébration, ce 2 avril 2026, l’Eucharistie sera portée en procession jusqu’au reposoir, où commence un temps d’adoration. De nombreuses communautés veillent, parfois toute la nuit, pour accompagner spirituellement l’entrée du Christ dans son agonie au jardin des Oliviers. Cette adoration marque aussi la communion vécue à travers le monde : des fidèles de tous continents prient en même temps, créant une unité invisible mais réelle entre les croyants.
Les signes visibles – les fleurs, le dépouillement, les gestes liturgiques – participent à l’intelligence spirituelle du Jeudi saint. Ce jour reste un temps de fête, marqué par des ornements floraux simples mais porteurs de sens : la beauté du printemps évoque le renouveau, la vie qui traverse la fragilité. A Pâques, ces fleurs apparaîtront en nombre, symbole de Résurrection.
Enfin, Brigitte Cantineau note que la liturgie du Jeudi saint n’est pas figée : elle s’incarne dans chaque époque. Les symboles populaires comme les œufs de Pâques, loin d’être superficiels, dialoguent avec les rites liturgiques. L’œuf, pierre immobile qui abrite la vie prête à éclore, renvoie au tombeau du Christ, clos mais porteur de la vie nouvelle. Ainsi, même les traditions profanes peuvent ouvrir une porte vers le sens profond de Pâques.
Le Jeudi saint apparaît donc comme un jour de mémoire vivante, de service, d’humilité et de communion universelle. Il rappelle à chaque croyant que la foi chrétienne n’est jamais purement symbolique : elle est geste, présence, don et espérance.
Retrouvez Brigitte Cantineau dans l'émission Il était une foi.
