La Commission d’enquête parlementaire sur les abus sexuels en Eglise vient de démarrer ses travaux. Une initiative bienvenue pour René-Michel de Looz-Corswarem. Mais ce dernier craint que l’on soit en train de miner la réputation de l’Eglise pour ensuite la priver de ses ressources financières.

Je souhaite commencer ce texte en condamnant sans équivoque et énergiquement les abus sexuels commis par beaucoup trop de religieux. Leur couverture par certains de leurs supérieurs au cours de ces dernières décennies est tout aussi inexcusable et intolérable. Ces personnes sont d’autant plus coupables que ces attitudes vont totalement à l’encontre de leur engagement de prêtres et de leur rôle d’éducateurs. A ce titre, la nomination d’une commission d’enquête parlementaire est une initiative bienvenue.
Je lis que cette commission sera notamment chargée de la question du financement du culte dans son ensemble. C’est en réaction à cette dernière information que je rédige ces quelques mots.
En effet, les abus sexuels perpétrés sur des mineurs par des représentants de l’Eglise sont particulièrement révoltants en ce qu’ils sont commis par des personnes qui détiennent une part de connaissance et ont pour vocation de la transmettre. A ce titre, ils ont une position d’autorité particulière, une sorte d’autorité morale qui vient encore accentuer le rapport de force, par nature inégalitaire, qui existe entre un majeur et un mineur.
Des prédateurs ailleurs
Ces relations d’autorité renforcée ne sont cependant pas l’apanage de l’Eglise, puisque des rapports similaires existent dans d’autres contextes: au sein de la famille, à l’école, dans les mouvements de jeunesse ou dans le secteur sportif par exemple. Là aussi, les adultes doivent avoir un rôle d’exemple et donner aux plus jeunes les clés nécessaires pour s’épanouir. Et là aussi, on retrouve des prédateurs qui se servent de leur position d’autorité pour abuser d’enfants qui leur sont confiés. Pour autant que je le sache, on ne menace pas de couper les dotations et financements prévus pour ces structures, et c’est bien normal: il ne serait pas logique de punir l’entièreté d’un système en réaction aux agissements d’une partie de ses membres. L’éducation, l’enseignement (qu’il soit moral, philosophique ou religieux), le sport, les mouvements de jeunesse sont autant d’outils nécessaires, voire indispensables, au développement des jeunes.
Alors, pourquoi ne rappelle-t-on pas aussi tout le bien fait par l’Eglise au cours des siècles et aujourd’hui encore? Les CPAS, les cliniques, les homes, les mouvements de jeunesse, l’enseignement de notre pays et au-delà de ses frontières n’ont-ils pas pour origine des initiatives chrétiennes reprises par l’Etat après la Révolution française? Aujourd’hui encore, l’Eglise supplée aux besoins des plus démunis et parfois oubliés par notre système de protection sociale. Par exemple la Saint-Vincent-de-Paul, les collectes au profit de ceux qui sont dans le besoin, l’accueil de réfugiés…
Une image tronquée de l’Eglise
Ce qui me dérange dans les débats télévisés et articles de ces derniers temps, c’est qu’ils ne montrent qu’une image tronquée d’une Eglise qui ne serait que perverse et corrompue. Ma perception est que nos autorités souhaitent éliminer progressivement notre Eglise en minant sa réputation, en coupant ses ressources, en démolissant ou réaffectant ses édifices religieux.
Sonia Mabrouk nous rappelle dans son dernier ouvrage: "Reconquérir le Sacré" combien la spiritualité est importante pour l’homme. Lui qui a des besoins de base comme la nourriture, le logement, des lois régissant le vivre ensemble, mais aussi le besoin de sacré, élément indispensable à l’équilibre de tout être humain constitué d’un corps mais aussi d’une âme. Or cette spiritualité, ce sens du sacré sont volontairement et légalement érodés dans nos pays occidentaux en raison du principe de la laïcité. Il est incontestable que notre Eglise perd de son influence, et qu’elle n’est pas source de nourriture spirituelle pour tout le monde, mais pour beaucoup elle continue à jouer ce rôle.
Lorsque les églises de notre unité pastorale sont ouvertes, beaucoup aiment y entrer. On y rencontre des promeneurs, des jeunes couples, mais aussi beaucoup de jeunes et des enfants. Certains ont la foi, d’autres pas du tout. Chacun y retrouve ce qu’il y cherche, beauté patrimoniale pour les uns, moment de calme, de méditation et de ressourcement pour d’autres…
Alors chers médias et représentants du peuple, sachez être plus nuancés dans vos attaques contre notre Eglise. Elle est intrinsèquement liée à notre civilisation judéo-chrétienne et, aujourd’hui encore, apporte à beaucoup un soutien tant spirituel que matériel. Jugez et condamnez les religieux coupables et leurs complices, tout comme vous le feriez pour n’importe quelle autre personne ayant une position d’autorité et s’étant rendue coupable des mêmes méfaits. Mais évitez les généralisations et épargnez notre Eglise. Elle reste une importante source de ce "sacré" dont tout homme sur terre a un besoin vital. N’est-elle pas déjà suffisamment en souffrance? Ne la faites pas agoniser.
Une carte blanche de René-Michel de Looz-Corswarem
