Frère Matthew, prochain prieur à Taizé : « Aujourd’hui, il y a quelque chose de très authentique chez les jeunes »


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Frère Matthew, prochain prieur à Taizé : « Aujourd’hui, il y a quelque chose de très authentique chez les jeunes »
Frère Matthew ©Marija Poklukar/Communauté de Taizé
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le
7 min

Le 3 décembre prochain, le frère Matthew succédera au frère Aloïs comme prieur de la Communauté de Taizé. Qui est le frère Matthew ? Comment voit-il l’avenir de sa communauté, la quête de sens chez les jeunes, et son rôle de prieur ? Il répond à ces questions dans un entretien accordé à CathoBel.

Frère Matthew, prochain prieur de la Communauté de Taizé D.R

Frère Matthew, quel est votre parcours ? Comment avez-vous découvert la Communauté de Taizé ?

Je suis né dans une petite ville industrielle du Nord de l’Angleterre en 1965. J'ai grandi dans une famille anglicane. Nous allions chaque dimanche à la paroisse. Je dois beaucoup à mes parents, à leur foi. Plus tard, j'ai entamé des études de médecine, et lors de mes premières vacances universitaires, je suis allé à Taizé avec des amis étudiants. Nous cherchions un lieu, une communauté chrétienne où nous pourrions passer un temps de prière et de réflexion ensemble. Plusieurs de mes amis étaient déjà allés à Taizé. Ce fut mon premier contact avec la Communauté. Nous y sommes restés deux semaines ; la première dans le cadre des rencontres qui s’y déroulaient, la deuxième pour une retraite en silence. Cela nous a beaucoup marqués.

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Qu’est-ce qui vous a particulièrement frappé ?

Je crois que c'est d’abord la prière, la communauté, le chant… Tout le monde était accueilli. Personne n’expliquait comme cela se passait, il y avait simplement une communauté qui priait, et on était entraînés dans cette prière. J’avais le sentiment d'être à la fois avec d'autres et seul devant Dieu. C'était très, très beau… Ensuite, il y a ce signe d'unité qu’est la vie de la Communauté de Taizé. Une unité que vivent les frères qui sont de confessions chrétiennes différentes, une unité pour laquelle Jésus a prié. Tout cela me semblait très authentique.

Que s’est-il passé par la suite ?

De retour en Angleterre, nous avons commencé à vivre une sorte de vie communautaire à six, avec une prière quotidienne. Dans la ville il y avait un groupe de prière, avec des chants de Taizé. L'année suivante, après des examens à l’université, je suis retourné à Taizé comme volontaire. C’est là que j'ai décidé, en concertation avec les frères, de prendre une année sabbatique dans la Communauté. C’est pendant ce temps de bénévolat que les choses sont devenues claires pour moi. J’ai ressenti l’appel : "Viens, suis-moi". Je n’ai pas entendu de voix, mais c’était, tout simplement, comme une conviction intérieure qu’il y avait, pour moi, un chemin à poursuivre à Taizé.

Vous avez évoqué l’appel à unité. Est-ce la vocation spécifique de la Communauté de Taizé ?

Je crois que c'est effectivement cela qui est au cœur de notre vie. Frère Roger parlait toujours de vivre "une parabole de communion". De vivre ensemble tout en étant d'horizons différents, de confessions chrétiennes différentes, pour être un signe de l'humanité réconciliée. Depuis sa fondation, la Communauté veut vivre l'unité des chrétiens en vue de la paix dans la famille humaine tout entière. Si les chrétiens pouvaient montrer qu’il est possible de s’aimer, cela donnerait davantage de crédibilité à l'Évangile.

Comment vivez-vous l’œcuménisme au quotidien ?

On vit cela très simplement. On prie ensemble, on vit ensemble. Et il y a un chemin qui s'ouvre. Je crois qu'on peut parler de la réconciliation entre chrétiens qui se vit concrètement. C’est déjà un signe que, dans le Christ, nous nous pouvons avancer ensemble. C’est quand même très fort. Dans le processus synodal en cours dans l’Eglise catholique, on souligne fortement l’importance du baptême et la vocation commune de tous les baptisés. Or, le baptême est commun à toutes les Eglises chrétiennes historiques. A partir de notre baptême, il y a donc déjà quelque chose qui nous unit dans le Christ.

Depuis les années 1960 et ‘70, de nombreux jeunes en quête de sens et de spiritualité viennent se ressourcer à Taizé. Comment expliquer ce rayonnement?

C’est un mystère, parce qu’il n’y a rien à voir à Taizé. On ne fait pas des choses pour les jeunes, mais avec les jeunes. Je crois que c’est très important. C’est d’ailleurs l’impression que j’ai eue quand je suis venu à Taizé pour la première fois. On les accueille tels qu’ils sont, sans poser trop de questions. Et quand ils viennent, on attend d’eux qu’ils soient prêts à participer à la vie de la communauté. Cet accueil implique d’écouter les jeunes, de cheminer avec eux. Que nous disent les jeunes aujourd’hui ? Qu’est-ce que l’Esprit nous dit à travers eux ? Comment sommes-nous prêts à les accueillir dans l’Eglise ?Des animateurs de groupes constatent que les jeunes sont touchés, donc ils reviennent. Le bouche-à-oreille joue également un rôle.

Prière commune dans l'église de la Réconciliation à Taizé © Communauté de Taizé

Aux JMJ, on nous a demandé d’animer une prière, avec des chants de Taizé, et beaucoup de jeunes sont venus. On sent que, dans ce monde hyperconnecté, il y a un désir de se retrouver dans un seul à seul avec Dieu. Cette soif est là. Aujourd’hui, les jeunes n’ont peut-être pas toujours le vocabulaire pour exprimer ce qu’ils vivent, mais il y a quelque chose de très authentique. Et pour nous, les accueillir, c’est leur offrir cet espace où ils peuvent découvrir ce que Dieu a placé dans leur cœur, et oser exprimer cela.

Plus de 80 ans après sa fondation, quels sont les défis auxquels votre communauté doit répondre aujourd’hui ?

Nous vivons un grand tournant, parce qu’il y a, aujourd’hui, une vingtaine de frères qui n'ont pas connu frère Roger, ce qui induit une tout autre orientation. On sort du temps de la fondation. Nous voulons garder une conception familiale de la vie communautaire, mais nous nous rendons compte aussi que nous avons besoin de structures, très simples, pour concrétiser notre vie.  Nous devons aussi chercher comment impliquer tous les frères dans la gouvernance de la Communauté, tendre vers une coresponsabilité. Pour que les décisions prises soient plus transparentes et représentent toute la Communauté. C'est le défi.

Un autre défi est d’écouter ce que l'Esprit nous dit dans la situation actuelle du monde. Quels sont les lieux de fracture où nous sommes appelés à être ? On voit que, dans nos villes européennes, il y a des ponts à construire. Depuis bientôt trois ans, nous avons une petite fraternité à Pontin, en Seine-Saint-Denis, près de Paris, pour y assurer une présence et un accueil tout simple. C'est quelque chose de nouveau et de très beau pour nous. Nous essayons de répondre ainsi à notre vocation à l’unité et à la réconciliation.

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Comment se porte le mouvement œcuménique aujourd'hui?

Je vois dans le processus synodal une ouverture possible pour l’œcuménisme. Parce qu’on se rend compte que, à l'intérieur de l'Église catholique, il y a des divergences. Des rites différents, des manières de voir différentes. Et pourtant on arrive à rester en communion les uns avec les autres. Quand on regarde les autres Eglises, on voit la même diversité. Dès lors, le synode n’ouvre-t-il pas un chemin qui pourrait conduire à une plus grande communion ? Reconnaître notre propre diversité nous ouvre à la diversité des autres, à l’unité dans la diversité.

Il ne s'agit pas d'être tous les mêmes, mais de comprendre que, dans le Christ, nous pouvons avancer ensemble. Et on le fait d'abord à travers ce qui est possible, à travers la prière, à travers l’écoute de la Parole. Et peut-être que, à partir de là, les autres choses vont se mettre en place, parce qu’on va se rend compte qu’on est déjà ensemble. Le pape François dit souvent qu’il faut commencer par vivre quelque chose, et ensuite les théologiens vont y réfléchir. Le débat théologique est important, mais doit-il dominer ?

Comment voyez-vous votre prochain rôle de prieur au sein de la Communauté ?

C'est d'abord d'écouter, d'être là pour les frères et de les affermir dans leur choix. Si nous voulons continuer d’accueillir les personnes, si nous sommes appelés à partir ailleurs dans le monde, on a besoin d'abord d'une vie fraternelle à Taizé qui est forte, une vie ancrée dans la prière, dans écoute de l'autre. Et alors le prieur doit être là pour soutenir ses frères.

Christophe HERINCKX

Pour en savoir plus sur la Communauté de Taizé et ses activités : taize.fr

Catégorie : Eglise monde

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