Attentats en Libye: l’Eglise appelle au respect des sensibilités religieuses


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Attentats en Libye: l’Eglise appelle au respect des sensibilités religieuses
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

L’attaque qui a eu lieu contre le consulat américain de Benghazi et qui a coûté la vie à quatre personnes, dont l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye, a entraîné une vague de réactions indignées. L’Eglise aussi a réagi à ce lâche attentat, tout en pointant aussi les provocations inutiles à l’égard des religions, qui sont souvent la cause de tels actes.

Mardi 11 septembre, l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye, J. Christopher Stevens, et trois autres fonctionnaires américains ont trouvé la mort dans l’attaque du consulat américain situé à Benghazi, dans l’est de la Libye. Des manifestants, qui protestaient contre la proje ction aux Etats-Unis d’un film qui porterait atteinte au prophète Mahomet, ont pillé puis incendié le bâtiment. En Egypte également, des manifestants ont attaqué l’ambassade américaine alors que les coptes égyptiens ont annoncé une manifestation de protestation contre le film qui "insulte l’islam".

De toute évidence, il faut pointer du doigt toutes les offenses qui sont faites aux différentes religions, inutiles et provocatrices, car elles heurtent au plus profond l’être humain croyant. C’est d’autant plus grave que le climat actuel dans les pays musulmans, notamment à l’égard des chrétiens, est très sensible. N’oublions pas que beaucoup de pays du bassin méditerranéen sortent de révolutions qui ont chassé les pouvoirs en place et que les gouvernements de ces nouvelles démocraties ne sont pas encore capables de diriger souverainement.

"Jeter de l'huile sur le feu est dangereux"

Certes, il y a la liberté de chacun à s’exprimer, mais il y a le devoir de respecter aussi les sensibilités des autres, quelles soient politiques, philosophiques ou religieuses. Raison pour laquelle, des voix s’élèvent dans l’Eglise catholique. Bien évidemment pour condamner les actes commis à Benghazi, mais aussi pour appeler au respect des sensibilités religieuses, comme l’a fait le vicaire apostolique de Tripoli. « Ce qui s’est passé est terrible mais il faut éviter de heurter la sensibilité religieuse des personnes », a déclaré à l’Agence Fides Mgr Giovanni Innocenzo Martinelli, après avoir appris la mort de l’ambassadeur et des trois fonctionnaires. Et de préciser : « Il faut respecter la sensibilité de la population islamique. Déjà les pays arabes sont en proie à des bouleversements historiques. Jeter de l’huile sur le feu en se livrant à un outrage religieux est vraiment dangereux. Tout n’est pas bon ou saint mais il faut chercher à comprendre la réalité précise de ces pays avec leur sensibilité ».

Le respect essentiel à la coexistence pacifique

De son côté, le Vatican, par la voix du père Lombardi, directeur de la salle de presse, déplore les offenses aux religions qui déchaînent la haine et la violence. Le père Federico Lombardi condamne bien sûr ces attaques aux ambassades et leurs causes. « Le respect profond pour les croyances, les textes, les grands personnages et les symboles des différentes religions est une condition essentielle pour la coexistence pacifique entre les peuples. Les conséquences gravissimes de ces offenses injustifiées et de ces provocations à la sensibilité des croyants musulmans sont une fois encore évidentes, dans les réactions qu'elles suscitent, avec des implications tragiques, qui à leur tour aggravent la tension et la haine, et déclenchent une violence inacceptable ». Pour le Saint-Siège, « le message de dialogue et de respect pour tous les croyants que le Saint-Père portera lors de son prochain voyage au Liban indique la voie que tous doivent prendre pour construire ensemble la coexistence des religions et des peuples dans la paix ».

Le film à l’origine de ces troubles, "L’innocence de l’islam", est signé par un réalisateur0 Israélo-américain qui décrit l’islam comme un "cancer", selon le quotidien américain The Wall Street Journal. . Il montrerait, toujours selon le quotidien, un protagoniste musulman s’intéressant uniquement aux femmes et à l’argent. Mais en Egypte, l’information répandue par certains médias et par des prédicateurs fondamentalistes est que ce film aurait été réalisé par des coptes vivant aux Etats-Unis. D’où la colère des groupes islamistes égyptiens et libyens, en réaction à ce qu’ils considèrent être une œuvre blasphématoire. Ce qui a provoqué les attaques contre les ambassades américaines du Caire et de Benghazi, avec à la clé des drapeaux brûlés, des dégradations et des incendies, mais aussi le décès de quatre personnes.

En Egypte, les responsables religieux appellent au calme

Par ailleurs, le père Rafic Greiche, responsable de la communication de l’Eglise catholique égyptienne, a confié que des chrétiens unissent eux aussi leurs voix à celles des musulmans afin de protester contre le film qui dénigre le prophète Mahomet. « En ce moment, des manifestations sont en cours dans le centre du Caire, afin de protester contre le film américain qui offense le prophète Mahomet et dans ce cadre ont eu lieu différents affrontements avec la police. La situation est tendue dans la zone proche de l’Ambassade des Etats-Unis, qui est très proche de la Place Tahrir », a-t-il déclaré. Et de préciser que, parmi les manifestants, se trouvent également de nombreux chrétiens, en particulier des coptes, qui protestent contre le film aux côtés des musulmans. Outre la contestation spontanée des fidèles, les responsables des principales confessions chrétiennes d’Egypte ont aussi fait entendre leur voix. « L’Eglise catholique, les orthodoxes et les protestants ont émis un communiqué en arabe contre le film en question », a indiqué le père Greiche. « Ce communiqué affirme que les chrétiens connaissent bien les profanations de ce qui leur est de plus sacré. Le texte rappelle par exemple que le Christ ou le Pape sont représentés dans certains spectacles télévisés ou dans certaines formes de publicité. Nous sommes donc les premiers à avoir fait l’expérience de ce genre de profanation de nos symboles religieux et nous sommes les premiers à respecter l’islam et toutes les religions ainsi que leurs symboles », a conclu le prêtre.

Il faut craindre que la colère se répande dans d'autres pays du monde arabe dans les jours qui suivent.

JJD (d’après Apic, news.va et Fides)

Photo: www.whitehouse.gov


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