Décès de Mgr Gaillot : il ne laissait personne indifférent


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Décès de Mgr Gaillot : il ne laissait personne indifférent
Par Nancy Goethals
Publié le
4 min

Mgr Jacques Gaillot, l’évêque français qualifié de "rebelle" ou "rouge" - et à tout le moins figure controversée dans l’Eglise catholique -, est mort ce mercredi 12 avril, à l'âge de 87 ans. Le décès de celui qui a vécu à la marge, auprès des exclus, suscite des réactions tant collectives qu'individuelles.

Jacques Gaillot (à droite) avec Jef Ulburghs-CC by S.A. 3.0.

Les hommages affluent de ceux qui ont côtoyé cet évêque atypique, qui sortait complètement des sentiers battus. L'association Droit Au Logement est parmi les premières à avoir réagi à l'annonce de son décès. En 1994, Jaques Gaillot avait créé "Droits devant!" - qui lutte contre la précarité et l'exclusion - avec le chanteur Jacques Higelin, le médecin Léon Schwartzenberg et le philosophe Albert Jacquard. Il faut savoir que Mgr Gaillot ira même jusqu'à habiter dans un squat.

Avec tous les parias

Jacques Gaillot a toujours défendu au sein de l'Église la cause des divorcés, des homosexuels et des immigrés, ... A tel point que cela lui a coûté son poste d'évêque du diocèse d'Évreux. En janvier 1995, le Vatican lui retire en effet sa charge en raison de ses positions très provocatrices et médiatisées sur la place des homosexuels ou l'ordination d'hommes mariés. Cette éviction d'un évêque populaire, médiatique et perçu comme progressiste suscita une forte émotion en France, avec de nombreuses manifestations de soutien. À Évreux, plusieurs milliers de personnes assistent à sa messe d'adieu le 22 janvier 1995.

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L'évêque des "sans"

Après son éviction du diocèse d'Evreux, il fut nommé à titre honorifique évêque "in partibus" de Partenia, un diocèse de Mauritanie, aujourd'hui dit "fantôme" car sans églises ni catholiques depuis le Ve siècle. Mgr Gaillot en a fait un diocèse "virtuel", instrument de défense des exclus (sans-papiers, sans-abri, etc).

C'est ce que relève le directeur d'Emmaus-Strasbourg :

Par ailleurs, un proche de l'évêque rapporte à l'AFP : "Jusqu'à encore récemment, il continuait à aller voir des prisonniers en prison".

De tous les combats

Invité régulier sur les plateaux de télévision, il défendait les occupations d'immeubles inoccupés par des familles de mal-logés, l'utilisation de préservatifs pour lutter contre le sida, la pilule abortive, l'ordination d'hommes mariés.

En juillet 1995, il embarque à bord du Rainbow Warrior lors de la campagne de Greenpeace contre la reprise des essais nucléaires français dans le Pacifique. À l'été 1996, il participe activement à l'occupation de l'église Saint-Bernard à Paris par quelque 300 Africains sans-papiers.

Une grosse ombre au tableau

Mgr Gaillot a par ailleurs reconnu, en 2010, avoir accueilli dans son diocèse un prêtre coupable d'actes pédocriminels. Ce prêtre canadien, Denis Vadeboncoeur, avait été autorisé par l'Église à exercer en France malgré une condamnation à 20 mois de prison au Canada en 1985 pour de multiples faits de pédocriminalité.

Mgr Jacques Gaillot, au courant de ces faits, l'avait pourtant nommé en 1988 curé et vicaire épiscopal, le mettant en contact avec des enfants dans l'ouest de l'Eure. Il a reconnu "une erreur" et expliquait qu'"à l'époque, l'Église fonctionnait ainsi".

Hors de l'Eglise, reconnu pour sa foi

Au fil des heures, les témoignages continuent. Des personnalités françaises qui l'ont côtoyé témoignent :

Un point commun avec le pape François

Nos confrères de Cath.ch rapportent que l’élection du pape François, en 2013, avait rapproché son action de la ligne de l’Eglise, en particulier après l’appel de l’Argentin à aller «aux périphéries». L’ancien évêque d’Evreux saluait «un pape qui apporte la nouveauté à l’Eglise». «Il a une ouverture universelle et veut que l’Eglise réponde aux besoins de son temps», affirmait-il en 2017 dans une vidéo du journal Le Parisien. Il avait été invité au Vatican par François en 2015. Une rencontre chaleureuse qui sera perçue comme une reconnaissance, mais pas comme une réhabilitation, note La Croix."

Le Vatican ne semble pas encore avoir communiqué à propos du décès de Mgr Gaillot.

"Au-delà de certaines prises de position qui ont pu diviser, nous nous rappelons qu'il a surtout gardé le souci des plus pauvres et des périphéries", a déclaré mercredi soir à l'AFP la Conférence des Evêques de France.

Né le 11 septembre 1935 à Saint-Dizier, fils de négociants en vins, Jacques Gaillot était licencié en théologie et diplômé de l'Institut de liturgie. Il avait été ordonné prêtre en mars 1961, après avoir été mobilisé 28 mois en Algérie. 

Nancy Goethals

Catégorie : Eglise monde

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