Crise: la difficile équation espagnole


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Crise: la difficile équation espagnole
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

La crise se poursuit en Europe. Après la Grèce, c'est au tour de l'Espagne d'être dans la tourmente. La pression est forte. Le ministre de l’économie espagnol s’est entretenu avec ses homologues français et allemand. Au centre des discussions, la situation économique de la péninsule ibérique, confrontée à la fragilité de ses banques et de ses collectivités régionales.

La pression est évidente, au point qu’elle provoque des « couacs ». Ainsi, le gouvernement espagnol a publié mardi 24 juillet une déclaration présentée comme « commune » avec la France et l’Italie, suivie d’un démenti des intéressés puis de l’Espagne elle-même. Il faut dire que la situation s’aggrave, en partie provoquée par des spéculateurs. Au cours de ces derniers jours, le ministre des finances espagnol Luis de Guindos a rencontré son homologue français Pierre Moscovici, après s’être rendu à Berlin la veille où il s’’st entretenu avec le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble. Au menu des discussions : la crise espagnole qui n’en finit pas de s’aggraver et d’inquiéter toute la zone euro.

L’Espagne est en effet confrontée à plusieurs problèmes comme la flambée de ses taux d’intérêt sur les marchés, l’extrême fragilité de son secteur bancaire et les difficultés financières de ses collectivités autonomes. Ainsi, Valence a officiellement appelé l’État central à l’aide, et la Catalogne a annoncé qu’elle étudiait également un possible appel à l’aide. Une situation qui n’a rien d’anecdotique pour cette région, qui pèse le quart du PIB espagnol total.

Pour Madrid, il devient donc de plus en plus urgent de calmer le jeu. Ce que le ministre espagnol des finances a fait en rencontrant ses partenaires français et allemand. Ce qui a entraîné une accalmaie sur les marchés boursiers et obligataires, le taux d’emprunt espagnol bénéficiant d’une légère détente, après avoir pourtant atteint le taux plus haut depuis la création de la zone euro en tout début de séance (7,6 %).

Les observateurs s’interrogent néanmoins sur le rôle de la Banque centrale européenne (BCE) qui reste pour le moment en retrait. La BCE continue de refuser la demande d’achat de dette espagnole par Madrid, une intervention qui permettrait pourtant, comme l’été 2011 pour l’Italie, de faire baisser fortement les taux d’intérêt auxquels Madrid se finance sur les marchés. Le prochain test aura lieu la semaine prochaine, quand l’Espagne émettra des obligations à dix ans, le taux de référence aux yeux des analystes. « Si rien n’est fait pour aider l’Espagne, elle va finir par être acculée à une demande de sauvetage global comme la Grèce, l’Irlande, et le Portugal », a estimé un professionnel.

De même, il est nécessaire d'enfin se pencher sur le rôle des agences de notations. La crédibilité de celles-ci a été mise à mal dès la crise des 'subprimes' de 2008. Non seulement, elles n'avaient rien vu venir, mais en plus, elles avaient recommandé à l'achat certains prêts à risque ! Aujourd'hui, ces agences continuent à distribuer bons et mauvais points, que les marchés suivent allègrement. Ainsi, elles ont dégradés la cotation de pays comme la Grèce et l'Espagne, ainsi que de nombreuses banques, mais elles ont aussi émis des "réserves" sur la capacité à terme de certains états à faire face à leurs obligations. Parmi ceux-ci: les Pays-Bas, l'Allemagne, la France et le Luxembourg ! Ici aussi, il est temps de mettre un terme à ce jeu de dupes.

Brider la spéculation

Toutefois, pour aider l’Espagne, le fonds de secours européen devra disposer de nouveaux moyens financiers. Actuellement, il n’a plus « en caisse » que 250 milliards d’euros mobilisables ; un montant insuffisant par rapport aux besoins espagnols. Dès lors, il faudra recourir à l’approbation des États membres de l’eurozone.

Dans cette situation, on doit aussi s’interroger sur le rôle des spéculateurs. Ceux-ci parient sur les difficultés des Etats, voire leur potentielle « faillite » pour s’enrichir. De quoi s’interroger sur la pratique mais aussi sur le laisser faire des autorités européennes. Certes, les gouvernements grec et espagnol viennent d’interdire les ventes à découvert, mais seulement pour un et trois mois respectivement. Question : pourquoi ne pas tout simplement interdire cette pratique qui consiste à vendre à échéance déterminée un titre que l’on ne possède pas, en espérant le racheter à un prix inférieur plus tard, en empochant au passage la différence. Des fonds de capital risque, des spéculateurs avertis mais aussi des banques, sont friands de cette pratique qui permet de s’enrichir rapidement. Problème : en jouant la baisse, voir la faillite d’un état, ils « oublient » que derrière se trouvent des populations qui se fragilisent. Ce qui se passe en Grèce le démontre. En plongeant les états dans le désarroi, ils entraînent des personnes et des couches de la société dans une spirale infernale d’endettement et de chômage qui est intolérable.

Jean-Jacques Durré (avec La Croix)

Catégorie : L'actu

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