Grand entretien – Jan De Volder – « On a privilégié une approche matérialiste des relations internationales »


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Grand entretien – Jan De Volder –  « On a privilégié une approche matérialiste des relations internationales »
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Par La rédaction
Publié le
3 min

Profondément marqué par la guerre en Ukraine, l’historien rappelle la dimension religieuse de ce conflit. Il regrette aussi une diplomatie occidentale qui a manqué d’expertise et d’empathie. Il se félicite de la vague solidaire qui touche l’Europe, mais déplore que celle-ci se soit montrée bien moins solidaire en 2015 face au drame syrien.

Grand entretien avec Jan De Volder (300 × 300 px)
© CathoBel

C’est un entretien que l’on attendait avec impatience. Car l’homme porte bien des casquettes. Et parce que, pour comprendre les enjeux de notre temps, c’est avec une grande pertinence que celles-ci s’enrichissent et se complètent.

L’historien tout d’abord: comment met-il en perspective le retour de la guerre en Europe? Le spécialiste des religions aussi: quel regard porte-t-il sur la dimension religieuse du conflit russo-ukrainien.

L’expert des couloirs humanitaires également: quelles solutions entrevoit-il devant la crise migratoire qui s’annonce? L’homme de Sant’Egidio enfin: peut-on encore croire en la paix en ces temps obscurs?

C’est avec talent, patience et passion que Jan De Volder a répondu à nos questions.

Depuis quelques semaines, l’Europe connaît à nouveau la guerre. Beaucoup n’auraient sans doute pas imaginé cela possible…

C’est une guerre horrible, notamment en raison de son coût humain, des drames humanitaires. Au-delà, c’est vraiment une blessure pour le monde chrétien car c’est une guerre entre chrétiens! Les peuples ukrainien et russe sont même profondément chrétiens. Ils sont surtout orthodoxes, mais ne minimisons pas l’importance des catholiques d’Ukraine, qui portent l’âme du nationalisme ukrainien.

Nous nous étions peut-être trop habitués à penser que les guerres ne pouvaient être que l’affaire des autres – des musulmans, des juifs, des hindous…Nous nous étions habitués à voir les chrétiens comme une force de paix et de réconciliation.

Personnellement, je vois dans cette guerre un grand échec du mouvement œcuménique, qui s’est fortement développé depuis le concile Vatican II.

Vous êtes inquiet ?

Oui. L’Europe est victime d’une fracture hyper violente. Et vu qu’un des acteurs possède des armes de destruction massive, il y a un vrai danger pour le monde entier. Il faut donc tout faire pour que la paix revienne.

Personnellement, je suis un peu surpris par l’esprit "va-t-en- guerre" que j’observe en Europe, notamment parmi les chrétiens. Evidemment, il est normal que nous ayons de la sympathie pour les résistants ukrainiens. En même temps, nous sommes aussi influencés par la propagande de guerre. Dès qu’une guerre commence, la première victime est toujours la vérité! Aujourd’hui, la lucidité devrait nous imposer de faire taire les armes au plus vite et de trouver un compromis.

Vous connaissez bien l’Ukraine...

J’ai visité le pays plusieurs fois, dès 1991. J’y ai des amis et des connaissances. C’est un pays et une population que j’aime profondément. Par ailleurs, j’enseigne sur l’Ukraine depuis 2015. Mais je me rends compte que les gens connaissent très mal le monde byzantin et les divisions qui le traversent. Les citoyens et les médias, mais aussi les politiques et les diplomates pèchent aujourd’hui par manque de connaissance.

Un exemple: on semble découvrir soudainement l’existence du patriarche Cyrille de Moscou. Quelle ignorance coupable! On ne peut comprendre l’Europe et le monde sans comprendre le fait religieux!

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✐ Propos recueillis par Vincent DELCORPS

Catégorie : L'actu

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