Face à la guerre, la non-violence ?


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Face à la guerre, la non-violence ?
Pour Bruno Eliat, s’il est important de prier, un chrétien ne peut s’en contenter. © Béatrice Petit
Par La rédaction
Publié le
3 min

"S’il faut choisir entre résister à une injustice par la passivité ou la violence, je choisirais la violence", disait Gandhi. Mais le leader indien ajoutait qu’il croyait en une autre voie : celle de la non-violence. Est-elle possible en Ukraine ? Bruno Eliat nous répond.

🗞️ L’article complet est à retrouver dans le numéro 12 du journal Dimanche.

Bruno Eliat
Pour Bruno Eliat, s’il est important de prier, un chrétien ne peut s’en contenter. © Béatrice Petit

Dans la mouvance de Jean Goss, Bruno et son épouse Isabelle, se sont engagés dans la non-violence active, enracinée dans l’Evangile. L’amour du Christ, ils le vivent en élargissant l’espace de leur maison, comme de leur cœur, aux blessés de la vie, aux étrangers de toutes croyances. C’est évidemment de près qu’ils suivent l’actualité internationale.

La demande ukrainienne d’adhésion à l’OTAN est un faux prétexte pour Poutine, qui entend mettre la main sur le grenier à blé voisin. "Nous nous sommes tus quand il a soutenu le président syrien Bachar el- Assad dans une guerre immonde, quand il s’est attaqué à la Géorgie, à la Crimée et au Donbass. Si nous acceptons le mal, il finit par dominer", explique Bruno Eliat.

Une spiritualité, une formation, une technique

Face aux atrocités, le pire est de ne rien faire. Alors on peut tenter la non-violence active, qui, solidement pensée, a fait ses preuves dans l’histoire – même si c’est méconnu. "Qui sait par exemple que le Congo a accédé à l’indépendance grâce à la non-violence de Lumumba? Les Congolais n’ont pas tué de Belges avant l’indépendance. Idem en Pologne : Lech Walesa et son cercle rapproché n’ont pas encouragé les violences; ils avaient été formés par Jean et Hildegard Goss."

En Ukraine, on a vu des chars faire demi-tour face à des civils désarmés. Probablement avant de revenir à la charge car la non-violence ne s’improvise pas. "Martin Luther King, Gandhi, ceux qui ont obtenu la libération de Mandela, avaient une stratégie, des outils. Le vrai non-violent qui se fait écraser par un char, le fera devant les caméras, entouré d’une équipe qui a préparé le terrain, contacté les médias, tissé des réseaux solidaires, mis au point les discours etc. Se faire tuer n’est que l’aboutissement d’un long processus, tout comme ce le fut pour Jésus."

Bruno Eliat déplore que les chrétiens n’y aient pas réfléchi et préfèrent la violence, qui témoigne, selon lui, d’un christianisme immature. Pourtant, donner sa vie en tuant un Russe aura moins de poids que de la donner en se faisant écraser par un char. La véritable non-violence, qui est le contraire de la passivité, est étonnamment sœur de la violence dans sa lutte contre l’injustice.

Que peuvent faire les chrétiens ?

S’il est important de prier, y compris pour nos ennemis, un chrétien ne peut s’en contenter. A chacun, individuellement ou en paroisse, d’être inventif. "Personnellement, poursuit notre interlocuteur, j’ai écrit à l’ambassadeur russe en Belgique, l’invitant à faire défection et lui proposant de l’accueillir chez nous où il serait le bienvenu. J’ai invité nos évêques à aller sur place, au front, avec une stratégie bien préparée. J’ai aussi écrit au pape, l’invitant à se rendre à Marioupol : il pourrait ainsi faire cesser les bombardements. Je me suis souvenu du pape Léon le Grand, surnommé ainsi par les Romains parce qu’il sauva Rome de la destruction par les troupes d’Attila. Il était allé à dos d’âne, avec une croix, parler avec Attila, au risque de sa vie..."

Il s’agit de se mobiliser non contre les Russes mais contre l’injustice et la guerre. Bruno Eliat donne d’autres exemples : placarder des affiches, voire bloquer les stations de carburant russe Lukoil, plaider pour un embargo européen sur le gaz et le pétrole russe... "Chaque fois que je fais le plein, j’alimente la guerre. Laudato si’ rappelle l’urgence à réduire notre consommation énergétique et à vivre la sobriété", insiste-t-il.

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Béatrice Petit


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