Saint Joseph et l’année « Famille Amoris laetitia »


Partager
Saint Joseph et l’année « Famille Amoris laetitia »
Saint Joseph ,cathédrale Sainte-Réparate de Nice ©Lamiot
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
6 min

Saint Joseph, cathédrale Sainte-Réparate de Nice ©Lamiot

Ce vendredi 19 mars, l'Eglise universelle, et la Belgique, fêtent saint Joseph, leur patron. Cette solennité marque aussi le début de l'année "Amoris laetitia" voulue par le pape François, l'occasion d'approfondir l'exhortation apostolique du même nom, publiée en 2016, et le mystère de la famille.

Le pape François a souhaité consacrer une année à saint Joseph, du 8 décembre 2020 au 8 décembre 2021. Dans sa lettre apostolique Patris corde ("Avec un cœur de père"), publiée à l’occasion du 150e anniversaire de la proclamation de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle, le pape propose une réflexion sur la paternité de l’Époux de la Vierge Marie. Saint Joseph est décrit comme un père aimé, un père dans la tendresse, dans l’obéissance et dans l’accueil, un père au courage créatif, un travailleur, un père dans l’ombre.

Ce 19 mars, fête de saint Joseph, est par ailleurs inaugurée l'année “Famille Amoris laetitia”, cinq ans après la publication de l'exhortation apostolique consacrée à la joie de l’amour dans les familles. Le Saint-Père a dit confier cet évènement à la Sainte Famille de Nazareth, en particulier à «saint Joseph, époux et père attentif». Cette année se prolongera jusqu'à la Rencontre mondiale des Familles prévue à Rome en juin 2022. Elle vise à maintenir vivante la dynamique du document avec lequel le pape François avait tiré les conclusions des deux synodes de 2014 et 2015, afin de relancer la pastorale du mariage et de la famille.

«Les cinq années écoulées depuis la publication d'Amoris laetitia peuvent être un stimulant pour toute l'Église à reprendre cet important document, résultat d'un long parcours synodal.» C'est ce qu'a déclaré le cardinal américain Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, lors d'une conférence de presse donnée ce jeudi 18 mars. Il a également expliqué que «l'Année de la famille - Amoris Laetitia sera une bonne occasion pour faire mûrir encore davantage les fruits de ce parcours, non seulement dans les différents secteurs de l'Église, mais aussi dans les familles elles-mêmes.»

Un texte à relire et à redécouvrir

Contrairement à certains documents théologiques plus arides et difficiles à comprendre pour le grand public, Amoris Laetitia est un texte dépourvu de toute aigreur, agréable à lire, chargé même, à certains passages, d'un certain accent poétique.

Le cardinal Farrell espère donc qu'une relecture du texte entraînera un «changement de mentalité». «Nous devrions cesser de considérer les familles comme de simples objets de soins pastoraux pour les considérer comme des sujets. Les familles sont pleines de possibilités et de dons pour toute la société et pour l'Église, c'est pourquoi elles doivent devenir des acteurs dans les paroisses et les diocèses... Il faut donner plus d'espace aux familles. Ils sont un message d'espérance pour le monde entier et surtout pour les jeunes», a-t-il souligné.

Dans ce document, le pape écrit aussi sur les fractures et les imperfections de la famille, avec les thèmes délicats de la séparation, du divorce, du remariage, et aussi la question de l'homosexualité qui, comme on le sait, a fait l'objet de vifs débats au cours de cette semaine, à la suite de la publication d'un document de la Congrégation de la doctrine de la foi.

Encourager la créativité pastorale

«En tant qu'épouse et mère, comme tout le monde, je vis les difficultés de cette époque en ce qui concerne le mariage et la famille», a déclaré la sous-secrétaire du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, Gabriella Gambino. «Ces dernières années, on a beaucoup écrit et réfléchi sur Amoris Laetitia, a déclaré Mme Gambino. Il est maintenant temps d'agir. Amoris laetitia a beaucoup à nous dire. Il contient des stratégies et des conseils pastoraux que nous découvrons avec intelligence et créativité pastorale entre les lignes. Le pape a dit à plusieurs reprises que nous ne devions pas lire le texte uniquement à travers le prisme de 'ce qui est permis et ce qui ne l'est pas". Malheureusement, ces dernières années, le débat s'est concentré sur une seule partie du document», a-t-elle remarqué.

Il s'agit de la fameuse note de bas de page 351, dans laquelle François déclare que les divorcés remariés pourraient également recevoir l'aide des sacrements dans certaines circonstances. Ces lignes du chapitre 8 d'Amoris Laetitia ont suscité une discussion animée; plusieurs cardinaux ont communiqué par écrit leurs doutes ("dubia") au Pape. En s'appuyant notamment sur un document pastoral des évêques maltais, le Vatican a ensuite précisé que l'ouverture prudente de François sur ce point relevait du «magistère authentique».

«Cette année, nous devrions lire "Amoris Laetitia" dans son ensemble, a conseillé Gabriella Gambino. Nous devrions examiner tous les aspects spirituels et pastoraux du document; on en a peu parlé, et pourtant ils préoccupent davantage la grande majorité des familles. Pensons aux réflexions sur les éléments émotionnels, affectifs et sexuels de l'amour; sur l'ouverture à la vie, sur les différents types de relations que l'on vit dans la famille; sur les conseils concernant l'éducation morale, spirituelle et sexuelle des enfants. Toutes ces questions sont d'un grand intérêt pour les familles», a-t-elle insisté.

Valoriser la dimension de l'Eglise domestique

Un couple italien, Valentina et Leonardo Nepi, venus d'Arezzo, qui ont une fille de cinq ans et un engagement dans les activités de post-confirmation de la paroisse, parlent des défis de l'amour conjugal. Conscients de l'importance de mots et de gestes apparemment simples pour exprimer au quotidien le respect, la patience, la confiance et le pardon mutuel, comme le pape François y invite les catholiques, ils souhaitent que cette Année spéciale soit avant tout un moment propice pour cultiver de bonnes relations conjugales et familiales.

«Nous souhaitons également que la famille puisse être davantage valorisée dans la société: promouvoir la dimension sociale de la famille, sa capacité à éduquer les enfants, à animer les lieux et les communautés avec des valeurs positives et génératives, à cultiver le dialogue entre les générations.» La période d'éloignement forcé que nous vivons à cause de la crise sanitaire peut être vécue en recourant à la créativité grâce aussi à la technologie qui permet d'éviter l'isolement et de partager des résonances sur la Parole de Dieu. Faire l'expérience de la dimension d'une église domestique et favoriser le lien entre les générations, entre les personnes âgées et les grands-parents, est également un point crucial.

Le mariage en tant que sacrement est distinct des unions civiles

Répondant à la question d'un journaliste concernant les réactions à la récente déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi interdisant la bénédiction des unions homosexuelles, le cardinal Farrell a indiqué que «la vie pastorale de l'Église est ouverte à toutes les personnes. Il est important que les gens comprennent que nous ouvrons nos bras pour accueillir tout le monde, dans différents états de vie et quelle que soit la condition dans laquelle ils se trouvent», a insisté le cardinal, qui a toutefois redit qu'une distinction doit être faite: l'Église parle du mariage comme d'un sacrement, et non comme d'une union civile.

Le cardinal Farell an encore déclaré que ne pas pouvoir bénéficier d'une pleine participation à l'Eglise ne signifiait pas ne pas pouvoir bénéficier d'un accompagnement. «Au cours de cette année spéciale, nous rencontrerons de nombreux diocèses dans le monde qui s'occupent des couples homosexuels. Il y a des situations dans lesquelles il y a des divorcés et des remariés, l'Église continue à les accompagner», a assuré le cardinal américain. La "pleine participation" des couples chrétiens de même sexe à la vue de l'Eglise est cependant au coeur de la polémique actuelle, survenue à la suite de la publication du "responsum". cette question fait l'objet de réflexions théologiques et pastorales dans différentes Eglises locales, en particulier en Europe occidentale.

Christophe HERINCKX, d'après Vatican News

Retrouvez le dossier consacré à l'année de la famille dans le Dimanche n° 12 du 21 mars 2021.

Catégorie : Eglise monde

Dans la même catégorie