Fr. Olivier Poquillon: « le geste du pape a une portée universelle »


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Fr. Olivier Poquillon: « le geste du pape a une portée universelle »
Par La rédaction
Publié le
4 min

Le pape s’est rendu dans la plaine de Ninive, sur les pas du prophète Jonas qui a repoussé les frontières de la fraternité… Au milieu des ruines, il a proclamé sa foi dans la paix. Le dominicain Olivier Poquillon et Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Oeuvre d’Orient, témoignent de cette visite historique.

«Cela fait 20 ans que nous n’avons pas vu arriver un homme en Irak dont le message était positif et porteur d’espoir», témoigne Frère Olivier Pocquillon (photo ci-dessous), un dominicain basé à Erbil dans le Kurdistan irakien qui ne cachait pas son émotion en racontant le voyage du pape, vu d’Orient. La venue du pape sur les terres meurtries de Mossoul et de Qarakosh, la ville chrétienne d’Irak a été vécue comme un geste de partage et d’espoir face à la souffrance universelle. «J’ai suivi jour après jour cette visite», témoigne un chrétien d’Irak réfugié en Europe, «cela est une bénédiction de voir le pape venir jusque chez nous et chaque détail très symbolique a été observé par ma famille qui était à la messe à Erbil».

Un décor d’une beauté tragique

Dans la ville de Mossoul, toujours ravagée par les trois années d’occupation par le groupe terrorise Etat Islamique et la guerre de reconquête de l’armée irakienne en 2017, les autorités catholiques ont en vain cherché une église en état d’accueillir le pape. C’est donc sur une scène construite, entourée de ruines où le groupe terroriste Etat Islamique punissait les citoyens que le pape a célébré une messe, un décor d’une beauté tragique. Devant une croix construite et assemblée par les différentes églises d’Irak, il a fait résonner ces mots d’espoir: «Nous réaffirmons notre conviction que la fraternité est plus durable que la volonté fratricide, que lespoir est plus puissant que la haine, que la paix est plus puissante que la guerre». A Mossoul, les chrétiens ne sont pas encore revenus aujourd’hui, craignant toujours la violence de groupes djihadistes, voire la faiblesse des forces de l’ordre qui ne les ont pas protégées. «Les habitants de la ville aujourd’hui sont des gens vulnérables, pauvres et musulmans», explique le frère Pocquillon, «que le pape vienne à eux, les a énormément touchés. Ils ont senti que son geste avait une portée universelle, qu’il dépassait la seule solidarité avec les chrétiens d’Orient.» Avant de rejoindre la ville d’Erbil au Kurdistan où le pape a pu célébrer une messe devant des milliers de fidèles, il est passé dimanche à Qarakosh, où il a invité les chrétiens qui ne sont plus que quelques centaines de milliers dans le pays à ne pas «se décourager». L’une des premières femmes a qui le pape a parlé dans la ville, était la mère du premier mort à Qarakosh au moment de l’invasion de l’Etat Islamique.

Sur les pas de Jonas

Cette traversée de la plaine de Ninive était dotée d’une forte charge symbolique: c’est en effet à Ninive que Dieu avait demandé au prophète Jonas de se rendre. Ayant décidé de lui désobéir, Jonas est avalé au cours de sa fuite par une baleine. Il reste trois jours et trois nuits en prière dans le ventre du monstre, puis obéit à Dieu, se rend à Ninive, une ville païenne pour annoncer sa destruction. Les habitants de Ninive ayant foi dans sa prédiction, se convertissent, tandis que Dieu suspend son châtiment et accorde son pardon. «C’est une histoire sur l’universalité du salut», a résumé Mgr Pascal Gollnisch (photo ci-dessous), le directeur de l’Oeuvre d’Orient, une association engagée auprès des chrétiens d’Orient depuis 160 ans, «Jonas doit envoyer un message au-delà des limites d’Israël et il tente de se soustraire à cet ordre». Les chrétiens d’Irak font chaque année un jeûne de 3 jours, appelé Bautha, en souvenir de cet épisode biblique. A l’image de Jonas, le pape est venu dans la plaine de Ninive pour abolir les frontières qui séparent les hommes - musulmans, yézidis, ou chrétiens - et leur accorder la miséricorde de Dieu. Cette volonté d’universalité a également été incarnée à travers la rencontre du pape avec l’ayatollah Ali al-Sistani, la plus haute autorité chiite d’Irak qui a déclaré que les chrétiens étaient des frères et qu’il souhaitait qu’une pleine citoyenneté leur soit accordée dans le pays. «Cette fraternité souhaitée rejoint le mouvement Thawra de la jeunesse irakienne qui a démarré en octobre 2019», a souligné le Frère Olivier Pocquillon. Un mouvement qui a exprimé avec force le désir des jeunes irakiens de dépasser les clivages confessionnels et d’instaurer un Etat de droit.

La visite du pape François dans ce pays secoué depuis 40 ans - soit deux générations! - par des guerres, des violences confessionnelles, les séquelles d’un embargo, la destruction d’innombrables lieux de culte et d’histoire était une volonté personnelle affichée depuis plus d’un an. Le pape ne voulait pas s’y rendre en chef des chrétiens catholiques d’Occident, mais en homme porteur d’une fraternité universelle et d’une résurrection dont l’Orient serait l’initiatrice.

Laurence D'Hondt

Catégorie : Eglise monde

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