Musée de la Migration : Les 1001 visages de Bruxelles


Partager
Musée de la Migration : Les 1001 visages de Bruxelles
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
4 min

(c)Cathobel-AFDB

Visite dans l'histoire et la diversité bruxelloises grâce au tout nouveau musée bruxellois de la migration. Ce lieu encourage le débat en famille et entre générations.

180 nationalités sont rassemblées sur le territoire de Bruxelles-Capitale. Tous les habitants de la région ne les côtoient pas, puisque les contacts sociaux et humains se font souvent dans le cadre d'un même groupe. La visite du musée de la migration, installé au cœur de Molenbeek-Saint-Jean, le long du canal de Bruxelles, pourrait pallier ce manque de connaissances de la diversité bruxelloise.

Ce musée a ouvert ses portes en octobre 2019. Cette installation a été préparée longtemps en amont, en consultant près de 300 personnes de cultures et d'origines diverses. Certains travailleurs immigrés ont offert à l'équipe porteuse du musée, leurs casques de chantier ou une copie de leurs pièces d'identité… Les visiteurs actuels peuvent encore apporter des éléments de souvenirs de leurs propres voyages migratoires et de leur insertion à Bruxelles. Ces objets viennent enrichir la collection présentée dans les murs du Foyer molenbeekois qui fêtait justement ses cinquante ans en 2019.

Dès l'entrée dans le musée, en passant sous le porche, le visiteur peut se mettre dans les pas d'un migrant d'une autre époque. Il s'appelait Moïse, il s'est lui aussi déplacé d'une région à l'autre "à la recherche d'une terre promise" (comme l'indique la plaque sur le côté de la statue). Dans la version présentée au musée, la sculpture du personnage de l'Ancien testament est insérée dans des briques, ce qui peut manifester la lutte interne que Moïse a dû traverser.

La visite des panneaux d'exposition s'étale sur deux étages, à laquelle il faut ajouter l'escalier. Tout le long des marches entre le rez-de-chaussée et les étages, une frise fait se succéder une série de prénoms. Plus de 10.000 personnes à Bruxelles s'appellent soit Mohamed soit Maria. Ce sont les deux prénoms les plus cités, loin devant Jean, Fatima, Michel ou Anne. Les visiteurs se prêtent au jeu de retrouver leurs propres petits noms.

Belges ou étrangers?

Arrivés au premier étage, jeunes et adultes pourront se plonger dans la chronologie des différentes migrations qui ont forgé Bruxelles. L'essentiel de la salle d'exposition permet d'approfondir par le témoignage de différentes personnes qui se sont installés dans la capitale belge, il y a longtemps ou récemment. La guide qui accompagne volontiers les groupes et les familles remarque souvent la fierté des anciens quand ils racontent: "moi, j'ai participé à la construction de Bruxelles!" Ils sont nombreux ces migrants des années 60 et 70 qui ont travaillé sur les chantiers du métro ou dans les tunnels de la ville.

(c) Cathobel - AFdB

Les multiples témoignages présentés dans le cadre de ce musée abordent également les différents efforts d'insertion de ces migrants. L'identité de ces hommes et femmes partis de leur pays natal pour s'installer en Belgique continue de poser question comme l'un d'eux le raconte: "Quand on va au pays, on est des Belges. Et quand on est ici, nous sommes des étrangers." Les générations plus anciennes précisent par ailleurs, dans le cadre des témoignages écrits, que tous ces efforts ont été entrepris, malgré les difficultés, pour que leurs enfants et petits enfants aient un meilleur avenir.

Au deuxième étage du musée, le visiteur abordera les formes modernes de migration, avec les drames humains que nous connaissons. Citons ce panneau où des jeunes hommes marqués par les épreuves regardent les visiteurs dans les yeux. La guide conseille alors aux familles de s'interroger: "qu'est-ce que pense ce jeune homme?" L'interactivité et les multiples propositions pour se mettre dans la peau d'un habitant de la planète qui serait amené à se déplacer d'un pays à l'autre, sont les points forts de ce musée. La visite peut se terminer par une démarche proposée aux familles, ou aux groupes de cultures diverses. Il s'agit de suspendre une photo des personnes concernées sur un fil, et de relier ce fil à un point de la mappemonde. Certains enfants font alors le choix de fixer ce fil sur le pays d'origine de leurs aînés, tandis que les grands-parents choisissent de l'accrocher en Belgique où ils ont élu domicile.

Anne-Françoise de BEAUDRAP


Dans la même catégorie