En première ligne : travailler avec des bouts de ficelle !


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En première ligne : travailler avec des bouts de ficelle !
Par Nancy Goethals
Publié le - Modifié le
4 min

La solidarité vis-à-vis des soignants, quels qu'ils soient, passe actuellement par la distribution de friandises, ici de chocolats. Il faudrait pourtant plus de moyens...

Les "héros" que nous applaudissons à nos portes, fenêtres ou balcons se battent tous les jours, même hors confinement, pour soigner tout un chacun. CathoBel et Dimanche vous invitent à partager leurs ressentis. Aujourd’hui, sur Cathobel, le personnel d'une Maison Médicale témoigne de la réalité du terrain, mise en exergue par la crise.

Les Maisons Médicales sont nées il y a déjà plusieurs dizaines d'années. Leur objectif est d'offrir des soins de santé accessibles à tous. Mais elles ne sont pas toujours rétribuées ou subsidiées à la hauteur de leur travail; ce qui met à mal leur viabilité. Or, elles jouent un rôle essentiel de proximité, entre autres par l'écoute et l'attention qu'elles peuvent offrir aux problématiques des patients, souvent isolés et précarisés.

Qui dit Maison Médicale dit pluralité de soins: même la personne à l'accueil offre un soutien psycho-social. Par son attention bienveillante, elle permet aux patients de partager des problèmes qui ne sont pas uniquement corporels mais qui sont indéniablement liés à la santé. Ainsi, offrir un accueil pluridisciplinaire (médical et paramédical) et adapté à toutes les bourses permet de répondre au mieux aux besoins de la population.

La crise du Covid-19 va-t-elle permettre de revaloriser le travail de tous les soignants? Elle met en tout cas en lumière les nombreux manquements. Après un mois de confinement, il est aisé de comprendre que l'accessibilité aux soins ne concerne pas uniquement les patients souffrant du Covid-19. Juliette Bienvenu et Ionna Goumas de Oliveira sont respectivement kinésithérapeute et médecin à la Maison Médicale Racines de Forest (pour Respect, Accès, Confiance - le I représente un arbre - Nouveau, Ecoute et Solidarité).

Juliette Bienvenu: "Pour tout le secteur paramédical – pour moi, la kiné – le plus dur actuellement c'est de recevoir tous ces appels des patients qui ont, malgré le Covid-19, encore besoin de nous. Les douleurs n'ont pas disparu avec le Covid-19! On a une très grosse frustration de devoir "gérer" (elle insiste sur les guillemets) des consultations par téléphone ou vidéo, puis créer les programmes d'exercices et avoir un suivi…"

Cette jeune kinésithérapeute regrette par ailleurs le manque de reconnaissance par les autorités publiques de l'importance de leur travail. "Nous avons surtout le sentiment d'avoir été un peu abandonnés par l'INAMI (Institut National d'Assurances Maladie-Invalidité) qui se concentre beaucoup sur ce qu'il considère comme la première ligne – les infirmiers et les médecins. Mais la kiné est aussi un domaine très utile qu'on retrouve dans toutes les Maisons Médicales." Ces soins offerts sont aussi à considérés comme primaires ou fondamentaux.

A l'instar de ses collègues médecins, elle insiste sur l'importance d'agir tous ensemble pour la santé individuelle qui rejaillit forcément sur la 'santé' de la société, le bien commun. "On a du réapprendre même tous ensemble - en tant qu'équipe - à travailler de manière différente. Gérer les consultations téléphoniques, gérer le stress plus important des patients. On essaie de mettre en place nos soins de la meilleure manière. Autant chaque secteur est important, autant je pense qu'on se bat tous ensemble. La santé est une des choses les plus importantes. Ce signal d'alerte ne doit pas sonner comme le dernier mais nous devons foncer maintenant: chaque personne est responsable de sa santé et de celle de l'autre."

Tant pour être interviewé que pour soigner, le personnel n'a parfois que des bouts de ficelle. (c) Cathobel

En tant que médecin, Ioanna Goumas de Oliveira s'occupe plus spécialement des consultations ONE: "j'essaie de continuer à voir les enfants pour maintenir la prévention, la vaccination – qui est importante – et aussi voir les nouveaux-nés qui sortent de la maternité, jusqu'à deux mois. Pour ne pas les perdre de vue. Surtout pour la population socialement défavorisée qui n'a pas spécialement un suivi très rapproché. C'est important pour nous."

Mais les équipements manquent! "Les masques sont arrivés à l'ONE seulement la semaine passée (c-àd lors de la 4e semaine de confinement). Au niveau protection, on ne se sent pas aidés. C'est par nos propres moyens que nous devons nous protéger et protéger nos patients."

Ainsi, travailler dans une Maison Médicale qui allie différentes disciplines permet de prendre conscience de tous les enjeux. Ceux-ci sont forcément liés et répondent à tellement de besoins fondamentaux de la population. Mais ces soignants médicaux et paramédicaux regrettent de n'être pas assez écoutés ni bien soutenus par les autorités.

Pendant cette période de confinement, et en espérant que les soignants ne devront plus fonctionner uniquement avec des bouts de ficelle, le personnel veille à bien attacher son masque - fait maison - pour continuer, dans tous les sens du terme, à protéger ses patients.

Nancy GOETHALS

Précisons que si certaines Maisons Médicales – liées à des Centres de planning familiaux – pratiquent l'IVG, ce que nous ne cautionnons évidemment pas, leur premier combat concerne la médecine abordable et accessible à tous. Dans notre société où la fracture sociale s’accroît, c’est indispensable pour parvenir à davantage d’équité. C’est dans cet objectif que nous avons mis en avant cette belle initiative.

Catégorie : Belgique

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