Bruxelles: une cathédrale rouge des martyrs du Proche-Orient


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Bruxelles: une cathédrale rouge des martyrs du Proche-Orient
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
7 min

Vendredi 7 décembre, à l'occasion de la Nuit des Témoins, la façade de la Cathédrale Saint-Michel et Sainte-Gudule de Bruxelles a été illuminée en rouge en honneur des chrétiens persécutés et martyrisés au Proche-Orient.

Le Comité de Soutien de Chrétiens d’Orient (CSCO) et Aide à l’Église (AED) avaient sonné l’appel vendredi soir à la Cathédrale de Bruxelles pour une « Nuit des Témoins » présidé par le Cardinal Joseph De Kesel. Quelque 300 fidèles, dont grand nombre de chrétiens d’Orient, y ont prié ensemble pour la paix au Moyen-Orient et pour le maintien de la présence chrétienne dans les terres où le Christ est né et où la Bonne Nouvelle a été pour la première fois répandue. « Un Proche-Orient sans les chrétiens perdrait toute sa capacité de vivre en diversité et risquerait de devenir encore davantage la proie des extrémistes », ont expliqué les organisateurs.

Optimisme

Outre deux chorales, syriaque et chaldéenne, trois personnalités religieuses de la région étaient aussi invités à livrer leurs témoignages à cette soirée, à la suite de celui du cardinal De Kesel (lire ci-dessous).
Le premier d’entre eux, l’archevêque syriaque-catholique Yohanna Petros Moushi de Mossoul, se montrait optimiste malgré tout. « Beaucoup de familles sont déjà retournées dans les villes et villages chrétiens de la plaine de Ninive », disait-il. « Les magasins et les restaurants ont rouvert leurs portes. » Il reste énormément de dégâts à réparer et d’infrastructure et habitations à reconstruire, mais « beaucoup de fidèles se sont rapprochés de Dieu dans cette période de souffrance : leur foi est forte et les églises sont pleines. »
« L’avenir cependant n’est toujours pas clair, surtout pas pour les chrétiens et autres minorités en Irak. » Les chrétiens d’Orient rêvent d’une protection durable de leurs terres… Mgr Moushi presse dès lors la communauté internationale à s’engager davantage.
En Syrie, la situation est pire, car les victimes de la guerre n’y voient aucun avenir. « Ma prise en otage me permet d’être encore davantage proche de ceux qui souffrent », disait le Père syriaque catholique Jacques Mourad, qui a été emprisonné pendant cinq mois par Daesh. Il dénonce fortement « le silence de l’Occident par rapport à ces milliers "de Syriens qui doivent survivre dans des camps depuis si longtemps. »

École des chiffonniers

Le troisième témoignage venait d’Égypte, de la jeune sœur Nada qui a succédé à Sœur Emmanuelle à l’École des chiffonniers au Caire. « Tous les chrétiens dans mon pays savent que les extrémistes choisissent surtout les jours de fête pour commettre leurs attentats… et ces chrétiens viennent dès lors surtout pour ces jours de fête aux offices », disait-elle. « Car nous n’avons pas peur du martyr ; la foi nous donne le courage même de prier pour ceux qui nous persécutent. » Son école compte entretemps mille élèves. « Les chiffonniers sont souvent exclus à cause de leur métier ; nous travaillons à leur émancipation et nous recyclons leurs cœurs ! »

Benoit LANNOO

Le témoignage du cardinal De Kesel

Frères et sœurs, en octobre 2015, j’étais encore évêque de Bruges, j’ai été en Irak. J’avais rencontré à Anvers Mgr Sako, le Patriarche de Bagdad, entre-temps devenu cardinal. Il me parlait de la situation en Irak et il me demandait : pourquoi ne pas venir nous rendre visite ? Je lui répondais : qu’est-ce que nous pouvons faire sur place? Comment aider ? Il me répondait qu’il ne s’agissait pas de faire quelque chose. Il demandait simplement de venir, de rencontrer les chrétiens réfugiés. Il voulait dire : simplement par amitié, parce que nous sommes des frères, des disciples du Christ et nous souffrons. Cette réponse m’avait fort touché. Et je l’ai prise au sérieux. J’en ai parlé à la Conférence des Evêques. Et finalement nous avons fait le voyage avec Mgr Harpigny, le regretté Mgr Lemmens et les responsables de l’Eglise en détresse. Mgr Bonny est lui aussi allé en Syrie cette année.

Nous y sommes allés surtout pour visiter des milliers et des milliers de gens, en majorité des chrétiens, qui avait dû quitter Mossoul et d’autres endroits à cause des atrocités de Daesh. Je n’avais jamais vu choses pareilles. Nous étions à Erbil et à Dohuk en Irak du Nord. Parfois des camps de 10.000 personnes, toutes logées dans des containers. Dans une chaleur épouvantable. Mais surtout dans la crainte de l’hiver. Je n’ai jamais vu autant de couvertures qu’on avait déjà apportées pour l’hiver. J’ai admiré combien on faisait tout pour organiser la vie à l’intérieur de ces camps pour la rendre un peu plus humaine et vivable. J’ai surtout aussi admiré la solidarité, non seulement de l’Eglise en détresse, mais aussi de l’Eglise locale et de ses paroisses et communautés. J’ai été touché par une foi profonde et vraie.

J’avoue qu’un chrétien d’Occident, confronté avec une situation pareille, ne peut rester indifférent. Certes, ici aussi en Occident la situation a changé. L’Occident a été un continent chrétien. Ce n’est plus le cas. Dans une société sécularisée la mission de l’Eglise reste passionnante et combien nécessaire, mais peu confortable. Mais nous ne sommes pas persécutés ! Nous sommes appelés à être des témoins du Christ, mais pas au risque de grandes épreuves, pas au risque de notre vie. Ce qui n’est pas le cas pour tous les chrétiens. Ce qui n’est pas le cas pour les chrétiens du Proche-Orient. Ceux-ci ont à traverser aujourd'hui de grandes épreuves. Nous ne pouvons pas être indifférents. Nous voulons être solidaires. C’est le commandement du Seigneur. On vient de l’entendre : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés. »

Vous le savez et c’est le drame du Proche-Orient : beaucoup de chrétiens ont quitté leur pays. Un exode de chrétiens de leurs terres natales. Terres natales qui ont connu l’Evangile bien avant l’Occident ! Est-ce que le christianisme y va disparaître ? Il faut vraiment tout faire pour l’éviter. Quel est l’avenir du Proche-Orient sans les chrétiens ? La diversité ne doit pas être éliminée. Elle est à rechercher et à promouvoir. Il n’est pas bon qu’une seule voix ou un seul chemin soit la seule voix et le seul chemin possible. Sans la présence de chrétiens parmi eux les musulmans risquent de se faire engloutir par le fanatisme. Sans le contact avec ceux qui croient et pensent autrement, l’Islam risque de se replier sur lui-même et d’être séduit par des idées totalitaires. On a vraiment besoin les uns des autres. S’exclure n'a aucun avenir. On doit vivre et construire ensemble. D’ailleurs, si la cohabitation pacifique ne réussit pas là-bas, comment pourrait-elle réussir ici ? C’est pourquoi nous devons aider les chrétiens d’Orient à rester sur leurs terres natales.

Mais nous devons aussi aider les chrétiens et les communautés qui sont ici. Qui ont dû quitter le pays à cause de la violence et de situations sans issue. Je l’ai senti chez le cardinal Sako et aussi chez l’évêque d’Erbil. Quelle souffrance de voir combien de chrétiens, combien de jeunes quittent le pays. Mais ils le savaient aussi : il y a des circonstances qui ne laissent pas d’autre choix. Avec toutes les conséquences : quitter sa patrie, sa famille, ses amis. Pour arriver dans une attente insupportable dans des camps au Liban et en Turquie. Et puis arriver ici. Avec le risque, encore une fois, de ne pas être accueillis. C’est pourquoi nous rendons grâce ce soir à Dieu pour tout ce qui se fait ici pour les accueillir, par Eglise en Détresse et Caritas, par tant de paroisses, par le Comité de Soutien aux chrétiens d’Orient et par tant de personnes qui ne veulent ni ne peuvent rester indifférentes.

Je ne peux qu’inviter à l’accueil, à la fraternité et à la solidarité. C’est le commandement du Seigneur lui-même. Dans quelques semaines nous célébrons sa venue dans notre monde. Quand Il est né, on le l’a pas trouvé parmi les puissants. Il a voulu partager notre condition d’homme dans toute sa pauvreté et sa fragilité. Lui le Témoin, le Martyr celui qui a donné sa vie « pour nous et pour la multitude ». En lui nous reconnaissons tous ceux et celles qui sont exclus, victimes de la haine et de la violence, tous ceux et celles pour qui il n’y « pas de place dans la salle commune ».

Mais ne désespérons pas. C’est là notre vocation commune : de vivre et de construire ensemble, précisément parce que nous sommes différents. C’est n’est que par rapport à l’autre qui n’est pas comme moi que l’amour et la fraternité prennent leur sens ultime. « Si vous n’aimez que ceux qui vous aime … ». Ne désespérons pas. Le Christ vint à notre rencontre. Il est devant notre porte. Ouvrons-lui ! L’amour du Christ nous presse. « C’est à ceci que tous reconnaîtrons que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ».

Cardinal Jozef De Kesel
Archevêque de Malines-Bruxelles


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