Edito – L’aventure


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Edito – L’aventure
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
2 min

"Restez éveillés", nous dit l’évangile de ce premier dimanche de l’Avent. L’Avent n’est pas simplement le temps de l’attente ou de la préparation à Noël. C’est le temps qui nous rappelle la juste place du temps, qui nous invite à nous ouvrir à ce qui advient. C’est le temps ordinaire de l’humain. En ce sens, rester éveillé ne consiste pas en une attente passive. Il s’agit de sortir de notre hébétude, de notre somnolence, de nos faux combats, de notre émocratie dans laquelle les émotions dictent nos choix. Il est vrai que nous nous comportons parfois comme si nous connaissions l’avenir. Nous croyons savoir. L’impatience grandit alors et la violence n’est jamais loin. Certaines attentes peuvent assurément nous énerver lorsque le futur que nous espérons ne vient pas comme nous l’imaginons: revendications sociales, climat, transhumanisme... Un scientifique chinois a affirmé lundi dernier avoir fait naître les premiers bébés génétiquement modifiés. Il y a de quoi être catastrophé par ce qui advient, et conclure que l’avenir est plus inquiétant encore que la "fièvre acheteuse" du Black Friday. "Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde." N’y a-t-il pas, cependant, une lumière qui nous invite à voir autrement le futur? Il ne s’agit pas d’attendre ce que nous croyons savoir, mais de savoir croire en un avenir. Vivre l’Avent consistera à accueillir la vie d’un monde nouveau que nous ne maîtrisons certes pas, mais dans lequel nous pouvons espérer autre chose que ce que nous imaginons. L’espérance de l’avent va donc plus loin que nos sombres prévisions, qui nous incitent souvent à la procrastination: nous remettons à plus tard les vrais enjeux. Notre monde ne focalise-t-il pas sur le court terme par peur de l’avenir? Procrastiner, c’est remettre au lendemain – que l’on croit maîtriser – ce que l’on peut faire dès aujourd’hui. Procrastiner, c’est le manque de confiance dans le présent, ou se dire victime du temps qui passe. Au contraire, les veilleurs de l’avent sont ceux qui apprivoisent le temps et leur mortalité. Ils font dès aujourd’hui ce qu’ils ne pourront peut-être pas faire plus tard. Soyons alors de ces veilleurs, ces marcheurs, qui portent au monde un regard nouveau. Notre présent deviendra alors une aventure.

Didier CROONENBERGHS, o.p.

Catégorie : Sens et foi

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