Le samedi 13 juin au soir, près de 600 personnes se sont réunies à l’église Saint-Christophe de Liège pour une messe d’action de grâce, suivie d'une séance académique émouvante au Collège Saint-Benoît et Saint-Servais. L’occasion de saluer le départ de la communauté des jésuites, présente dans la Cité Ardente depuis 1569. Une soirée placée non sous le signe de la tristesse, mais de la gratitude et de l’espérance.
Après près de cinq siècles, la communauté des jésuites quitte Liège. Un départ qui ne pouvait se faire sans un au revoir digne de ce nom.
La soirée a commencé par une messe d’action de grâce en l’église Saint-Christophe, présidée par Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, et dont l’homélie a été assurée par le père Thierry Dobbelstein, supérieur provincial des jésuites d’Europe occidentale francophone.

Une assemblée intergénérationnelle
Toutes les générations s’étaient donné rendez-vous. Parmi les quelque 600 personnes présentes, on comptait des élèves et des professeurs du Collège et de l’école fondamentale Saint-Benoît et Saint-Servais, mais aussi des anciens, marqués de longue date par la présence des jésuites. Une trentaine de prêtres du diocèse avaient fait le déplacement, aux côtés des sœurs bénédictines de Liège, toutes présentes également. C’est "une Église dans toute sa diversité et sa générosité" qui s’est donc réunie, ainsi que l’a relevé l’évêque de Liège.
La célébration était animée par une chorale réunissant des amis de la communauté, certains venus de Liège, d’autres de Bruxelles, et de nombreux professeurs de Saint-Servais. Une présence enseignante d’autant plus remarquée que le contexte scolaire est tendu : une manière de manifester leur attachement aux jésuites et à leur tradition pédagogique.
« Il ne suffit pas de prier »
Le départ de la communauté a été motivé par deux raisons principales : le nombre trop peu important de jésuites sur place et l’âge plutôt avancé de ces derniers. Une situation qui résonnait ce soir-là pleinement avec les textes du jour. En ouvrant son homélie, le père Dobbelstein précisait que les lectures n’avaient pas été choisies pour la circonstance; elles étaient prévues ce dimanche-là dans toutes les églises catholiques. Et pourtant : “La moisson est abondante et les ouvriers sont peu nombreux ; priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers”, entendait-on. “Pouvait-on avoir davantage d’échos dans la Parole de Dieu ?”
Faut-il alors lire ce départ comme une défaite des vocations ? "Si les jésuites se retirent de Liège, parce qu’ils ne sont plus assez nombreux, est-ce parce que nous n’avons pas assez prié ?, interroge le père Dobbelstein. Mgr Jean-Pierre Delville pourrait se plaindre : « Alors que j’ai nettement moins de prêtres que mes prédécesseurs, voici que les jésuites se retirent de mon diocèse ! »"
Le Provincial a refusé tout fatalisme. “Il ne suffit pas de prier”, a-t-il souligné : prier, c’est aussi s’engager soi-même et “nous interpeller les uns les autres”. D’où cette image, empruntée à l’Évangile : “Les vocations ne tombent pas du ciel, mais elles poussent d’en bas”.
Retrouvez ici l'homélie intégrale du Père Thierry Dobbelstein sj.
Près de cinq siècles d’empreinte sur Liège
La soirée s'est poursuivie au Collège Saint-Benoît et Saint-Servais, rue Saint-Gilles, avec une séance académique : les prises de parole s'y sont succédés.
Roland Marganne, ancien professeur de langues anciennes et d’histoire du Collège Saint-Benoît et Saint-Servais, a présenté l’ouvrage qu’il consacre à 456 années de présence jésuite. La Compagnie de Jésus a fondé plusieurs collèges à Liège : Saint-Servais, Saint-Louis, Institut Gramme.

dans un ouvrage offert à tous les participants. © Dominique Servais Photographie
Mais leur empreinte déborde largement les écoles. Fidèles à leur vocation, les jésuites se sont engagés auprès des plus fragiles : à la prison de Lantin, dans les maisons de repos, au centre fermé de Vottem,… Ils ont assuré un accompagnement spirituel discret et constant, et nourri une part entière de la vie chrétienne liégeoise.
Le Mouvement Eucharistique des Jeunes (MEJ), le Renouveau charismatique, l’espace Loyola, et même, plus inattendu, le Standard de Liège (le club doit ses origines à des étudiants du Collège Saint-Servais) : tous gardent un lien étroit avec la Compagnie, quand ils ne lui doivent pas tout simplement leur existence.
Au fil des siècles, la Compagnie aura connu à Liège ses heures de gloire comme ses épreuves : déménagements, clandestinité, incendies. Supprimée en 1773, elle renaît en 1814. ”Le phoenix est rené de ses cendres. Espérons qu’il en sera un jour de même à Liège !”, a glissé Mgr Delville, lui-même ancien élève des jésuites à Saint-Servais avant d’étudier à Rome dans leurs universités.

Fontem serva : Conserver la source, passer le relais
Car si une page se tourne, l’héritage, lui, demeure. Toute la soirée l’a exprimé à sa manière : ce départ est moins une fin qu’une transmission.
Directeur général du Centre scolaire Saint-Benoît Saint-Servais, Jean-Michel Renaud a donné le ton. Reprenant une formule d’un père jésuite, Bernard Peeters, il a rappelé que “la tradition ignatienne est une tradition de transformation”. Désormais, ce sont des laïcs qui feront vivre cet héritage, appuyés sur un réseau international d’écoles et sur un projet éducatif commun aux 24 établissements jésuites de Belgique francophone. Sa boussole : former des jeunes de conscience, de compassion, engagés et compétents, “des hommes et des femmes pour les autres et avec les autres”.
Au nom de l’Association des Anciens, Gonzague Milis a prolongé l’idée en rappelant la devise du collège, Fontem serva (“Conserve la source”). Aux anciens revient désormais la mission d’ “entourer l’équipe éducative” et de témoigner d’un enseignement qui vise non à “sélectionner les meilleurs” mais à “élever les plus faibles”.
"Ce n’est qu’un au revoir"
Reste l’émotion, que personne n’a cherché à masquer. “Chers Pères, votre départ nous pince un peu le cœur”, a confié l’évêque. Mais l’heure n’était pas au deuil. “Il fallait que cela tombe sur moi”, a souri le père Dobbelstein, lui qui a passé dix-sept ans à Liège : “Je n’ai aucun regret, uniquement de la gratitude”. À la ville qu’il aime, il a laissé une double demande : “Restez bien liégeois dans votre générosité et votre cordialité”, et “Soyez le levain de l’Évangile”.
Sur place, la vie continue déjà. L’ancienne résidence de la communauté sera réaménagée en salles de classe, dont le collège manque. La chapelle sera quant à elle préservée. La gratitude et la joie, qui auront eu le dernier mot. Les jésuites envers les Liégeois, de même que les Liégeois envers les jésuites, ont-ils souhaité dire merci. Car, si une page se tourne, l’histoire continue de s’écrire. “S’il y a un adieu, c’est qu’il y a un avenir”, a résumé Mgr Delville, avant de conclure : “Ce n’est qu’un au revoir, mes pères !”
Le père Dobbelstein a également porté son regard vers demain : “Les échanges de souvenirs permettent de se projeter vers l’avenir. La vie continue. L’eau va continuer à s’écouler dans la Meuse.”
Enfin, la soirée s'est clôturée par un moment de convivialité : autour d’un apéritif, dans la cour du collège, anciens élèves, professeurs et amis des jésuites se sont retrouvés jusqu’aux alentours de minuit, dans cette chaleur toute liégeoise.

Service communication du diocèse de Liège avec rédaction (titre : CathoBel)
